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Présidentielles 2022 : Le grand bazar !

À six mois du scrutin, les partis politiques sont devenus de véritables pétaudières où règne la confusion face au phénomène Zemmour qui bouscule les codes, trouble le jeu et rebat les cartes.

Zemmour-Le Pen (capture infos Parallèles)
Zemmour-Le Pen (capture infos Parallèles)

L’élection présidentielle de 2017 fut d’une extravagance inouïe avec les affaires Fillon, programmées comme un feuilleton télévisé, l’explosion en vol des Républicains, l’effondrement des socialistes et l’émergence d’un illustre inconnu, Emmanuel Macron qui, sans aucun mandat électif, sans parti, sans aucune expérience politique autre que son marocain au ministère de l’Économie, va rafler la mise.  (Voir nos articles dans les archives en libre-service dans IDJ).
L’élection présidentielle de 2022 s’annonce tout aussi joyeuse et pleine de surprises. À six mois du scrutin, les 10 et 24 avril, la campagne a commencé sur les chapeaux de roues. Dans tous les camps, on s’agite autour du phénomène Zemmour, ce polémiste patenté qui bouscule les codes et les idées et impose son tempo.

Mélenchon/Zemmour : le débat

Jean-Luc Mélenchon ne s’y est pas trompé. Le leader de la France insoumise a voulu s’imposer comme leader d’une gauche déboussolée en proposant, le premier, un débat télévisé avec Eric Zemmour alors que ce dernier n’est pas encore officiellement candidat. La rencontre entre les deux débatteurs a eu lieu le 23 septembre 2021 sur BFM-TV.
Le choc a été rude. Une vraie foire d’empoigne. On s’est jeté quelques vérités à la figure, quelques mensonges aussi. Au final, un seul vainqueur : la chaîne de télé qui a battu tous les records d’audience : près de 4 millions de téléspectateurs !
Si plusieurs partis politiques ont d’ores et déjà désigné leur héraut dans la course à l’Élysée (une vingtaine environ), les choses sont un peu plus compliquées au Parti socialiste et, surtout, chez Les Républicains.

Montebourg allume Macron

Au Parti socialiste, il faudra attendre le vote des militants, le 14 octobre, pour savoir qui, de Stéphane Le Foll ou d’Anne Hidalgo portera les couleurs socialistes. Les premiers sondages donnent la maire de Paris à moins de… 5% des intentions de vote ! La candidature de Stéphane Le Foll est cependant considérée comme « anecdotique » par le Parti socialiste. Ça promet.
Quant à Arnaud Montebourg, ex-PS qui a précédé Macron à Bercy, il milite pour « une remontada de la France ». Car, dit-il, « nous sommes dans une guerre économique » féroce et il faut arrêter de vendre la France à la découpe comme l’a fait Emmanuel Macron avec, notamment, la vente d’Alstom. Montebourg précise : « Il est l’auteur et pas seulement le complice » de cette braderie de l’un de nos fleurons industriels à l’américain General Electric.
Première cartouche. Il y en aura d’autres.

Chez les écolos

La primaire chez les écologistes a donné lieu à une véritable foire d’empoigne. Chacun ayant sa propre définition de l’écologie. Finalement, le député européen Yannick Jadot l’a emporté d’une courte tête (51,03%) face à l’économiste proche de Mélenchon Sandrine Rousseau. Malgré les dissensions internes du parti, le patron d’EELV, Julien Bayou a appelé « à l’union de la gauche autour de Yannick Jadot ». Il a peu de chance d’être entendu, le candidat écolo culmine à 5 ou 6% dans les sondages !

Gros pataquès chez Les Républicains

Ils ne se sont pas encore remis de leur échec phénoménal de 2017. L’élimination humiliante de Nicolas Sarkozy lors des primaires, puis les scandales à répétition de leur candidat, François Fillon, ont durablement plombé Les Républicains.
Aujourd’hui le parti est dans l’impasse. Comment choisir entre Michel Barnier, Eric Ciotti, Philippe Juvin, Denis Payre, dûment encartés et Valérie Pécresse et Xavier Bertrand qui ont claqué la porte du parti ? La mission est délicate pour Christian Jacob. Après le rejet d’une primaire qui aurait sans doute permis à Eric Zemmour de se présenter, les militants ont décidé de désigner leur candidat lors d’un congrès interne qui se tiendra le… 4 décembre 2021. Et qui sera ouvert à Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Mais pas à Zemmour. Une grosse pantalonnade !
Selon un sondage interne, le négociateur du Brexit arriverait en tête (27,6%) devant Bertrand et Pécresse (environ 20%). Mais rien n’est joué.

Les Marcheurs en Avignon

Cinq ans après la victoire d’Emmanuel Macron, les Marcheurs ne marchent plus, ils dansent sur le pont d’Avignon pour leur rentrée politique durant ce premier week-end d’octobre. Bien entendu, il s’agit de se donner du courage pour préparer la réélection du chef de l’État. Et de consolider les fondations de « la maison commune ».
Un slogan mille fois répétés : « Cinq ans de plus pour les Français ». Il est vrai qu’Emmanuel Macron reste en tête de tous les sondages (23-24%). Malgré un quinquennat chaotique, malgré les affaires Benalla, Richard Ferrand, François de Rugy et quelques autres, malgré la crise des Gilets jaunes, malgré l’explosion du prix du gaz et de l’électricité, malgré la crise sanitaire, l’insécurité inquiétante, l’immigration galopante, Macron n’a pas de vrai challenger. Ni chez Les Républicains ni chez les socialistes et encore moins chez les écologistes.

