Une plainte de l’association AC !! dénonce la passivité du maire de Tresses, près de Bordeaux, face à une pollution industrielle qui dure depuis plus d’une décennie. Candidat à sa propre réélection, Christian Soubie dénonce une cabale politique.

L’affaire débute avec la condamnation en première instance, en décembre 2023, puis par un arrêt de la cour d’appel de Bordeaux en octobre 2025, d’un garage automobile situé à Tresses, commune de 5300 habitants, proche de Bordeaux. L’établissement et son dirigeant ont été reconnus coupables de déversement de substances nuisibles dans les eaux souterraines et superficielles pendant plusieurs années.
Une pollution massive aux lourdes conséquences
Selon les analyses menées en 2021, les rejets contenaient des hydrocarbures à des concentrations jusqu’à 525 fois supérieures aux normes environnementales, ainsi que des métaux lourds (arsenic, cadmium, mercure, plomb) à des taux atteignant jusqu’à 684 fois les normes de potabilité. Des substances cancérigènes et une forte contamination fécale ont également été détectées.
La pollution affecterait une zone humide et menacerait la nappe de l’Oligocène, identifiée comme ressource de substitution pour l’alimentation en eau potable de nombreuses communes girondines. Des riverains, dont des familles avec enfants, auraient été directement exposés, certains ayant cultivé et consommé des légumes à proximité du point de rejet.
Une série d’alertes restées sans réponse
La plainte recense de multiples signalements adressés au maire Christian Soubie depuis 2012. En 2019, le syndicat intercommunal d’assainissement alertait déjà sur des rejets à caractère industriel. Entre 2020 et 2021, la DDTM, l’association environnementale SEPANSO, l’Office français de la biodiversité et l’Agence régionale de santé, auraient tous rappelé au maire ses compétences en matière de police administrative.
Malgré un rapport d’analyse alarmant transmis en 2021 et une enquête de l’OFB concluant à une infraction caractérisée, aucune mesure de fermeture administrative n’aura été prise. Le maire aurait minimisé la situation en la qualifiant de simple « conflit de voisinage ».
Des soupçons de conflit d’intérêts
La plainte soulève plusieurs questions troublantes. Une conseillère municipale, élue en 2020 sur la liste du maire, serait l’épouse d’un salarié du garage mis en cause. Le maire n’aurait jamais informé le conseil municipal de la procédure judiciaire et la commune ne se serait pas constituée partie civile.
L’association AC !! Anti-Corruption invoque plusieurs infractions potentielles : mise en danger délibérée de la vie d’autrui (notamment de mineurs), non-empêchement d’un délit, corruption passive et active, ainsi que des infractions environnementales graves.
Une nappe phréatique toujours non quantifiée
Point particulièrement préoccupant selon la plainte : aucune quantification de la pollution de la nappe souterraine n’aurait été effectuée à ce jour, alors que cette ressource est prévue comme alternative pour l’eau potable. Les syndicats gestionnaires de l’eau n’auraient jamais été informés par la mairie.
Le maire de Tresses, qui exerce par ailleurs les fonctions de directeur des Centres Hospitaliers de Libourne, n’a pas répondu aux sollicitations des riverains, selon le document. La plainte a été transmise tant au procureur de la République qu’au pôle régional spécialisé en matière d’atteintes à l’environnement.
Le garage a depuis été vendu en 2024, sans que des travaux de dépollution n’aient été préalablement exigés, selon l’association plaignante.
Alors qu’il se présente à sa propre réélection, les 15 et 22 mars prochains, Christian Soubie affirme qu’il s’agit d’une cabale politique à l’approche des municipales. Au reste, il n’aurait jamais été alerté de cette grave pollution qui ne relève pas de ses compétences. Or, une lettre de la préfète de la Gironde, en date du 15 mars 2021 (ci-dessous) lui précise que « la gestion des nuisances signalées par l’association SEPANSO relève du pouvoir de police administrative des maires »!
Nous avons tenté de joindre M. Christian Soubie et nous lui avons adressé un mail en mairie pour lui demander de réagir à la plainte d’AC!! ce n’est pas M. le maire qui nous a répondu mais sa directrice de cabinet Marie-Anne Malgouyres. Voici sa réponse : » La Commune rappelle les éléments suivants :
- La police de l’environnement est assurée efficacement par les services de l’Etat grâce à l’Office Français de biodiversité
- La procédure initiée par la SEPANSO, association agréée par les pouvoirs publics au titre de la protection de l’environnement a permis d’aboutir à la mise en conformité du site avec le concours de l’OFB
- La Commune n’a jamais été sollicitée pour se porter partie civile dans cette affaire
- La Commune n’a jamais été destinataire du jugement d’octobre 2025 ni même de la prétendue plainte évoquée dans les articles de presse ».