À dix-huit jours de la venue du pape Léon XIV à Metz, prévue le 28 septembre, les principaux acteurs de l’organisation de cet événement historique ont tenu une conférence de presse commune pour détailler l’ampleur du dispositif mis en place.

Par Bernanrd Aubin
Autour de la table : Mgr Philippe Ballot, archevêque-évêque de Metz, le préfet de la Moselle Pascal Bolot, le général Pascal Péran, coordinateur opérationnel de la visite, François Grosdidier, maire de Metz et président de l’Eurométropole, et Patrick Weiten, président du Conseil départemental. Sécurité, accueil des pèlerins, transports, hébergement, retombées économiques : tous les volets de cette journée exceptionnelle ont été passés en revue.
« Aux racines de l’Europe, pour la paix et pour l’unité »
Mgr Philipppe Ballot, archevêque de Metz a ouvert la conférence en rappelant le sens spirituel de cette visite, qui clôturera un déplacement du pape en France axé sur le thème « Espérance ». Il a dévoilé le titre de la conférence que Léon XIV prononcera à Metz : « aux racines de l’Europe pour la paix et pour l’unité ».
Mgr Ballot a salué la qualité du travail collectif mené avec les autorités civiles et militaires, évoquant « quelque chose de l’ordre de la Concorde » dans cette préparation commune. Il a également annoncé la tenue d’une rencontre interreligieuse le matin même de la visite, dans la continuité du « printemps des religions » messin, affirmant que « quand les religions dialoguent, elles sont facteurs de paix ».
Interrogé implicitement sur le choix de Metz, l’évêque a rappelé que le territoire a été marqué par trois guerres et deux annexions, avant de conclure sur un message fort : « les ennemis peuvent devenir des amis », citant à l’appui des messages reçus de zones de conflit actuelles (Moyen-Orient, Soudan). Il a enfin rendu hommage au « vénérable » Robert Schuman, figure chrétienne de la réconciliation européenne, évoquant « la puissance de la fraternité ».
« jusqu’à 40 000 fidèles attendus ! » mais la location du stade Saint-Symphorien abandonnée
En tant que coordinateur opérationnel de la journée, le Général Pascal Péran homologue des dispositifs déployés à Paris et à Lourdes. Il a livré les premiers chiffres de fréquentation. Un sondage auprès des diocèses évoquait environ « 20 000 groupes organisés » de pèlerins, tandis que la billetterie ouverte aux individuels a fait grimper les intentions de venue à « 40 000 ». Signe de cette affluence, « il n’y a plus une chambre d’hôtel disponible à Metz et dans la région ». Il a détaillé le dispositif des quatre « pape zones » réglementées autour de la cathédrale et du parvis des Droits de l’Homme, permettant d’élargir virtuellement la cathédrale — dont la capacité réelle est de 2 000 personnes — à « 10 500 fidèles » suivant la messe sur écrans géants, avec distribution de la communion.
Le général a par ailleurs annoncé l’abandon du projet d’ouverture du stade Saint-Symphorien, faute d’engouement suffisant, précisant que « le pape n’y passera pas ». Il a en revanche insisté sur l’existence de « deux kilomètres de déambulation avec un accès totalement libre », le long de l’avenue Foch et de la place de la République, pouvant accueillir entre 15 000 et 30 000 personnes sans inscription. Son équipe mobilise déjà « 1 800 » bénévoles, chargés notamment de l’accueil des groupes et de la gestion des bus de pèlerins, ainsi qu’une bourse au logement mise en place face à la saturation hôtelière.
« Un dispositif de sécurité « exceptionnel »

Passant du « spirituel à l’opérationnel », Pascal Bolot, préfet de la Moselle, a présenté un dispositif de sécurité proportionné à l’ampleur de l’événement : « pour un événement exceptionnel, on aura un dispositif de sécurité qui sera aussi exceptionnel ». Un centre opérationnel sera installé à la préfecture, réunissant « 150 à 200 personnes », relié au centre de supervision de la mairie et à un suivi aérien permanent. Au total, ce sont « près de 6 300 agents » — policiers, gendarmes, militaires, pompiers — qui seront mobilisés sur les journées du 27 et 28 septembre, en plus des 1 800 bénévoles civils. Le préfet a détaillé le calendrier de sécurisation : déploiement de « plus de 11 km de barrière » dès dimanche 17h, suivi d’une nuit de déminage des itinéraires. Il a décrit les différents périmètres — aéroport, autoroute, centre-ville — ainsi que le fonctionnement des « 162 points de contrôle » filtrant piétons et véhicules, rappelant que la circulation piétonne restera libre partout sauf dans la jauge de « 10 500 personnes » fixée autour de la cathédrale pour des raisons de sécurité incendie. Il a enfin précisé le dispositif sanitaire, avec « 350 sapeurs-pompiers » et « 100 membres de la sécurité civile » mobilisés.
Un événement « historique et de portée mondiale »
François Grosdidier, maire de Metz et Président de l’Eurométropole a resitué l’événement dans son contexte européen, soulignant que le pape a choisi de délivrer « un message particulier », celui de la réconciliation franco-allemande et européenne, « au moment où l’Europe se fissure ». Il a rappelé que Metz n’avait reçu la visite d’un pape qu’à deux reprises dans le précédent millénaire. Sur le plan pratique, il a détaillé les mesures de circulation et de stationnement, la fermeté du principe consistant à « ne pas rentrer à Metz en voiture ce jour-là », et la gratuité des transports urbains, combinée à des navettes en périphérie. L’offre TER sera également renforcée. Il a chiffré l’engagement financier de la métropole à environ « 425 000 euros », en comparaison des « 485 000 euros » dépensés pour le G7 de 2019, et de « 60 000 euros » pour la ville. Au-delà de l’aspect logistique, le maire a insisté sur les retombées économiques et touristiques attendues, évoquant des images de Metz « vu par des centaines de millions de téléspectateurs » à travers le monde, un impact qu’« aucune campagne de communication » n’aurait pu produire.
