Grand Est
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

Lycées bloqués, fonction publique en grève : la colère sociale change de visage

À la veille de la présentation du budget 2027, la France s’apprête à vivre une journée de mobilisation d’une ampleur particulière. Mardi 29 septembre, huit organisations syndicales appellent les agents publics à la grève. Dans le même temps, l’Union syndicale lycéenne appelle au blocage des établissements. Salaires, manque de moyens, conditions de travail ou d’études : deux générations de manifestants se retrouvent autour d’un même constat, celui d’un service public sous tension.

Grève dans la fonction publique- cgt.fr-29-septembre-2026
Grève dans la fonction publique- cgt.fr-29-septembre-2026

Des lycéens dans la rue, des établissements bloqués

Le mouvement lycéen, apparu depuis une semaine dans plusieurs établissements, s’est étendu lundi à différentes régions françaises. L’Union syndicale lycéenne (USL), principale organisation syndicale lycéenne, appelle désormais à bloquer les établissements mardi 29 septembre.
Les revendications sont d’abord très concrètes : classes surchargées, emplois du temps jugés trop lourds, absence de professeurs, manque de personnels et insuffisance des moyens dans les établissements. À Lille, des lycéens ont également dénoncé le prix de la cantine, les conditions de température dans les salles ou encore l’état de certains internats.
Le mouvement ne se limite plus à l’Île-de-France. Des mobilisations ont été signalées notamment à Marseille, Lille, dans les Alpes-Maritimes ou encore dans les Ardennes.
L’USL revendique une « convergence des luttes » avec les personnels de l’Éducation nationale et, plus largement, avec les agents publics appelés à faire grève mardi.

Huit syndicats de fonctionnaires dans la rue

De leur côté, CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP appellent à une journée nationale de grève et de manifestations.
La mobilisation concerne les trois versants de la fonction publique : État, territoriale et hospitalière. Les revendications portent sur les salaires, les conditions de travail et les moyens accordés aux services publics.
Le principal point de friction concerne le gel du point d’indice en 2027, annoncé par le gouvernement. Ce point d’indice sert de base au calcul du traitement indiciaire des fonctionnaires. Les syndicats réclament notamment une revalorisation significative et, pour plusieurs d’entre eux, une indexation sur l’inflation.
Les revendications comprennent également la question des carrières, de la garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA), des conditions de travail et des moyens nécessaires aux missions de service public.

Écoles, hôpitaux, policiers, pompiers, France Travail…

La journée ne concernera pas uniquement les enseignants.
Les personnels hospitaliers, les agents territoriaux, les policiers, les sapeurs-pompiers et les agents de France Travail figurent notamment parmi les secteurs appelés à se mobiliser. Dans l’Éducation nationale, le SNUipp-FSU, premier syndicat du premier degré, anticipait lundi 40 % de grévistes chez les professeurs des écoles.
La mobilisation intervient donc dans un contexte où les difficultés de recrutement et d’attractivité sont régulièrement mises en avant par les organisations syndicales.

Une journée qui arrive au moment stratégique du budget

Le calendrier n’est pas anodin.
Le gouvernement doit présenter son projet de budget pour 2027 deux jours après cette journée de mobilisation. Les syndicats entendent donc peser sur les arbitrages budgétaires avant que ceux-ci ne soient définitivement arrêtés.
La question dépasse ainsi le seul niveau des rémunérations.
Derrière le point d’indice se trouve une interrogation plus large : combien la puissance publique est-elle prête à consacrer à ses propres agents et aux services qu’ils assurent ?
C’est précisément sur ce terrain que se rejoignent, au moins partiellement, les revendications des fonctionnaires et celles des lycéens.

Deux colères, une même question : quels moyens pour le service public ?

Le rapprochement est frappant.
D’un côté, des agents publics réclament des salaires revalorisés, des effectifs et des moyens pour accomplir leurs missions. De l’autre, des lycéens dénoncent des classes trop chargées, des enseignants absents et des conditions d’étude qu’ils jugent insuffisantes.
Les uns parlent de conditions de travail. Les autres parlent de conditions d’étude. Mais les deux mouvements interrogent les moyens consacrés à l’Éducation et, plus largement, au service public.
Cette convergence revendiquée intervient toutefois dans un climat tendu. Le ministère de l’Intérieur a annoncé lundi que près de 180 établissements avaient été concernés par des blocages ou tentatives de blocage depuis le début du mouvement. Selon le ministre Laurent Nuñez, 164 personnes avaient été interpellées et plusieurs policiers, lycéens et personnels éducatifs blessés.
Ces chiffres et les qualifications employées par le gouvernement concernent les incidents survenus autour de certains établissements ; ils ne résument pas les revendications de l’ensemble des lycéens mobilisés.

Le Grand Est également mobilisé

Dans le Grand Est, plusieurs rassemblements sont annoncés mardi.
À Nancy, le rendez-vous est fixé à 14 heures, place Dombasle. À Metz, le rassemblement est prévu à 14 heures place de la Gare. Des manifestations sont également annoncées à Strasbourg, Reims, Charleville-Mézières, Troyes, Bar-le-Duc et Chaumont.
La journée permettra donc de mesurer concrètement l’ampleur de la mobilisation, dans la rue comme dans les établissements scolaires.

Un test grandeur nature avant le budget 2027

Au-delà du nombre de grévistes et de manifestants, le véritable enjeu du 29 septembre se situe peut-être dans la capacité de ces mobilisations à imposer la question des services publics dans le débat budgétaire.
Le gouvernement défend ses contraintes financières et ses choix budgétaires. Les syndicats réclament, eux, davantage de moyens et une revalorisation des rémunérations.
Quant aux lycéens, ils font entrer dans le mouvement une revendication supplémentaire : celle d’une génération qui estime que les difficultés du service public ne sont plus seulement celles des agents qui y travaillent, mais aussi celles des usagers qui en dépendent.
Mardi, les cortèges diront peut-être moins combien la France dépense pour ses services publics que ce qu’elle accepte encore de leur demander.

◉France • Grand Est •