Prisons : le mouvement se durcit

Prisons: le mouvement des gardiens se durcit (DR)
Prisons: le mouvement des gardiens se durcit (DR)

Ce matin, 130 des 188 établissements pénitentiaires sont bloqués dans toute la France et 17 sur 21 dans le Grand Est. 

Dans un document adressé à ses adhérents, l’Ufap-UNSA (majoritaire) appelle « l’ensemble des personnels à se mobiliser massivement » dès ce lundi matin 22 janvier 2018, à 6 heures pour « bloquer l’ensemble de l’institution ». Après l’échec des négociations avec le ministère de la justice, vendredi, le mouvement enclenché depuis six jours par les surveillants de prison après l’agression dont plusieurs d’entre eux ont été victimes, semble donc se durcir.
Le syndicat F.O. (environ un tiers des effectifs) prône « le dépôt des clés » afin de laisser aux forces de l’ordre le soin de garder les détenus. Mais l’Ufa-UNSA et la CGT préfèrerait un blocage des prisons. La grogne en tout cas n’est pas sur le point de baisser.

La ministre fraîchement accueillie

A l’origine du malaise, plusieurs agressions dont furent victimes les gardiens de prison, notamment par des détenus radicalisés. Tout a commencé à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) où un certain Christian Ganczarski, l’un des cerveaux des attentats de Djerba, en 2002, a agressé trois surveillants. Puis, il y eut d’autres agressions par des individus tout aussi dangereux.
La radicalisation de certains détenus inquiète les gardiens. Ils réclament des effectifs supplémentaires et des mesures appropriés à leur détention.
Côté administration pénitentiaire, on n’a pas pris le problème suffisamment au sérieux. Lorsqu’elle s’est rendue à Vendin-le-Veil, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet a été fraîchement accueillie. Puis, elle a été huée à Borgo (Corse) où une nouvelle agression s’est produite.

Le mouvement s’est répandu dans presque tous les établissements pénitentiaires. Des négociations ont été ouvertes avec les syndicats portant notamment sur l’emploi, le recrutement, la sécurité des gardiens. Mais au cours du week-end les syndicats étaient unanimes pour rejeter les propositions du gouvernement.
Et pour appeler à « un blocage total » dès ce matin.

Propositions de la ministre, rejetées par les syndicats

Dans un communiqué « La ministre de la justice, Nicole Belloubet, réaffirme son soutien et sa solidarité aux surveillants victimes d’agressions graves et intolérables. Elle mesure les difficultés et les risques auxquels ils sont confrontés à chaque déplacement qu’elle effectue, depuis son entrée en fonction, dans les centres pénitentiaires.
Les organisations syndicales ont appelé à un blocage des prisons ce lundi 22 janvier 2018. Nicole Belloubet en appelle à la responsabilité de chacun afin que la sécurité et le fonctionnement des établissements pénitentiaires soient assurés.
La direction de l’administration pénitentiaire a mené dès le samedi 13 janvier des discussions soutenues avec les syndicats et a proposé des avancées concrètes pour renforcer la sécurité des personnels :
– 1100 emplois supplémentaires créés sur 4 ans pour combler les postes vacants,
– le renforcement des équipements de sécurité,
– la mise en place de quartiers spécifiques, totalement séparés du reste de la détention, pour la prise en charge des détenus violents. »

Les chiffres clés de l’administration pénitentiaire au 1er janvier 2017

 249 942 personnes prises en charge par l’administration pénitentiaire

78 796 personnes sous écrou et 164 146 personnes suivies en milieu ouvert

186 établissements pénitentiaires (82 maisons d’arrêt, 97 établissements pour peine, 6 établissements pénitentiaires pour mineurs, 1 établissement public de santé national à Fresnes)

103 services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP)

39 414 agents dont 27 849 personnels de surveillance et 5 095 personnels des SPIP

2,79 milliards d’euros de budget annuel (hors pensions).

Emilien Lacombe


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