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Volaille brésilienne : ANVOL réclame des contrôles renforcés après la reprise des importations

Après la suspension temporaire des exportations brésiliennes vers l’Union européenne, la Commission européenne estime que les contrôles officiels du Brésil offrent désormais une base suffisante pour garantir la conformité de la viande de volaille. Une conclusion que l’interprofession française ANVOL juge prématurée. Elle réclame des contrôles européens réguliers et inopinés et dénonce la persistance de pratiques interdites en Europe.

L'Europe refuse les volailles brésiliennes (photo d'illustration UnlimPhotos)
L’Europe refuse les volailles brésiliennes (photo d’illustration UnlimPhotos)

La crise aura été de courte durée. Début septembre 2026, l’Union européenne avait suspendu l’autorisation d’exporter vers son marché pour le Brésil, après que celui-ci n’eut pas été en mesure de démontrer sa conformité aux règles européennes concernant notamment l’utilisation des antimicrobiens.
Quelques semaines plus tard, le dossier semble déjà en voie de règlement. À l’issue d’un audit mené sur place du 24 août au 4 septembre, la Commission européenne a publié, le 28 septembre, des conclusions jugées rassurantes par Bruxelles. Selon elle, les contrôles officiels brésiliens constituent « une base solide pour certifier la conformité de la viande de volaille ».
Cette appréciation ouvre la voie à une réinscription du Brésil parmi les pays autorisés à exporter de la volaille vers l’Union européenne. Pour ANVOL, l’Interprofession française de la volaille de chair, cette perspective est loin de lever toutes les inquiétudes.

Des incertitudes qui demeurent sur les antimicrobiens

Le principal point de friction concerne l’utilisation d’antimicrobiens au Brésil.
Certaines substances utilisées comme facteurs de croissance sont interdites dans l’Union européenne pour des raisons sanitaires et de bien-être animal. Or, elles restent autorisées au Brésil pour les productions destinées au marché intérieur et aux pays situés hors de l’Union européenne.
Pour ANVOL, le problème est donc moins celui de l’existence de règles spécifiques aux exportations européennes que celui de leur application effective sur le terrain.
L’interprofession estime qu’il existe encore un risque de « porosité » entre les différentes filières de production. Autrement dit, elle redoute que des produits provenant d’élevages utilisant des substances interdites en Europe puissent, directement ou indirectement, se retrouver dans les volumes exportés vers l’UE.
La filière française réclame donc autre chose que de simples garanties administratives : des contrôles réguliers et inopinés dans les élevages et sur l’ensemble de la chaîne de production.

260 000 tonnes exportées vers l’Europe en huit mois

ANVOL pointe également l’augmentation spectaculaire des exportations brésiliennes vers l’Europe.
Selon les chiffres avancés par l’interprofession, 260 000 tonnes de produits avicoles ont été exportées vers l’Europe au cours des huit premiers mois de 2026, soit une progression de 56 % sur un an.
Le volume supplémentaire atteint ainsi 36 000 tonnes par rapport à l’ensemble des exportations enregistrées sur l’année 2025.
Pour ANVOL, cette accélération des exportations n’est pas anodine. L’interprofession accuse le Brésil d’avoir anticipé une éventuelle fermeture du marché européen en raison des manquements constatés.
Elle estime dès lors que la question d’un éventuel déclenchement de la clause de sauvegarde doit être posée.

Des contrôles sur le terrain plutôt que des garanties sur le papier

Pour la filière française, la crédibilité du dispositif européen dépendra désormais de la capacité de Bruxelles à contrôler concrètement les pratiques brésiliennes.
ANVOL réclame notamment des inspections régulières et inopinées portant sur :

  • les élevages destinés au marché européen ;
  • la séparation entre les productions destinées à l’UE et celles destinées aux autres marchés ;
  • la traçabilité des aliments ;
  • la traçabilité et l’utilisation des médicaments ;
  • le respect de l’ensemble des normes européennes applicables aux produits importés.

L’interprofession demande également qu’un protocole précis soit prévu en cas de nouvelle non-conformité, avec la possibilité de prendre rapidement des mesures restrictives.
Pour ANVOL, quelques semaines d’audit ne peuvent suffire à garantir dans la durée le respect des règles européennes.

Le principe des « clauses-miroirs » au cœur du débat

Derrière le dossier brésilien se joue une question plus large : celle de l’égalité des normes entre producteurs européens et producteurs des pays tiers.
Les éleveurs français doivent respecter des règles particulièrement strictes en matière de médicaments vétérinaires, de traçabilité, de bien-être animal et de sécurité sanitaire. Pour ANVOL, les produits importés doivent être soumis à des exigences équivalentes.
C’est le principe des clauses-miroirs, qui consiste à imposer aux produits importés des conditions comparables à celles auxquelles sont soumis les producteurs européens.
ANVOL salue d’ailleurs la décision initiale de Bruxelles d’avoir appliqué ce principe concernant les antimicrobiens utilisés comme facteurs de croissance, en suspendant les exportations brésiliennes.
Mais pour l’interprofession, cette première décision doit être prolongée par une politique européenne plus constante.

Brésil, Thaïlande, Chine : la filière redoute un précédent

Le dossier brésilien s’inscrit, selon ANVOL, dans une série de situations qui alimentent les inquiétudes de la filière européenne.
L’interprofession cite notamment la Thaïlande et la Chine, dont les exportations de produits avicoles vers l’Europe ont également fortement progressé. Elle affirme que les importations chinoises vers l’Union européenne ont augmenté de près de 30 % en 2025.
Pour les professionnels français, le risque est double : sanitaire et économique.
D’un côté, l’importation de produits ne répondant pas exactement aux mêmes normes pourrait fragiliser la confiance des consommateurs. De l’autre, les éleveurs européens doivent supporter des contraintes réglementaires qui renchérissent leurs coûts de production, alors que leurs concurrents étrangers peuvent bénéficier de règles différentes.
ANVOL demande donc à Bruxelles de faire preuve de davantage de fermeté et de cohérence à l’égard de tous ses partenaires commerciaux.

« Les mêmes exigences pour tous »

La filière française ne conteste pas le principe des échanges commerciaux avec les pays tiers. Elle réclame en revanche que ces échanges reposent sur des règles clairement vérifiables et effectivement contrôlées.
Pour ANVOL, le message adressé aux partenaires commerciaux de l’Union européenne doit être simple : les produits qui entrent sur le marché européen doivent respecter les mêmes exigences fondamentales que ceux produits en Europe.
La reprise des importations brésiliennes pourrait ainsi devenir un test grandeur nature pour Bruxelles. Si les contrôles européens se révèlent suffisamment réguliers, inopinés et efficaces, ils pourront confirmer les assurances données par la Commission.
Dans le cas contraire, estime ANVOL, la confiance dans le système européen de contrôle risque d’être sérieusement mise à l’épreuve.
Derrière la volaille brésilienne, c’est donc toute la question de la réciprocité des normes agricoles et de la protection des producteurs européens qui est posée.

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