Alors que la Meurthe-et-Moselle était placée en degré de danger « sévère » pour les incendies de forêt et de végétation, la commune de Montauville a maintenu son feu d’artifice le 27 juin 2026. L’association anti-corruption AC !!, par la voix de son avocat Maître Vincent Poudampa, a déposé plainte auprès du procureur de la République de Nancy pour faire la lumière sur les conditions de ce maintien.

Arrêté préfectoral strict, la fête maintenue
Le 23 juin 2026, le préfet de Meurthe-et-Moselle a placé l’ensemble du département en degré de danger « sévère » au regard du risque d’incendie de forêt et de végétation. Pris sur le fondement du code forestier, du code de l’environnement et de l’arrêté-cadre du 29 juillet 2024 relatif à l’emploi du feu, ce texte est entré en vigueur le 24 juin à 8 heures. Son article 2 réserve au seul préfet la faculté d’accorder, pour une durée limitée, une dérogation aux mesures ainsi rendues applicables.
Trois jours plus tard, la commune de Montauville (Meurthe-et-Moselle) a annoncé sur sa page Facebook officielle que « Montauville en Fête » serait « bien maintenu ce samedi », malgré les fortes chaleurs, en promettant brumisateurs et consignes d’hydratation. Le programme affiché prévoyait un concert à 19h, un tribute à Céline Dion à 21h, puis un feu d’artifice à 23h. Le tir pyrotechnique a bien eu lieu, comme en attestent des vidéos mises en ligne sur YouTube.
Plainte pour plusieurs délits potentiels
Dans sa plainte adressée le 30 juin 2026 au procureur de la République de Nancy, Maître Poudampa, pour le compte d’AC !!, demande l’ouverture d’une enquête préliminaire ou d’une instruction. Le texte égrène plusieurs qualifications pénales envisageables, dont l’enquête devra apprécier la pertinence :
- la violation éventuelle des mesures préfectorales de prévention des incendies, si le tir n’a pas bénéficié d’une dérogation écrite du préfet ;
- les responsabilités pénales individuelles des personnes ayant décidé, ordonné ou exécuté le tir — maire, agents municipaux, artificier —, sur le fondement des articles 121-6 et 121-7 du code pénal relatifs à la complicité ;
- la responsabilité pénale de la commune en tant que personne morale, en application de l’article 121-2 du code pénal, si la décision procède d’un choix assumé des autorités communales ;
- la mise en danger délibérée d’autrui, prévue par l’article 223-1 du code pénal, dont la plainte souligne elle-même qu’elle suppose la preuve d’une violation « manifestement délibérée » d’une obligation de prudence, condition que l’association reconnaît ne pas être en mesure d’établir à ce stade.
La plainte relève également que, selon des témoignages recueillis par des lanceurs d’alerte, la secrétaire de mairie aurait évoqué une « autorisation verbale » qui aurait été donnée par les services préfectoraux. Aucune décision écrite de dérogation n’avait, à la date du dépôt de plainte, été communiquée ni publiée — un point que l’enquête devra vérifier.
Ce que prévoit réellement la réglementation en degré « sévère »
Contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture rapide des faits, les arrêtés préfectoraux pris en Meurthe-et-Moselle et dans les départements voisins pendant l’épisode caniculaire de juin 2026 n’interdisaient pas systématiquement tous les feux d’artifice. Selon les communications officielles des préfectures de la région, si les feux dits « festifs » (feux de la Saint-Jean, bûchers) étaient prohibés en degré de danger sévère, les spectacles pyrotechniques organisés par une collectivité restaient autorisés, à condition d’être tirés par un artificier professionnel qualifié.
Ce cadre dérogatoire, mentionné par plusieurs préfectures du Grand Est (dont la Moselle voisine), signifie que la seule tenue d’un feu d’artifice communal en période de danger sévère ne suffit pas, en soi, à caractériser une infraction. L’enquête ouverte à la suite de la plainte d’AC !! devra donc établir deux éléments cumulatifs : que l’artificier ayant procédé au tir de Montauville était bien qualifié pour le compte de la collectivité, et, si tel n’était pas le cas, que le maintien de la manifestation constitue effectivement une violation des prescriptions préfectorales.
La Région sous très forte tension
La plainte s’inscrit dans un contexte de vigilance rouge canicule qui a touché la Meurthe-et-Moselle, les Vosges et la Meuse à partir du 25 juin, entraînant l’annulation ou le report de nombreuses manifestations sportives et culturelles dans la région : festival de rock à Saizerais, fête de la Baudenotte à Épinal, trail de la Vallée des Lacs, notamment. Dans le département voisin de la Moselle, l’arrêté préfectoral interdisant les feux d’artifice a été maintenu pendant la vigilance rouge, à l’exception, là aussi, des spectacles assurés par des professionnels autorisés.