Le promoteur Stéphane Noël qui poursuivait le lanceur d’alerte en diffamation a été débouté. Voilà une décision qui tombe bien pour les uns et plutôt mal pour les autres à trois semaines du premier tour des municipales.

C’est un épilogue judiciaire riche en rebondissements que vient de connaître l’affaire ThionviLeaks. Mardi 17 février, le tribunal judiciaire de Thionville a prononcé la relaxe de Yan Rutili, auteur d’une série de vidéos publiées sur YouTube dans lesquelles il dénonçait des collusions supposées entre le monde politique et le secteur immobilier local. En conséquence, Stéphane Noël, PDG du groupe Habiter, a été débouté de l’ensemble de ses demandes.
Des vidéos qui dérangent, une plainte pour diffamation
Depuis plusieurs années, Yan Rutili s’était fait connaître sous le nom de « lanceur d’alerte » à travers ses #ThionviLeaks — une série de vidéos à charge contre certains acteurs de l’immobilier thionvillois et des élus locaux. L’un des épisodes les plus polémiques, intitulé « Pacte de corruption », mettait en scène des extraits d’un anniversaire organisé à Marrakech, auquel assistaient conjointement des promoteurs immobiliers et des élus de la ville. Y figurait notamment un commentaire en voix off dithyrambique envers Stéphane Noël — que certains ont lu comme un procédé rhétorique destiné à mieux en souligner les contradictions.
Face à ces attaques qu’il jugeait infondées, le PDG du groupe Habiter avait porté plainte pour diffamation. Il n’était d’ailleurs pas le seul : d’autres promoteurs et des élus thionvillois, dont le maire et son adjointe, avaient engagé des procédures similaires contre Rutili. Ils ont tous été déboutés.
Devant nos confrères du Républicain Lorrain, Stéphane Noël avait exprimé l’impact concret de ces publications : « Cela fait deux ans et demi que ces vidéos me posent beaucoup de soucis professionnellement. Quand vous tapez mon nom sur Google, celui-ci est entaché par ces prétendues affaires. J’ai été attaqué de front sur des choses qui n’existent pas. »
La relaxe : une question de qualification juridique
Le 16 décembre dernier, Yan Rutili avait comparu devant le tribunal judiciaire de Thionville. Mis en délibéré, le jugement a été rendu le 17 février. La décision est sans appel : relaxe totale. Le tribunal a estimé que les propos incriminés relevaient davantage de l’injure que de la diffamation, faute de faits suffisamment précis pour caractériser cette dernière infraction. Une nuance juridique décisive, qui a conduit au déboutement complet de Stéphane Noël.
Dans la bataille qui l’opposait à de puissants acteurs économiques et politiques locaux, c’est Yan Rutili qui est presque toujours sorti victorieux. Un résultat qui, reconnaissons-le, n’avait rien d’évident.
Un timing électoralement explosif
La décision intervient dans un contexte particulier. Yan Rutili n’est plus seulement un agitateur numérique : il est désormais tête de la liste baptisée ACTHIF engagée aux élections municipales pour la mairie de Thionville. Une condamnation aurait pu compromettre sa candidature. La relaxe, au contraire, lui apporte une légitimité inattendue — et tombe au pire moment pour ses adversaires.
Il faut noter que Rutili avait lui-même souhaité que ce jugement soit reporté après les municipales. Le calendrier judiciaire en a décidé autrement, et le verdict lui offre finalement de précieux arguments de campagne.