Le 27 septembre 2022, les deux gazoducs transportant le gaz russe vers l’Europe ont été détruits en mer Baltique. Les stratèges internationaux relayés par nos « experts » de la télé ont vite accusé les Russes. Les saboteurs ont été interpellés en Allemagne : ils sont tous ukrainiens.

Qui a saboté des gazoducs Nord Stream 1 et 2 le 27 septembre 2022 en mer baltique ? La question a aussitôt enflammé les plateaux de télévision. Des journalistes ‘’spécialistes des questions internationales’’ s’il vous plaît, des ‘’experts’’ en toutes disciplines, de vieux traineurs de sabre et autres stratèges autoproclamés ont su immédiatement qui avait fait le coup. Ecoutons leurs réactions, à chaud et en direct à la télévision (voir ci-dessous le post sur X) :
- « La Russie, mais oui, la Russie… «
- « Les quatre explosions sont dues, bien sûr, aux Russes soit par drone, soit par sous-marin… »
- « Un drone sous-marin qui aurait été largué il y a plusieurs semaines d’un bateau de pêche… »
- « Ou d’un yacht par un oligarque de passage… »
- « L’hypothèse la plus logique, c’est que ce sont les Russes qui l’ont fait à titre de démonstration. »
- « Une sorte d’avertissement sans frais à l’ensemble de l’Union européenne : je suis capable de vous nuire… »
- « À tout moment nous pouvons vous frapper là où nous voulons, sous les mers, partout ! »« C’est une très vieille méthode stalinienne… »
Voilà un petit échantillon des réactions de nos « experts » qui accusent la Russie, sans la moindre preuve, sans le moindre indice. La vérification de l’info ? Le recoupement des sources ? Balivernes. Le but n’étant pas d’informer honnêtement les téléspectateurs et plus largement les citoyens français, mais d’imposer un narratif, de manipuler l’opinion, de relayer la propagande. Le méchant, c’est la Russie, voilà tout !
« Une attaque terroriste »
Les « experts » de plateau n’étaient pas seuls à accuser Moscou. À Kiev, le conseiller de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak, a dénoncé « une attaque terroriste planifiée » par Moscou. Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a accusé les Russes. « Nous voyons clairement que c’est un acte de sabotage qui marque probablement la prochaine étape de l’escalade de la situation en Ukraine. »
Il apparaît évident que l’explosion est due à un acte délibéré nécessitant la mise en œuvre de moyens d’État. Aucune organisation terroriste n’étant capable d’un pareil sabotage.
Le Kremlin, de son côté, rétorque qu’il serait « stupide et absurde » pour elle de détruire l’une de ses sources principales de revenus, au moins pour l’avenir.
D’ailleurs, Moscou demande une réunion du conseil de sécurité de l’ONU pour savoir si les États-Unis ont mis leurs menaces à exécution.

Les propos imprudents de Biden
En effet, le 7 février 2022, Joe Bident affirmait qu’il ferait le nécessaire pour mettre fin à Nord Stream 2 si les Russes envahissaient l’Ukraine. De fait, les États-Unis semblent être les premiers bénéficiaires de l’opération de sabotage. En déconnectant l’Europe du gaz russe, ils peuvent vendre à l’UE leur GNL à des prix prohibitifs tout en assujettissant encore plus les économies européennes.
Cette volonté destructrice de NS 1 et 2 n’est pas nouvelle : elle a été révélée en 2008 par wikileaks dans un câble déclassifié
Mais il y a plus surprenant. Selon le Portail de l’I.E. des « sources » évoquent la présence de l’US Government Vessel 3, un navire de guerre américain, à proximité de l’explosion à partir de la carte interactive des flux maritimes mondiaux.
Vrai ? Faux ? Difficile de confirmer même si cette présence soulève en effet des questions.
La polémique agite les stratèges internationaux. Qui avait intérêt à saboter les deux tubes géants transportant du gaz russe vers l’Europe ?
Avant la guerre russo-ukrainienne, les États européens consommaient environ 400 milliards de mètres cubes de gaz naturel, dont 45% provenaient de Russie, c’est-à-dire 155 milliards de m3. Les principaux clients étant l’Allemagne et l’Italie. Ce gaz naturel était transporté via le gazoduc Nord Stream 1 (NS1) en service depuis 2012 (1.000 km sur terre et 1224 km sous la Baltique). Un autre pipeline, Nord Stream 2, (1200 km sous l’eau) visant à doubler les volumes de gaz transportés vers l’Europe, a été achevé en 2021. Chargé en gaz, il n’a jamais vraiment effectué de livraisons. En outre, NS2 avait pour but de se défaire des taxes commerciales de passage en Pologne et en Ukraine. Ajoutons que le financement des infrastructures était soutenu pour une moitié par Gazprom, le reste par 5 sociétés européennes dont Engie.
