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Le scandale de corruption planétaire appelé 1MDB : que fait la justice ?

100 jours de solitude pour le juge espagnol, José-Louis Calama. Le magistrat instructeur du Tribunal de Madrid attend toujours les réponses des autorités judiciaires de trois pays européens : France, Pays-Bas et Luxembourg, et cela, dans un dossier ultra-sensible et aux répercussions internationales, appelé « le scandale 1Malaysia Development Berhad » ou 1MDB. La police et la justice de 13 pays dont la France sont mobilisées pour faire toute la lumière sur le « casse du siècle » mais elles semblent prendre leur temps.

Pots-de-vin et corruption (hands_shaking_with_euro_bank_notes_inside_handshake_-_royalty_free,_without_copyright,_public_domain_photo_image_01)
Pots-de-vin et corruption (hands_shaking_with_euro_bank_notes_inside_handshake_-_royalty_free,_without_copyright,_public_domain_photo_image_01)

Il y a trois mois, le juge espagnol avait envoyé une demande d’entraide afin de pouvoir interroger le milliardaire émirati, Khadem Al-Qubaisi. Le juge cherche à savoir comment l’homme d’affaires KAQ pour les intimes, a pu blanchir les milliards du fonds public malais 1MDB via l’Espagne.
Un fond qui à l’origine avait été créé pour développer l’économie de la Malaisie, avec les économies de petits épargnants malaisiens. En réalité 1MDB n’a servi qu’a gonflé les comptes bancaires du Premier ministre malaisien de l’époque Najib Razak, de son comparse l’homme d’affaire chinois Jho Low et de Khadem Al-Qubaisi, milliardaire originaire des Emirats Arabes Unis. Une affaire considérée comme l’arnaque du siècle.

Des personnalités éclaboussées

Environ 4,5 milliards de dollars ont été détournés entre 2009 et 2014. L’ancien Premier ministre malaisien, avait créé un joint-venture entre le fonds souverain malaisien et l’Arabie saoudite. En réalité, l’idée est de se remplir les poches via des investissements bidons dans l’industrie pétrolière.
Quand, en 2014, les médias commencent à se pencher sur ce dossier, lancé par les révélations d’un banquier suisse, les Saoudiens prennent la poudre d’escampette. Mais les dirigeants du fonds malaisien persistent, signent et continuent de remplir leurs comptes en banques. Un nouveau partenaire apparait, l’IPIC, l’un des plus gros fonds souverains de la planète alimenté par Abou Dhabi.
À la tête de cette énorme puissance économique se trouve Khadem Al-Qubaisi. Un homme d’affaires proche du cheikh Mansour, vice-Premier ministre des Émirats arabes unis, et qui a dirigé les opérations de détournements : entre 2012 et 2013, avec Jho Low, KAQ a détourné plus de 3 milliards de dollars de la caisse de 1MDB.
Comment ? tout simplement en virant l’argent dans des paradis fiscaux sur des comptes de sociétés à leurs noms.
Cet argent éclabousse de nombreuses personnalités du monde entier. Ainsi que des hommes politiques de haut rang. Une enquête est ouverte pour déterminer si les millions détournés n’ont pas servi entre autres à financer les campagnes électorales de Barak Obama et Donald Trump.

Le casse du siècle

Ce « casse du siècle » a éclaté en 2016 et l’affaire a viré au scandale. La découverte de ce braquage de 1MDB a également mis en lumière l’agissement de grands noms de la haute finance. Plusieurs établissements financiers ont été soupçonnés de complicités et poursuivis pour blanchiment d’argent et condamnés. Falcon Private Bank et BSI (Banca Svizzera Italiana) a fermé ses portes et UBS sanctionnée par la justice helvétique. Idem pour la banque luxembourgeoise Edmond de Rothschild, sans oublier l’un des plus grands noms de Wall Street, Goldman Sachs, qui a collecté 6,5 milliards de dollars en organisant l’émission d’obligations bidon pour le compte de 1MBD. Résultat : Goldman Sachs qui a été rémunéré grassement pour ses services, a écopé d’une condamnation de presque 6 milliards de dollars. Le big Boss de l’époque a été radié à vie et interdit de toute activité boursière.

En France aussi

La justice française, elle aussi, est concernée. Le parquet national financier (PNF) a ouvert une information judiciaire au printemps 2017 et a mis sous séquestre l’empire immobilier de KAQ. Entre 2009 et 2015, le milliardaire d’Abu Dhabi, avait fait son marché dans le sud de notre pays et réalisé de belles acquisitions. Le PNF suppose qu’avec l’argent détourné de 1MDB, KAQ s’est porté acquéreur de sept villas ou appartements à Saint-Tropez, un complexe de logements et de commerces sur la Croisette à Cannes, deux résidences de luxe à Ramatuelle et deux immeubles, avenue d’Iéna à Paris. De 130 à 150 millions d’euros auraient été saisis par la justice.

90 millions d’euros en 24 heures

En 2016, juste avant son arrestation et son emprisonnement, KAQ a fait un dernier coup de maître en Espagne, En tant que PDG d’IPIC, il contrôlait la compagnie pétrolière espagnole Cepsa, dont son siège central se trouvait à Madrid, dans un immeuble créé par l’architecte Norman Foster, la Tour Cepsa. Avec un crédit de 400 millions d’euros, émis par la banque Bankia, au bénéfice de la société hollandaise Muscari dont KAQ était actionnaire, il a acheté la Tour pour la revendre… 24 heures plus tard avec un bénéfice de 90 millions d’euros.

Politique et diplomatie

En 2018, la justice espagnole a ouvert une enquête pour soupçon de blanchiment d’argent. Et confié le dossier au Juge Calama du parquet anti-corruption. Après avoir interrogé les banquiers espagnols, ce juge courageux aimerait auditionner six banquiers français, luxembourgeois et hollandais, mais selon des sources judiciaires madrilènes, aucune de ses demandes d’entraide européenne n’a eu à ce jour de réponse de la part des trois pays sollicités.
Selon nos informations, le PNF a confirmé que l’enquête qui vise l’ancien dirigeant du fonds souverain d’Abou Dhabi, est toujours ouverte en France, mais le parquet n’est pas au courant de la demande espagnole. Idem à Luxembourg.
Il semble que la politique et la diplomatie à haut niveau interfèrent dans ce dossier qui illustre les lenteurs de la coopération internationale entre les juges. Mais c’est sans compter sur l’opiniâtreté de ce juge espagnol connu pour son intégrité et sa patience. C’est ce même magistrat qui instruit l’affaire Pegasus un dossier ultra-sensible de cyberespionnage.

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