Les gardiens de prison chez les parlementaires

Plusieurs responsables syndicaux de Toul et Ecrouves ont récemment alerté les parlementaires sur la situation explosive dans les prisons. Le point à leur retour de l’Assemblée nationale et du Sénat avec Franck Rassel, délégué de secteur pour FO-Pénitentiaire.

Les syndicalistes de FO Pénitentiaire reçus par Dominique Potier à l'Assemblée Nationale (DR)
Les syndicalistes de FO Pénitentiaire reçus par Dominique Potier à l’Assemblée Nationale (DR)

Le malaise des surveillants de prison est à son paroxysme. Les violences carcérales, physiques et verbales, ont atteint des sommets. On dénombrait environ 4.000 agressions contre des gardiens en 2017, autant en 2018. On en compte déjà plusieurs centaines en 2019.
Quelques affaires ont défrayé la chronique. Tout le monde se souvient de l’attaque au couteau de deux surveillants, le 5 mars dernier, par un détenu radicalisé à Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne. Mais il y a eu aussi Osny, Vendin le Vieil, Borgo, Angers, Roanne, Château-Thierry etc. etc.
Sans parler des agressions entre détenus. En cause ? La surpopulation carcérale, les conditions matérielles de détention, parfois indignes, l’absence de droit à l’expression des détenus.
La situation est explosive dans les prisons françaises. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il y actuellement en France 71.828 personnes (au 1er avril 2019) placées sous écrou [dont 11.344 font l’objet d’une surveillance électronique] 188 établissements et 28.000 surveillants. Le taux d’occupation des établissements pénitentiaires est de 116%. Il y a donc plus de détenus que de places disponibles.
En Meurthe-et-Moselle, qui compte de gros établissements, Maisons d’arrêt et Centres de détention, la situation n’est pas plus enviable. A Nancy, à Toul, à Ecrouves les surveillants alertent régulièrement leur administration. Ils ont manifesté bruyamment à de nombreuses reprises pour faire valoir leurs revendications portant à la fois sur la sécurité mais aussi sur le statut et sur les salaires. Ils sont au bout du rouleau. Les représentants syndicaux FO-Pénitentiaires l’ont rappelé aux élus qu’ils ont récemment rencontrés : Dominique Poitier, député socialiste de la 5ème circonscription de Meurthe-et-Moselle, Olivier Jacquin, sénateur socialiste de Meurthe-et-Moselle, Carole Granjean, députée LREM de Meurthe-et-Moselle et Nadine Morano députée européenne.

-Franck Rassel, vous avez été reçu, récemment, avec plusieurs collègues de Toul et d’Ecrouves par des élus. Quel était l’objet de cette rencontre ?
-Il s’agissait d’alerter les parlementaires français sur la situation des établissements pénitentiaires de notre région ainsi que ceux de la France entière et des problèmes de sécurité qui existent à la fois pour les surveillants de prison et pour les détenus eux-mêmes.

-S’agissant des questions de sécurité, vous avez évoqué le problème des fouilles. Qu’en disent les parlementaires ?

Réunion des syndicalistes FO-Pénitentiaire avec la députée LREM Carole Grandjean (Facebook)
Réunion des syndicalistes FO-Pénitentiaire avec la députée LREM Carole Grandjean (Facebook)

-Les parlementaires sont d’accord pour que nous ayons le droit de fouiller une personne détenue dès lors qu’elle a un profil de terroriste islamiste ou grand banditisme. Cependant nous avions déjà obtenu ce droit il y a 20 ans!!! Ce n’est donc pas une véritable avancée mais seulement un juste retour des choses. FO demande la fouille systématique à chaque contact avec des personnes extérieures, tant que la technologie ne nous permettra pas de visualiser entièrement le détenu. Nous ne sommes pas des voyeurs, nous voulons juste être en sécurité.
Il faut savoir que sur cette question des fouilles, la Convention européenne des Droits de l’Homme nous interdit d’avancer sur ce sujet au titre de la dignité humaine!

-Quid des portiques à ondes millimétriques ? Et des équipes cynophiles pour lutter contre les stupéfiants ?

-Les portiques à ondes millimétriques sont très chers et n’offrent que peu de satisfaction. D’ailleurs, certains établissement qui en sont dotés ne s’en servent pas malgré les millions d’euros qu’ils ont coûté !
Reste que FO et les parlementaires sont d’accords sur le fait que les chiens des équipes cynophiles sont le meilleur moyen de mettre à mal les trafiquants de stupéfiants. De ce fait nous attendons un geste du gouvernement pour avoir au moins une équipe par Direction Régionale. En attendant mieux.

-Etes-vous favorable à un classement des établissements en fonction de la dangerosité des détenus ?

– En effet, la classification des détenus en fonction des établissements est une priorité pour FO et cela pour plusieurs raisons. Il s’agit de mettre les moyens humains et matériels dans certains établissements pénitentiaires pour accueillir les détenus les plus dangereux. Cela permettrait aussi de « protéger » les détenus les plus dociles.

Autre point abordé avec les parlementaires : la reconnaissance du métier. Concrètement, que souhaitez-vous ?

-Nous avons évoqué plusieurs points relatifs à la reconnaissance du métier. Le statutaire : passage en catégorie B à l’égal de la police et des douanes. Au niveau indemnitaire, nous voulons faire évoluer nos primes…17 euros pour une nuit de 11h15, 39 euros pour un dimanche ou jour férié, une prime de risque qui n’a quasi pas évolué malgré les risques de plus en plus élevés.
Nous demandons que soient créées des passerelles avec d’autres fonctions publiques au bout de 20 ans. Et, enfin, un recrutement régional.