Monde
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

Vaccination des enfants : l’avis d’un scientifique

« Il ne paraît pas souhaitable, pour ne pas dire déraisonnable, d’inclure les enfants et adolescents dans une stratégie vaccinale contre le SARS-CoV-2 et ses variants » déclare Jean-Marc Sabatier*. Entretien.

Jean-Marc Sabatier
Jean-Marc Sabatier (DR)

L’Agence Européenne des Médicaments (AEM) a récemment autorisé l’utilisation des vaccins à ARNm Moderna (Spikevax) et Pfizer-BioNTech (Cormirnaty) pour les enfants/adolescents de 12 à 17 ans au sein des 27 pays de l’Union européenne. Cette décision contraste avec l’avis de l’OMS du 21 juillet 2021 qui ne recommande pas le vaccin anti-Covid-19 pour cette tranche d’âge. Pourquoi des avis aussi contradictoires des plus grandes instances sanitaires dans ce domaine ?

L’OMS doit estimer, contrairement à l’Agence Européenne des Médicaments, que le rapport bénéfice/risque de la vaccination des plus jeunes n’est pas favorable. C’est aussi mon avis compte-tenu des données actuelles sur le SARS-CoV-2 et de la Covid-19.

Les enfants/adolescents sont peu sensibles à une infection grave par le SARS-CoV-2 et ses variants (sauf cas particuliers de comorbidité), contrairement aux adultes.
Au 22 juillet 2021, on recense près de 4,13 millions d’enfants ayant été contaminés par le SARS-CoV-2 dans le monde depuis le début de la pandémie. Actuellement, environ 20% des personnes contaminées sont des enfants ou adolescents (< 18 ans). Selon le CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américain), le nombre total d’enfants/adolescents (jusqu’à 18 ans) morts de la Covid-19 est de 335 au 20 juillet 2021.

Indépendamment d’un certain niveau de protection conféré par l’existence d’une immunité croisée avec d’autres coronavirus saisonniers bénins, cette faible sensibilité des enfants/adolescents (notamment des plus jeunes enfants) à une infection par le SARS-CoV-2 repose essentiellement sur leur système rénine-angiotensine (SRA) qui diffère de celui des adultes. Il s’agit d’un système hormonal/physiologique complexe et ubiquitaire (qui se retrouve dans de nombreux tissus et organes tels que le cœur, les poumons, les reins, le foie, les intestins, le cerveau, le système vasculaire, les testicules, la peau, etc.), intervenant dans les fonctions autonomes rénales, pulmonaires et cardio-vasculaires. Ce système, qui joue un rôle central dans le fonctionnement de l’organisme chez l’homme (et les mammifères), est celui qui est précisément ciblé par le virus SARS-CoV-2.
Un SRA dysfonctionnel est le responsable des maladies Covid-19. Un tel dysfonctionnement du SRA est induit par la fixation du SARS-CoV-2 (ou de la protéine Spike vaccinale) sur le récepteur ECA2 (enzyme de conversion de l’angiotensine 2) des cellules cibles humaines.

Y a-t-il une différence entre enfants et adultes ?

En effet, plusieurs travaux scientifiques ont mis en évidence des différences importantes entre le SRA des enfants et des adultes. Ainsi, pour une même personne, le SRA varie de la naissance à la mort.
Une étude récente montre notamment une différence de répartition/densité du récepteur ECA2 (cible du virus) du SRA au niveau des muqueuses nasales et des cellules épithéliales alvéolaires des poumons.
En outre, le SRA « pilote » les processus inflammatoires et la libération associée de cytokines, ainsi que l’immunité innée, qui diffèrent entre enfants et adultes. Par exemple, il existe une forte protection anti-SARS-CoV-2 chez les plus jeunes via la mobilisation de granulocytes éosinophiles (mobilisation non observée chez les adultes). Il existe également chez eux un tissu lymphatique protecteur associé aux bronches, appelé « BALT » (il s’agit d’une unité fonctionnelle favorisant l’immunité anti-microbienne par élimination ou « clearance » des agents pathogènes). Ceci s’accompagne d’une diminution de la production des cytokines pro-inflammatoires très délétères (orage cytokinique) responsables d’une évolution vers des formes sévères de la Covid-19.
Ainsi, une infection d’enfants ou adolescents par le SARS-CoV-2 conduit extrêmement rarement à une forme très grave ou mortelle de la maladie. La létalité est à ce jour quasiment inexistante pour cette tranche d’âge de personnes contaminées par le virus.