Un plan B

Pourtant, le président de la République n’a jamais fait allusion à sa réélection. Ce qui intrigue. D’autant que son ancien Premier ministre, Edouard Philippe, apparaît comme le candidat possible si Macron déclarait forfait.  Le fameux plan B. Le maire du Havre n’a-t-il pas publié un livre intitulé « Impressions et lignes claires » ? Un pavé en forme de programme. Y aurait-il un accord secret entre le Président et Edouard Philippe, comme nous l’avons déjà écrit ?
En tout cas, l’ancien Premier ministre s’est invité à Avignon ce week-end via une courte vidéo où il apparaît avec sa barbe poivre (d’un côté) et sel (de l’autre). Pour dire quoi ? : « L’objectif, c’est de participer à la nouvelle offre politique qui découlera de cette campagne présidentielle […] J’ai eu l’occasion de dire que je souhaitais participer à l’élargissement de la majorité, du socle électoral du président. » Il ajoute, sibyllin, qu’il « prendra des initiatives politiques » dès le 9 octobre. Attendons.

Le Pen/Zemmour

À l’extrême droite de l’échiquier politique, Marine Le Pen conserve une avance certaine sur tous les autres candidats et devrait se qualifier pour le second tour, si l’on en croit les sondages. Elle devrait donc se retrouver, une nouvelle fois, face à Macron dans la dernière ligne droite. Avant d’être battue à plate couture, comme en 2017.
Mais le scénario est-il écrit d’avance ? Pas si sûr. Car, depuis quelques mois, un histrion de la politique, un bateleur, un polémiste de talent joue les trouble-fêtes. Avec son discours nationaliste et identitaire, Eric Zemmour bouscule la classe politique sur les thèmes favoris de l’extrême droite : l’immigration et la sécurité. En plus radical que ne le fait Marine Le Pen. Avec son franc-parler, en disant tout haut ce que d’autres pensent tout bas, il séduit à gauche et à droite. Le candidat Jean-Frédéric Poisson n’a-t-il pas annoncé qu’il retirerait sa candidature si Zemmour se présentait ? Et plusieurs cadres de Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, n’ont-ils pas rejoint Eric Zemmour  car il est « le seul qui peut incarner l’alternative » ? Enfin, Jean-Marie Le Pen lui-même déclare qu’il soutiendra Zemmour s’il est mieux placé que sa fille.

De 5 à 15% des intentions de vote

Sondage après sondage Zemmour grignote des voix, passant de 5% des intentions de vote début septembre à 15% au début octobre 2021, se place en troisième position derrière Macron et Le Pen. Il devance et inquiète tous les autres.
Eric Zemmour, le journaliste, l’écrivain, l’essayiste, le polémiste devient donc l’ennemi à abattre, le raciste plusieurs fois condamné, l’auteur de nombreux dérapages sur Pétain et les Juifs, sur le dictateur Bachar el-Assad qui, dit-il, « n’a pas gazé son peuple, mais ses adversaires ».
La candidature Zemmour révèle aussi l’impéritie des partis traditionnels, leurs structures vieillottes, leur incapacité à s’adapter au monde moderne, à répondre aux attentes des Français. La preuve ? Le taux d’abstention aux dernières élections. Les Français ont un dégoût de la politique. Et des hommes ou des femmes politiques qui, pour beaucoup, ont fait de la démocratie un véritable business. De ce point de vue, Eric Zemmour se veut le (futur) candidat de la rupture.
Bref, Eric Zemmour, qui n’a toujours pas annoncé sa candidature à l’Élysée à l’heure où nous écrivons ces lignes, rebat les cartes de cette présidentielle que l’on croyait pourtant écrite, impose ses thèmes favoris centrés autour de l’immigration et de la sécurité, pointe les failles des uns et des autres et révèle finalement aux Français la médiocrité de leur classe politique.
Voilà un jeu de chamboule-tout certes amusant, mais qui ne peut tenir lieu de programme électoral. Eric Zemmour ne serait-il qu’un feu follet destiné à disparaître aux premièrs rayons du printemps ?

Il y a pléthore de candidats

À ce jour, on compte une vingtaine de candidats peu ou prou déclarés. Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), François Asselineau (Union populaire et républicaine), Xavier Bertrand (Divers droite), Nicolas Dupont-Aignan, (Debout la France), Yannick Jadot (Europe-Ecologie Les Verts), Jean Lassalle (Résistons), Stéphane Le Foll (Parti socialiste)Marine Le Pen (Rassemblement national), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Arnaud Montebourg (L’Engagement), Jean-Frédéric Poisson (VIA, La Voie du peuple), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste), Fabien Roussel (Parti communiste français), Antoine Waechter (Mouvement écologiste indépendant), Anne Hidalgo (Parti socialiste), Michel Barnier (Les Républicains), Eric Ciotti (Les Républicains), Philippe Juvin (Les Républicains), Denis Payre (Les Républicains), Valérie Pécresse (Soyons Libres).
Deux candidats probables, mais non encore officiellement déclarés : Emmanuel Macron (En Marche) et Eric Zemmour (divers droite).
Il y a beaucoup d’appelés, mais il n’y aura qu’un seul élu.

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