Selon les chiffres provisoires du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), la police et la gendarmerie ont enregistré environ 28 200 refus d’obtempérer en 2025, soit une hausse de près de 11 % par rapport à 2024.

Ces chiffres traduisent une réalité alarmante : un refus d’obtempérer survient toutes les 18 à 19 minutes sur l’ensemble du territoire français. Parmi ces incidents, environ 22 % sont qualifiés de refus aggravés, exposant autrui à un risque grave, ce qui représente près de 6 200 cas particulièrement dangereux.
Il s’agit là d’un bilan provisoire pour 2025, une « première photographie » selon les termes officiels. Les données finales, attendues plus tard en 2026, intégreront les requalifications judiciaires et pourraient légèrement modifier ces totaux.
Des cas récents illustrent la dangerosité du phénomène
Saint-Pol-de-Léon : sept gendarmes blessés
Dans la nuit du 27 au 28 décembre 2025, une course-poursuite a éclaté à Saint-Pol-de-Léon, dans le Finistère, après qu’un conducteur au volant d’un véhicule volé a refusé d’obtempérer. Le chauffard et ses passagers ont emprunté une voie à contresens, percuté volontairement un véhicule de gendarmerie et résisté à plusieurs tentatives d’interception.
Le bilan est lourd : sept gendarmes ont été blessés au cours de cette intervention. Le conducteur a été condamné à quatre ans de prison, dont deux ans fermes, pour refus d’obtempérer aggravé, violences sur agents et mise en danger de la vie d’autrui. Son permis de conduire a été suspendu définitivement et le véhicule confisqué.
24 heures, neuf policiers blessés
Début février 2026, le ministre de l’Intérieur a révélé lors d’une intervention médiatisée que neuf policiers avaient été blessés en l’espace de 24 heures dans différents départements, notamment à Nantes et en Seine-et-Marne, suite à des refus d’obtempérer. Dans plusieurs de ces affaires, les véhicules poursuivis sur de longues distances ont heurté ou traîné des policiers avant d’être finalement stoppés.
Dans la région de Nantes, une série de refus d’obtempérer sur quelques semaines, accompagnés de conduite dangereuse et d’infractions multiples, a conduit à une condamnation cumulative de deux ans de prison avec sursis, assortie de travaux d’intérêt général et d’un stage de sensibilisation à la sécurité routière.
Carcassonne : un conducteur de 15 ans
À Carcassonne, dans l’Aude, un conducteur âgé de seulement 15 ans a refusé d’obtempérer lors d’un contrôle avant de prendre la fuite. À l’issue de la poursuite, un passager mineur de 16 ans a été blessé par un tir policier.
Le jeune conducteur a été placé sous mesures éducatives avec suivi psychologique obligatoire, sans peine de prison ferme conformément au système judiciaire applicable aux mineurs. Il lui a été interdit de conduire un véhicule motorisé jusqu’à ses 18 ans.
Une course-poursuite de 94 kilomètres
L’un des cas les plus spectaculaires concerne une course-poursuite de près de 94 kilomètres entre les Yvelines et la région de Toulouse-Carcassonne, impliquant des forces de police réparties sur tout l’axe. Cette poursuite longue et dangereuse a exposé plusieurs policiers à un risque sérieux.
Le conducteur adulte a été condamné à cinq ans de prison, dont trois ans fermes, pour refus d’obtempérer aggravé et mise en danger de la vie d’autrui, avec une amende de 10 000 euros. Le véhicule a été confisqué et le conducteur se voit interdit de conduire pour une durée de cinq ans.
La réponse judiciaire inadaptée
Les autorités judiciaires ont durci leur réponse face à cette délinquance routière. Mais elle est encore insuffisante. Les observations des différentes condamnations prononcées révèlent plusieurs tendances :
- Les refus d’obtempérer aggravés par des blessures ou une mise en danger d’autrui entraînent des peines de prison ferme dans la majorité des cas.
- Lorsqu’un mineur est impliqué, les mesures restent éducatives et préventives, rarement carcérales, conformément au droit pénal des mineurs.
- La confiscation du véhicule et l’interdiction de conduire sont devenues des sanctions systématiques pour limiter les risques de récidive.
Un enjeu de sécurité publique majeur
Ces refus d’obtempérer peuvent rapidement dégénérer en poursuites longues et dangereuses, mettant en péril non seulement les forces de l’ordre, mais également le public. Ils surviennent dans des contextes très variés : véhicules volés, conducteurs déjà recherchés, mineurs au volant, personnes impliquées dans d’autres délits.
Les autorités dénoncent une hausse du phénomène et des comportements à risque lors des contrôles routiers, témoignant d’une défiance croissante envers les forces de l’ordre et d’un sentiment d’impunité chez certains contrevenants.
Face à cette escalade, la question de la prévention et de la répression de ces comportements dangereux demeure au cœur des préoccupations des pouvoirs publics, qui cherchent à protéger à la fois les agents sur le terrain et l’ensemble des usagers de la route.
Plusieurs cas restent dans les mémoires
« La France a tué mon mari »
Il y avait une immense émotion et une immense colère après la mort de l’adjudant Éric Comyn, 54 ans, lors d’un contrôle routier à Mougins (Alpes-Maritimes). À ses obsèques, le mercredi 28 août à Mandelieu-la-Napoule, la veuve du militaire a accusé « la France » d’être responsable du décès de son mari. « Je l’affirme haut et fort, la France a tué mon mari. Par son insuffisance, son laxisme et son excès de tolérance. La France a tué mon mari, répète Harmonie Comyn, la voix nouée par l’émotion. Comment, pourquoi cet homme multirécidiviste peut-il évoluer en toute liberté » demande cette mère de deux ados désormais orphelins ?
L’affaire Nahel
Le 27 juin 2023, lors d’un contrôle routier matinal, des policiers ont tenté d’arrêter Nahel, qui conduisait, sans permis forcément, une voiture de grosse cylindrée. Il a essayé de repartir et, à ce moment, un policier a tiré à bout portant et l’a tué. L’incident a provoqué des émeutes dans toute la France.
Le policier auteur du coup de feu a été mis en examen pour homicide volontaire, les juges estimant que la légitime défense invoquée par la défense n’était pas justifiée. Son procès est prévu en 2026.
Encore un refus d’obtempérer qui se termine mal.
A Toulouse, lors d’un contrôle d’un individu soupçonné d’un vol de scooter, le conducteur tente de s’enfuir, une policière garde la main sur le frein, elle est traînée au sol sur 150 mètres et évite de percuter des poteaux.
Elle… pic.twitter.com/xWlBdkGfAW— 🇫🇷 fred le gaulois 🇫🇷 Uniondesdroites 🐱🐱 (@FredGaulois) January 24, 2026
Refus d’obtempérer : la justice a-t-elle jeté l’éponge ?
Tape « refus d’obtempérer » sur Google : en deux clics, tu trouveras déjà quatre affaires fraîches du jour. C’est devenu le sport national, presque une routine administrative.
Pourtant, derrière les coups de menton des… pic.twitter.com/Zfw22vkL0L
— Dossiers Noirs (@dossiers_noirs) February 2, 2026