Faut-il alors vacciner les jeunes pour éviter la transmission du virus ?

Ce point est d’une importance cruciale. Il ne justifie pas, à mon avis, une vaccination immédiate des plus jeunes. En effet, la vaccination de personnes ne permet pas de bloquer la transmission potentielle du virus à d’autres individus, comme cela a été démontré par des études récentes. Autrement dit, la vaccination n’empêche pas la transmission du virus.

Finalement, y a-t-il des risques de vacciner les jeunes ?

Même faibles, il existe des dangers potentiels liés à la vaccination des enfants (et adultes). Ces dangers reposent sur :

  1. L’ignorance d’effets secondaires « délétères » possiblement associés -à plus ou moins long terme- à une vaccination contre le virus SARS-CoV-2 ;
  2. L’emploi de vaccins à ARNm qui sont les seuls, à ce jour, approuvés par nos autorités sanitaires (AEM) pour les enfants/adolescents de 12 à 17 ans. En effet, il s’agit des premiers vaccins basés sur la technologie de l’ARN messager utilisés chez l’homme, ce qui implique la découverte de possibles effets néfastes à long terme.

Pour toutes ces raisons, il ne me paraît pas souhaitable (pour ne pas dire déraisonnable), à ce stade de connaissances, d’inclure les enfants et les adolescents dans une stratégie vaccinale contre le SARS-CoV-2 et ses variants. Il faut néanmoins rappeler que les vaccins « classiques » utilisés de nos jours chez les plus ou moins jeunes ont effectivement sauvé des millions de vies au cours des dernières décennies. Il ne s’agit donc pas de dénigrer l’utilité des vaccins qui ont déjà fait leurs preuves, mais de mettre en garde contre un rapport bénéfice/risque défavorable de la vaccination contre le SARS-CoV-2, pour les jeunes âgés de 12 ans et plus. Pour conclure, je rappellerai que plus on est jeune, moins on a de risque de faire une forme grave de la maladie Covid-19, selon les statistiques.

*Jean-Marc Sabatier, docteur en Biologie Cellulaire et Microbiologie, directeur de recherches au CNRS, affilié à l’Institut de Neuro-Physio-pathologie (INP) de l’université d’Aix-Marseille

Enjeux ethiques relatifs à la vaccination des enfants/adolescents

Plaidoyer en faveur de la vaccination des jeunes

Deux médecins qui font autorité en matière de vaccination, les Dr Stanley A. Plotkin and Ofer Levy ont publié en juin 2021 dans la revue Pediatrics, le journal américain de l’Académie de pédiatrie, un article intitulé « Envisager de rendre obligatoire la vaccination des enfants contre le COVID-19 ». Les deux pontes de la vaccination y expliquent que la vaccination des jeunes de 12 à 17 ans permettra de protéger les adultes. On sait, depuis, que c’est inexact. Mais c’est vraisemblablement à parti de cette publication, notamment, que les autorités de plusieurs pays, dont la France, ont décidé de vacciner les jeunes de 12 à 17 ans !
On notera cependant que les deux toubibs ont des liens d’intérêts avec les grands laboratoires pharmaceutiques ainsi rédigés dans le journal : « POTENTIAL CONFLICT OF INTEREST: Dr Plotkin has consulted for Moderna, Janssen, Sanofi, Merck, Codagenix, and Valneva. Dr Levy is an inventor on pending vaccine adjuvant patent applications and served as a consultant for GSK in 2019. »
On comprend mieux.

 

Vaccination des enfants : Une décision difficile à trancher ?

Europe France Monde