Le 1er mars 2022, Nord Stream 2 SA dépose son bilan, à la suite des sanctions décidées par l’Allemagne, l’Union européenne et les États-Unis en réaction à l’invasion de l’Ukraine.
L’hostilité américaine
L’École de guerre économique rappelle que les importations de gaz se répartissaient ainsi : 74 % est acheminé par gazoduc, 31% depuis la Russie, 28% depuis la Norvège. 26 % est acheminé sous forme de GNL en provenance du Qatar, 20%, 16% des États-Unis, 12% du Nigeria et 5% de l’Algérie (acheminé en Espagne par le gazoduc Maghreb-Europe ou Pedro Durand Farrell). Elle rappelle aussi « l’ingérence américaine dans un débat européen : Washington fut toujours opposé au projet NS2 au nom de l’indépendance énergétique de l’Europe ».
Le moins que l’on puisse dire, c’est que, depuis le début de la construction de Nord Stream 2, les États-Unis se sont montrés hostiles à cette réalisation. Dans un article du 11 avril 2022 intitulé « De l’eau dans le gaz entre Washington et Moscou » Bruno Husquinet expliquait les nombreuses raisons qu’avait Joe Biden à saboter le gazoduc russo-européen.
Première inculpation dans l’affaire Nord Stream
Le parquet fédéral allemand a annoncé, le 1er juillet 2026, l’inculpation d’un Ukrainien pour le sabotage des gazoducs Nord Stream survenu en septembre 2022. Il s’agit du même suspect qui a été arrêté en Italie à l’été 2025 puis extradé vers l’Allemagne en novembre suivant, identifié à l’époque sous le nom de Serhii Kuznietsov. Il était en détention provisoire à Hambourg, ville où il sera jugé.
Des charges ‘’accablantes’’
Le cabinet d’avocats qui le défend a confirmé que son client était inculpé pour attaques contre des infrastructures énergétiques civiles, déclenchement d’une explosion et démolition d’ouvrages de construction. Selon der Spiegel et ARD, le parquet a requalifié les charges initiales de « sabotage dirigé contre l’ordre constitutionnel » en crime de guerre, car l’attaque visait des infrastructures civiles, ce qui peut relever du droit pénal international. Kuznietsov conteste les faits.
Kuznietsov est considéré comme l’un des cerveaux présumés des attentats de septembre 2022, qui ont détruit trois des quatre conduites du Nord Stream au fond de la mer Baltique. Les enquêteurs estiment qu’il aurait dirigé le commando de sabotage et pris la tête du voilier « Andromeda », affrété avec de faux papiers depuis Rostock. Les preuves contre lui sont qualifiées d’« accablantes », car il se serait trahi lui-même lors d’appels téléphoniques passés depuis sa détention en Italie. ARD a précisé que des traces d’explosifs militaires avaient été trouvées sur le yacht et que sept suspects avaient été identifiés, dont l’un est mort au combat contre la Russie.
Selon une enquête du Wall Street Journal, l’opération aurait été élaborée en mai 2022 par des officiers militaires ukrainiens cherchant à porter un nouveau coup à Moscou, pour un coût d’environ 300 000 dollars et une équipe de six personnes. Zelensky aurait d’abord donné son feu vert avant d’ordonner l’arrêt de la mission sous pression de la CIA, mais le commandant en chef Valeri Zaloujny aurait décidé de la mener à bien malgré tout. La Russie a accusé les États-Unis d’avoir orchestré ces explosions, ce que Washington a démenti.
Qu’en pensent nos « experts » de la télé ?
Ces récentes informations sur le sabotage des N1 et N2 n’ont pas fait réagir les ‘’experts’’. Pas le moindre commentaire, pas la moindre excuse auprès des téléspectateurs, pas la moindre démission. Mais le pire, c’est qu’ils continuent à nous raconter des bobards, non seulement sur le conflit russo-ukrainien, mais aussi sur tous les grands sujets de l’actualité. Ils mentent avec aplomb. Ne les croyez-pas!
Incroyable : à diffuser partout ! (vidéo ⤵️)
Et dites-vous que c’est pareil sur à peu près tous les sujets : propagande mensonge propagande !
Voilà pourquoi il veulent couper les réseaux sociaux et qu’on les en empêchera ! pic.twitter.com/BAv4WBXNG4
— Florian Philippot (@f_philippot) July 3, 2026