À l’occasion de son cinquième anniversaire, l’association AC!! Anti-Corruption, créée par Marcel Claude, organise une soirée-débat le 9 septembre 2026 à Tomblaine (Meurthe-et-Moselle). Bilan et perspectives. Entretien avec le président (ci-dessous).

AC!! Anti-Corruption a vu le jour en juin 2021, fondée par une douzaine d’anciens cadres d’Anticor, parmi lesquels Marcel Claude, lui-même ancien administrateur de cette association nationale. Marcel Claude est présenté de longue date comme un militant actif contre les atteintes à la probité dans la gestion publique, particulièrement en Lorraine : L’Est Républicain rappelait, en 2021, qu’il avait travaillé pendant près de dix ans sur des dossiers concernant notamment la Meurthe-et-Moselle et les Vosges.
L’association se présente comme apolitique et financièrement indépendante, affirmant ne recevoir aucune subvention et fonctionner uniquement grâce aux cotisations de ses adhérents et aux dons. Elle revendique aujourd’hui un ancrage dépassant largement la seule Lorraine, avec un conseil d’administration composé de membres et de délégués dans plusieurs départements, et environ 70 correspondants répartis sur l’ensemble du territoire national.
Plus de 350 plaintes déposées
Selon l’association, 17 administrateurs, bénévoles et indépendants, ont rejoint la structure à sa création. Elle revendique avoir déposé, depuis 2021, plus de 350 plaintes contre X (dont 14 seulement auraient été classées sans suite) par l’intermédiaire de son avocat, Maître Vincent Poudampa. En janvier 2026, l’association a par ailleurs obtenu, pour cinq ans, l’agrément du ministère de la Transition écologique.
Fait notable cette année : l’ancien magistrat Éric Halphen, qui avait notamment instruit l’affaire des HLM de Paris, a rejoint l’association. Le conseil d’administration l’a nommé président d’honneur le 6 mars 2026, lui apportant, selon AC!!, ses conseils et son expertise juridique.
Des décisions judiciaires
L’association met en avant plusieurs résultats judiciaires obtenus ces dernières années. Dans le procès de Valenciennes, où AC!! avait été reconnue partie civile, l’ex-maire Laurent Degallaix a été condamné à deux ans de prison avec sursis, à une amende de 20 000 euros et surtout à cinq ans d’inéligibilité assortie de l’exécution provisoire, pour prise illégale d’intérêts et subornation de témoin. Les trois autres prévenus ont également été condamnés dans ce dossier, suivi pour l’association par son représentant Éric Darques.
Dans l’affaire du maire de Sorneville (54), la justice avait ouvert une enquête pour des soupçons de harcèlement et de prise illégale d’intérêts ; l’édile a finalement été destitué par le ministre de l’Intérieur. L’association affirme également que plusieurs perquisitions ont été déclenchées à la suite de ses plaintes, citant notamment des dossiers suivis par le Parquet national financier (PNF) concernant la mairie de Paris ou la Ligue française de football.
L’agrément environnemental, tournant de l’association
L’évolution la plus significative des derniers mois reste, pour AC!!, l’obtention en février 2026 de l’agrément national au titre de la protection de l’environnement, accordé pour cinq ans à compter du 1ᵉʳ janvier 2026. Cet agrément lui permet d’intervenir plus facilement dans des procédures judiciaires liées à des atteintes à l’environnement, élargissant son champ d’action à la pollution, aux déchets, à l’urbanisme, aux carrières, à la méthanisation ou encore à l’éolien.
Le dossier le plus emblématique dans ce domaine reste celui de Nestlé Waters, concernant des décharges liées à l’activité du groupe dans les Vosges. L’association affirme avoir déposé une plainte dès 2021 concernant le site de They-sous-Montfort, et s’est constituée partie civile dans le procès qui s’est tenu à Nancy en mars 2026.
Des plaintes qui visent aussi des responsables politiques
AC!! a par ailleurs multiplié les signalements et plaintes visant des responsables politiques ou des organismes publics, sans distinction de bord, l’association se présentant comme apolitique. Elle a ainsi déposé une plainte concernant le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, pour des soupçons de détournement de fonds publics, recel et concussion ; le Parquet national financier a ouvert une enquête en août 2026, ce dont Marcel Claude s’est félicité.
