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Volaille thaïlandaise : l’Europe ferme les yeux sur les failles sanitaires ?

Un audit de la Commission européenne révèle de sérieuses lacunes dans le système thaïlandais de contrôle des volailles exportées vers l’Union européenne. Traçabilité, contrôles des abattoirs, séparation des productions, qualité de l’eau : plusieurs maillons du dispositif sont pointés du doigt. Pour ANVOL, l’interprofession française, une question se pose désormais : pourquoi les importations ne sont-elles pas suspendues ?

Chaine de conditionnement des poulets (aUnlimhotos)
Chaine de conditionnement des poulets (aUnlimhotos)

C’est un document qui pourrait peser lourd dans les négociations commerciales entre Bruxelles et Bangkok. Publiées le 10 septembre, les conclusions d’un audit de la Commission européenne consacré aux exportations thaïlandaises de viande de volaille et de produits à base de volaille font apparaître plusieurs défaillances dans le système de contrôle sanitaire du pays.

Des conclusions qui inquiètent la filière française. ANVOL, l’Interprofession française de la volaille de chair, réclame désormais la suspension des importations thaïlandaises, tant que les autorités de ce pays n’auront pas apporté la preuve du respect des exigences européennes.

Pourtant, à ce stade, aucune mesure de suspension n’a été annoncée par Bruxelles.

Des failles à plusieurs niveaux

Le constat dressé par l’audit européen porte sur des éléments essentiels de la chaîne de contrôle.

Sont notamment concernés la traçabilité des produits, les contrôles officiels dans les établissements et les abattoirs, la vérification des procédures et la supervision des autorités compétentes.

L’audit s’intéresse également à la séparation entre les produits destinés au marché européen et ceux destinés à d’autres marchés, ainsi qu’au contrôle de la qualité de l’eau utilisée dans les établissements.

Pour ANVOL, le problème va plus loin qu’une simple série de dysfonctionnements administratifs. L’interprofession souligne que les conclusions européennes mettent en cause certaines des garanties apportées par les certificats sanitaires accompagnant les produits exportés vers l’Union européenne.

Autrement dit, la question posée est celle de la fiabilité même du système censé garantir la conformité sanitaire des produits entrant sur le marché européen.

Les producteurs français face au « deux poids, deux mesures »

La réaction de la filière française est particulièrement vive.

Les éleveurs et entreprises européens sont soumis à une réglementation sanitaire et environnementale particulièrement encadrée. Contrôles, traçabilité, procédures d’hygiène, normes d’élevage et de transformation : les contraintes sont nombreuses.

ANVOL considère donc que ces exigences doivent être appliquées avec la même rigueur aux produits importés.

L’interprofession demande à Bruxelles de faire respecter aux pays exportateurs les mêmes garanties sanitaires que celles exigées des producteurs européens.

Une revendication qui dépasse le seul cas thaïlandais : derrière ce dossier se profile la question de la réciprocité des normes dans les accords commerciaux conclus par l’Union européenne.

Pourquoi Bruxelles ne suspend-il pas les importations ?

C’est le principal point d’interrogation soulevé par ANVOL.

Si un audit européen met en évidence des insuffisances susceptibles d’affecter les garanties sanitaires des produits exportés, quels critères doivent conduire l’Union européenne à prendre des mesures de précaution ?

L’interprofession demande précisément à la Commission de clarifier ces critères et surtout de garantir leur application uniforme à l’ensemble des partenaires commerciaux de l’Union.

Une exigence qui intervient alors que les négociations commerciales entre Bruxelles et Bangkok se poursuivent.

Libre-échange : la filière française dit non à de nouveaux quotas

Le calendrier donne une dimension particulière au dossier.

L’Union européenne et la Thaïlande poursuivent leurs négociations sur un accord de libre-échange. Or, parallèlement, la Commission européenne vient de rendre publiques des conclusions mettant en évidence des faiblesses du dispositif thaïlandais de contrôle des exportations de volailles.

Pour ANVOL, le message est clair : pas question d’accorder de nouvelles concessions commerciales tant que les interrogations sanitaires ne sont pas levées.

L’interprofession annonce ainsi son opposition à l’attribution de nouveaux quotas douaniers préférentiels pour la volaille thaïlandaise.

Le consommateur européen au centre de la controverse

Derrière le bras de fer commercial, c’est finalement la question de la confiance des consommateurs qui est posée.

Un produit vendu sur le marché européen doit-il bénéficier des mêmes garanties sanitaires, qu’il soit produit en France, dans un autre État membre ou dans un pays tiers ?

Pour ANVOL, la réponse ne fait aucun doute. Les règles européennes ne peuvent avoir de sens que si elles s’appliquent avec la même exigence aux produits importés.

L’audit de la Commission européenne place désormais Bruxelles devant une équation délicate : maintenir ses exigences sanitaires, tout en poursuivant ses négociations commerciales avec Bangkok.

La filière française demande, elle, que la priorité soit donnée aux garanties sanitaires avant toute nouvelle ouverture du marché aux volailles thaïlandaises.

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