Sous la pression d’une mobilisation agricole spectaculaire à Paris, le gouvernement a annoncé ce mardi 13 janvier une série de nouvelles mesures destinées à répondre aux revendications du monde paysan. Fiscalité, politique de l’eau, réglementation sur les nitrates ou encore prédation du loup : l’exécutif promet une « loi d’urgence agricole » dès le mois de mars.

Une journée de mobilisation sous haute tension
À l’aube, des dizaines de tracteurs aux couleurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs ont pénétré dans Paris ce mardi 13 janvier 2026. Après avoir descendu les Champs-Élysées, les engins agricoles se sont installés devant l’Assemblée nationale. Duvets et matelas déployés, les manifestants ont clairement affiché leur détermination : pas de départ sans engagements concrets du gouvernement.
Cette nouvelle journée de mobilisation s’inscrit dans un mouvement entamé en décembre, marqué par une exaspération croissante face aux contraintes réglementaires, à la baisse des revenus agricoles et à la gestion de la ressource en eau.
Un « deuxième train d’annonces » promis par Matignon
En début d’après-midi, le gouvernement avait annoncé l’arrivée d’un « deuxième train de mesures ». C’est finalement vers 17 heures que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a officialisé ces annonces dans une publication sur le réseau social X.
Au cœur des engagements : la présentation en mars d’un projet de « loi d’urgence », qui portera sur trois axes majeurs :
- la politique de l’eau,
- la prédation du loup,
- les moyens de production agricole.
Le texte sera présenté en Conseil des ministres au mois de mars, avant un examen parlementaire annoncé « avant l’été ».
Moratoire sur l’eau et ouverture sur les nitrates
Dans l’attente de cette loi, le Premier ministre a également annoncé un moratoire immédiat sur l’ensemble des décisions relatives à la politique de l’eau, répondant ainsi à une demande insistante des syndicats agricoles. Le « cap » de cette politique sera, selon Matignon, précisé d’ici le Salon international de l’agriculture, qui se tiendra à Paris du 21 février au 1er mars.
Autre point sensible : la réglementation sur les nitrates. Sébastien Lecornu s’est dit « prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant », ouvrant la porte à un assouplissement des règles, régulièrement dénoncées par les exploitants comme inadaptées aux réalités du terrain.
Une concertation annoncée sur le terrain
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a de son côté annoncé le lancement dès cette semaine d’un « Tour de France » destiné à recueillir les propositions des agriculteurs. Objectif : nourrir le contenu de la future loi d’urgence agricole à partir des remontées locales. Elle s’exprimait ce mardi sur Franceinfo.
Des annonces dans la continuité du plan de soutien financier
Ces nouvelles mesures interviennent quelques jours après l’annonce, vendredi dernier, d’un paquet de soutien de 300 millions d’euros pour le secteur agricole, conditionné à l’adoption du budget. L’ensemble des annonces formulées depuis vendredi répond largement aux revendications portées par l’alliance FNSEA–Jeunes Agriculteurs, qui domine le paysage syndical agricole.
Les syndicats réclamaient notamment une « loi spéciale » sur l’eau, la prédation du loup et les moyens de production, ainsi qu’un moratoire général sur les décisions liées à l’eau et la suspension de la directive nitrates.
Une mobilisation toujours sous surveillance
Après la réunion organisée dans l’après-midi à Matignon, les responsables de la FNSEA, présents devant l’Assemblée nationale, se sont concertés pour décider des suites à donner au mouvement. Si le gouvernement affiche une volonté d’apaisement, les syndicats agricoles restent prudents et attendent désormais des actes concrets et rapides.
La question demeure : ces annonces suffiront-elles à lever les barrages de tracteurs et à calmer durablement la colère du monde agricole ?