L’association a également porté plainte au sujet du financement d’une formation aux médias dont aurait bénéficié Jordan Bardella, dossier transmis par le PNF au Parquet européen, à charge pour ce dernier de décider de l’ouverture ou non d’une enquête. Une autre plainte visait le financement d’un déplacement d’Anne Hidalgo en Polynésie française et à Tahiti. L’association dit s’intéresser aussi à plusieurs marchés publics, dont ceux des transports scolaires de la région Grand Est, ainsi qu’à des dossiers agricoles et à divers projets environnementaux portés par des collectivités locales.
Sur ce volet, une précision s’impose : le dépôt d’une plainte par l’association ne préjuge en rien de l’existence d’une infraction. Il revient ensuite au parquet ou aux juges d’instruction de décider de l’ouverture d’une enquête, puis, le cas échéant, de poursuites et d’une éventuelle condamnation.
Soirée-débat des 5 ans : mode d’emploi
C’est ce bilan que l’association entend dresser lors d’une soirée-débat organisée pour ses cinq ans d’existence, mercredi 9 septembre 2026 à Tomblaine, en Meurthe-et-Moselle. Marcel Claude doit notamment y évoquer les projets à venir, dont une demande d’agrément pour assurer la formation des élus en matière de déontologie.
Mercredi 9 septembre 2026, à partir de 19 h 00
Espace Jean Jaurès (capacité 500 personnes), place des Arts, à Tomblaine (54)
Interviendront : Marcel Claude (président), Éric Halphen, ancien magistrat (président d’honneur), Jean-Yves Lucas (vice-président, pôle environnement), Philippe Mousnier (secrétaire général), Sébastien Golly (secrétaire adjoint) et Patrick Dupont (pôle juridique), en présence de Maître Vincent Poudampa, avocat de l’association depuis sa création.
Seront également présents plusieurs administrateurs : Danielle Jager, Chantal Ladenburger, Éric Darques, Bertrand Plas et Roland Gatti.
Un temps d’échange avec la salle est prévu en clôture de la soirée.
Marcel Claude : « Nous sommes des auxiliaires de justice »

Vous êtes le président-fondateur d’AC !! Quel est ou quels sont les objectifs de l’association ?
Je lutte contre la corruption, avec d’autres évidemment, depuis 1997. Nous sommes des auxiliaires de justice. Il s’agit de dénoncer la dilapidation de l’argent public et ces élus qui ne pensent pas à servir l’intérêt général mais leurs propres intérêts.
La corruption est-elle importante dans notre pays, selon vous ?
C’est un phénomène encore mal mesuré. Entre la concussion, le favoritisme, la prise illégale d’intérêts et autres commissions et rétrocommissions illicites, le panel est large. La corruption ne touche pas seulement les grandes villes et les grandes institutions, elle touche désormais pratiquement tout le monde, même les petites communes. C’est un terrain agricole que l’on classe comme constructible dans le PLU pour un copain ou un parent, c’est un avantage que l’on accorde à un ami, une subvention indue que l’on verse à des amis, etc. Selon l’Agence française anticorruption (AFA), 82% des élus pourraient être concernés.
L’association AC !! a obtenu un agrément « environnement ». Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?
En effet, nous avons un agrément « environnement » et nous avons demandé un agrément « déontologie ». Cela nous permet de nous constituer partie civile dans certaines affaires et d’avoir accès aux dossiers judiciaires. Mais, je tiens à dire que notre but n’est pas de tirer sur tous les élus, car ils ne sont pas « tous pourris » comme on l’entend parfois. Il arrive que des élus fassent des erreurs par méconnaissance des subtilités juridiques. Nous proposons des formations pour les aider sur des sujets particuliers, comme la corruption, et préciser ce qu’il ne faut pas faire, etc.
Comment vit l’association AC !! puisque vous ne percevez pas de subventions publiques ?
Nous ne percevons pas de subventions, c’est la garantie de notre liberté. L’association AC !! vit des cotisations de ses quelque 400 adhérents et de dons. Par exemple, l’assemblée générale du 9 septembre se tiendra dans une salle que nous prête la mairie de Tomblaine, comme elle la prête à d’autres associations. Quant aux avocats, comme Vincent Poudampa, ce sont avant tout des militants de la lutte contre la corruption.
Comment voyez-vous l’avenir de l’association ?
Comme je vous l’ai dit, nous attendons l’agrément sur la déontologie, puis sur la corruption. Je souligne que nous sommes apolitiques, la corruption n’a ni religion, ni drapeau, ni couleur. Nous allons aussi préparer la succession pour impliquer les jeunes générations. Le combat continue.