L’agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE) déploie une nouvelle stratégie : transformer d’immenses entrepôts industriels en prisons pour migrants, souvent au cœur de petites villes. Un plan ambitieux, coûteux et de plus en plus contesté par les populations locales.

L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) accélère la construction d’un vaste réseau de centres de détention en achetant des entrepôts à travers les États-Unis. Selon une enquête de Bloomberg, l’agence fédérale a déjà investi plusieurs centaines de millions de dollars dans l’acquisition de bâtiments destinés à être transformés en prisons pour migrants.
Parmi les achats les plus marquants figure un entrepôt situé près de Hagerstown, dans le Maryland, acquis pour 102 millions de dollars, ainsi qu’un autre à Surprise, en Arizona, acheté comptant pour 70 millions de dollars. Ces montants ne couvrent toutefois que l’achat des structures : leur conversion en centres de détention – avec dortoirs, sanitaires, réfectoires et espaces dits “récréatifs” – engendrera des coûts supplémentaires considérables.
Un projet de détention de masse à l’échelle nationale
ICE prévoit d’utiliser jusqu’à 23 entrepôts à travers le pays pour y détenir des migrants. Les États concernés incluent notamment le Minnesota, l’Indiana, la Louisiane, le Missouri, le Mississippi, le New Hampshire, le New Jersey, la Pennsylvanie et la Virginie.
À El Paso, au Texas, un troisième projet pourrait devenir l’une des plus grandes prisons du pays, avec une capacité annoncée de 8 500 lits. Si ce site voit le jour, il marquera un tournant dans la politique de détention migratoire américaine.
Cette stratégie constitue un changement majeur par rapport aux années précédentes, durant lesquelles le département de la Sécurité intérieure s’appuyait largement sur des camps de tentes temporaires, comme le controversé site surnommé “Alligator Alcatraz” dans le sud de la Floride.
Une contestation locale qui s’organise
Mais ce plan se heurte à une résistance croissante. À Hagerstown, des manifestants ont bravé des températures glaciales le 20 janvier pour protester contre l’implantation d’un centre de détention. À Oklahoma City, les propriétaires d’un entrepôt ont finalement renoncé à un accord avec ICE à la suite d’un fort contrecoup local. Même scénario à Salt Lake City, où les propriétaires d’un site industriel ont publiquement déclaré ne pas avoir l’intention de vendre ou louer leur bien au gouvernement fédéral après des manifestations devant leurs bureaux.
D’après le Washington Post, des mobilisations citoyennes ou des réunions publiques ont eu lieu dans au moins 15 communautés concernées par ces projets.
Inquiétudes sécuritaires et antécédents préoccupants
Les responsables locaux dénoncent un projet qui, selon eux, pourrait menacer la sécurité publique, saturer les infrastructures municipales et enfreindre les règles d’urbanisme. Ces inquiétudes sont renforcées par le passé de l’agence : en septembre dernier, des inspecteurs ont relevé 60 violations différentes dans un camp de tentes ICE à El Paso, mettant en cause la sécurité et la dignité des personnes détenues.
Un avenir incertain pour le projet
Si le réseau d’entrepôts-prisons d’ICE représente une solution logistique à grande échelle pour la détention des migrants, il cristallise aussi une opposition politique, sociale et morale grandissante. Entre coûts exorbitants, risques juridiques et rejet local, le projet pourrait bien se heurter à un obstacle majeur : l’opinion publique.
La question reste ouverte : ces méga-centres verront-ils réellement le jour, et seront-ils capables d’héberger en toute sécurité des milliers de personnes — y compris, potentiellement, des citoyens américains ?