« Dans les pas de Robert Schuman »
Patrick Weiten, président du Conseil départemental, a exprimé sa fierté d’accueillir cet événement « planétaire et historique », rappelant que la Moselle avait déjà connu un pape originaire du territoire, Léon IX. Il a souligné un symbole fort : Léon XIV entrera dans la cathédrale de Metz soixante-trois ans, presque jour pour jour, après le retour de la dépouille de Robert Schuman en septembre 1963. Il a exprimé le souhait qu’une délégation puisse se recueillir sur la tombe du « père de l’Europe », dont la maison, propriété du département, est ouverte à la visite.
Sur le plan opérationnel, il a annoncé la mobilisation des routes départementales et des effectifs de sécurité civile placés sous sa responsabilité, sans en détailler le montant financier, insistant sur la démarche « collégiale » de l’organisation. Il a conclu sur la portée du message envoyé par cette visite : celui d’un territoire « de paix, de dialogue et de réconciliation ».
Logistique, sécurité et vie quotidienne
Les questions ont porté sur la vie quotidienne des Messins pendant l’événement. Sur la scolarité, les intervenants ont assuré vouloir garantir « la continuité pédagogique » dans les écoles, collèges et lycées, en lien avec la direction académique, tout en demandant de la tolérance aux familles concernées par les perturbations de transport. Sur le stationnement, les 7 400 riverains du périmètre sécurisé recevront des consignes précises par courrier ; les véhicules pourront sortir jusqu’à 7h-7h30 mais ne pourront plus rentrer avant le départ du pape. Un dispositif spécifique a été confirmé pour les personnes à mobilité réduite, avec des emplacements réservés sur le parcours et dans la cathédrale.
Sur la présence de personnalités, le préfet a confirmé celle du président Emmanuel Macron, notamment lors du discours du pape sur l’Europe et lors de la cérémonie de départ, sans pouvoir confirmer à ce stade la venue d’autres chefs d’État étrangers.
Concernant l’hébergement, le général Péran a détaillé la « bourse au logement » solidaire mise en place par ses équipes, reconnaissant un déficit d’offres « de plus de 50 % » par rapport à la demande. Sur les commerces, il a été précisé que bars et restaurants pourront rester ouverts, à l’exception des terrasses d’été, démontées pour libérer les places. Enfin, sur le déroulement de la journée, un retour progressif à la normale est espéré entre 19h et 20h après le départ du pape vers l’aéroport, prévu à 19h.
Les trois questions d’Infodujour
- À Mgr Ballot, sur l’œcuménisme : dans un contexte de multiplication des attaques contre les différents cultes — judaïsme, christianisme, islam —, infodujour a demandé si la rencontre interreligieuse du 28 septembre pouvait porter un message susceptible d’enrayer ces violences. L’évêque de Metz a répondu que la rencontre elle-même constitue le message : « les religions discutent, dialoguent », un signal adressé, selon lui, à « toute l’humanité » et non à la seule communauté des croyants.
- Au préfet, sur la sécurité : évoquant la vigilance renforcée du plan Vigipirate et un récent incident survenu à Forbach, infodujour a demandé si des dispositifs spécifiques — fouilles, portiques, lutte anti-drones — avaient été renforcés en conséquence. Pascal Bolot a répondu qu’une évaluation de la menace, réactualisée chaque semaine par les services spécialisés, couvre l’ensemble des sites de la visite papale (Paris, Lourdes, Metz), et que des « mesures d’entrave » administratives ont été prises à l’encontre de certains individus. Il a confirmé un double dispositif anti-drones : une unité spécialisée de lutte anti-drone, complétée par des drones et des brouilleurs de l’armée de l’air installés sur un bâtiment commercial messin, couvrant la « troisième dimension » entre 0 et 150 mètres, en complément d’une surveillance aérienne classique.
- Sur le renforcement des TER : Infodujour a relevé qu’aucune annonce n’avait été faite concernant un renforcement de l’offre ferroviaire sur le sillon lorrain, notamment pour les voyageurs venant du Luxembourg ou de Nancy. La réponse de François Grosdidier est restée évasive : la question « reste à vérifier ». Le maire de Metz a toutefois souligné que l’offre ferroviaire sera portée « au renforcement maximal des moyens » disponibles, ceux-ci demeurant toutefois limités sur cet axe. Une question annexe sur le fléchage prévu pour orienter les pèlerins vers les différents sites n’a pas obtenu de réponse détaillée, la conférence s’étant achevée sur ce point.
À un peu plus de deux semaines de l’événement, la conférence de presse aura permis de mesurer l’ampleur inédite du dispositif déployé pour la venue de Léon XIV à Metz : plusieurs dizaines de milliers de pèlerins et de visiteurs attendus, plus de 8 000 personnes mobilisées entre forces de sécurité, secouristes et bénévoles, et un engagement financier conjoint de l’État, de la métropole et du département. Au-delà de la prouesse logistique, les cinq intervenants ont unanimement replacé cette journée dans une perspective symbolique plus large : celle d’un territoire longtemps meurtri par les conflits européens, aujourd’hui choisi par le Saint-Siège pour porter, sur les pas de Robert Schuman, un message de paix, de réconciliation et d’unité continentale.