Blocage du détroit d’Ormuz, baril au-dessus de 100 dollars, pétrole russe toujours acheté par l’Inde : à New Delhi, l’énergie s’est imposée comme le nerf de la guerre et le principal point de friction avec les Occidentaux.

Au terme de deux jours de sommet, les BRICS ont adopté par consensus la « Déclaration de New Delhi« , qui engage notamment le bloc à renforcer sa coopération pour des marchés de l’énergie plus équitables et résilients. Un objectif affiché alors que la fermeture du détroit d’Ormuz a fait bondir les cours du pétrole, ravivant les tensions autour des approvisionnements russes et iraniens qui lient une partie du bloc, au grand dam de Washington et de Bruxelles.
Le détroit d’Ormuz, détonateur d’une crise énergétique mondiale
En représailles aux bombardements américains et israéliens sur son territoire, l’Iran a verrouillé le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre 20 % du pétrole mondial. Ce blocage a fait flamber les prix du brut, le baril de Brent dépassant à nouveau cette semaine le seuil des 100 dollars. De vives divisions ont ainsi agité les puissances économiques émergentes réunies à New Delhi, où les crises énergétiques et les répercussions de la guerre au Moyen-Orient se sont imposées en tête de l’ordre du jour, transformant le sommet en test de cohésion pour le bloc face à des turbulences économiques et politiques sans précédent.
Sur ce dossier, la Russie et la Chine, déterminées à contrer l’hégémonie américaine, continuent de commercer avec l’Iran malgré les menaces de sanctions répétées de Donald Trump, une ligne qui creuse encore l’écart avec les Occidentaux, engagés dans une logique inverse d’isolement économique de Téhéran.
Le pétrole russe, une facture que l’Inde continue d’assumer
Sur le dossier russe, l’Inde reste en première ligne des critiques occidentales. Alliée traditionnelle de Moscou, elle a continué d’importer du pétrole russe malgré les sanctions américaines, qui affirment que ces achats financent directement l’effort de guerre russe en Ukraine. Cette posture, assumée par New Delhi comme relevant de son « intérêt national« , a valu à l’Inde des tarifs douaniers punitifs de la part de Washington, une décision que le gouvernement indien a qualifiée d' »extrêmement regrettable », rappelant que plusieurs autres pays agissaient de la même manière.
C’est dans ce contexte que Vladimir Poutine a cherché, depuis New Delhi, à rassurer les capitales européennes : le président russe a assuré que Moscou « ne menace pas les pays européens », tout en avertissant que tout déploiement de troupes occidentales en Ukraine équivaudrait à « une guerre contre la Russie« . Un double message qui illustre la stratégie russe : présenter une posture défensive face à l’Europe, tout en maintenant une ligne rouge ferme sur le terrain ukrainien.
Une déclaration finale prudente, orientée marchés et coopération
Au terme de négociations tendues, menées jusqu’au dernier moment pour concilier les positions divergentes de l’Iran et des Émirats arabes unis sur le dossier du Moyen-Orient, les BRICS ont adopté par consensus la Déclaration de New Delhi 2026 — un succès diplomatique pour la présidence indienne, dans une organisation où chaque État dispose d’un droit de veto de fait. Le texte engage notamment les membres à approfondir leur coopération en matière de droit et de politique de la concurrence, afin de favoriser des marchés équitables et résilients, tout en respectant les priorités, lois et réglementations nationales de chaque État.
Clôturant les débats, Narendra Modi a estimé que le monde en mutation ne pouvait plus être piloté par des institutions dépassées, plaidant pour une réforme de la représentation et des règles de gouvernance mondiale, une allusion à peine voilée aux institutions financières issues de Bretton Woods, sur lesquelles les BRICS cherchent depuis plusieurs années à peser davantage.
Pour l’Europe, une double exposition : prix et dépendance stratégique
Pour les économies européennes, ce sommet confirme deux vulnérabilités. La première est immédiate et se lit dans les cours du pétrole : la flambée du Brent, conséquence directe du blocage d’Ormuz, se répercute mécaniquement sur les prix de l’énergie importée en Europe, dans un contexte déjà fragilisé par la guerre en Ukraine. La seconde est plus structurelle : en continuant d’acheter du pétrole russe et de commercer avec l’Iran, plusieurs poids lourds des BRICS maintiennent des circuits économiques qui contournent partiellement l’architecture de sanctions occidentale, limitant d’autant l’effet de levier dont dispose l’Europe pour peser sur l’issue du conflit ukrainien.
C’est ce qui explique la volonté de Paris de rester associé, même en marge, aux discussions indiennes, comme en témoigne l’échange téléphonique entre Emmanuel Macron et Narendra Modi évoqué dans notre précédente édition. Sans siège à la table des BRICS, les Européens misent sur ces canaux bilatéraux pour tenter d’orienter la position de New Delhi, seul membre du bloc à entretenir des relations étroites à la fois avec Moscou et avec les capitales occidentales.
Avec l’adoption de la Déclaration de New Delhi, le 18ᵉ sommet des BRICS s’est achevé sur un compromis fragile : une unité de façade sur le Moyen-Orient, un silence maintenu sur l’Ukraine, et une dépendance énergétique mutuelle qui continue de dessiner les lignes de fracture entre le bloc et l’Occident.
JUST IN: BRICS leaders take family photo at the 2026 Summit.
🇨🇳 Xi Jinping
🇷🇺 Vladimir Putin
🇮🇳 Narendra Modi
🇮🇩 Prabowo Subianto
🇮🇷 Masoud Pezeshkian
🇪🇬 Abdel Fattah el-Sisi
🇻🇳 Le Minh Hung
🇿🇦 Cyril Ramaphosa
🇲🇾 Anwar Ibrahim pic.twitter.com/62kyE3ykge— BRICS News (@BRICSinfo) September 13, 2026
🚨 China Is Officially Moving Onto A New Gold Standard
At today’s BRICS summit in India, Xi Jinping announced China will take the presidency and open a third “GOLDEN DECADE.”
That’s not poetry.
China has stacked gold for 22 straight months. Hong Kong just stood up a… https://t.co/IKyolsZZCV pic.twitter.com/m9fxXbsmCt
— Stern Drew (@SternDrewCrypto) September 12, 2026
🌍🇮🇳 LE MONDE OCCIDENTAL REGARDE LA BASCULE… DEPUIS LE BORD DU CHEMIN.
Pendant que le G7 s’accroche à son ancien monde, les BRICS construisent le nouveau.
Des puissances émergentes réunies en Inde. Des milliards d’habitants. Des économies qui pèsent lourd. Une influence qui ne… pic.twitter.com/mMkM205fkp
— Camille Moscow 🇷🇺 🌿 ☦️ (@camille_moscow) September 12, 2026
BRICS (1/2) : à New Delhi, la Russie affiche son isolement diplomatique face à l’Ukraine