Metz : les migrants virés du cinéma

Ils étaient allés voir le film de Cédric Herrou « Libre »  et souhaitaient passer la nuit à l’abri. Mais ils ont été délogés par la police.

Des migrants ont trouvé refuge sous arcades de la place de la Comédie à Metz (Photo Collectif mosellan de lutte contre la misère)
Des migrants ont trouvé refuge sous arcades de la place de la Comédie à Metz (Photo Collectif mosellan de lutte contre la misère)

Voilà cinq jours qu’une trentaine de migrants originaires de l’Europe des Balkans (Albanie) et d’Afrique (Guinée Conakry) sont arrivés à Metz, guichet de premier accueil pour les demandeurs d’asile. Parmi eux, une femme enceinte, un bébé de 18 mois et dix enfants plus âgés.
Après avoir été enregistrés en préfecture, ils auraient dû être hébergés.
Mais ils sont restés à la rue. « On leur a dit que les centres d’accueil sont saturés, explique Catherine, porte-parole du Collectif Mosellan de lutte contre la misère. Les hébergements d’urgence du 115 sont également saturés. Ces personnes sont donc à la rue. »

« Dialogue de sourds »

La nuit sur les pavés de la place de la Comédie à Metz (Photo Collectif mosellan de lutte contre la misère)
La nuit sur les pavés de la place de la Comédie à Metz (Photo Collectif mosellan de lutte contre la misère)

La première nuit, mercredi 19 septembre 2018, les migrants se sont rassemblés devant la mairie de Metz, place d’Armes. Ils ont dormi sur des cartons posés à même le sol. Le Collectif de lutte contre la misère a été alerté ainsi que l’association Action contre le froid qui leur ont apporté un peu de nourriture et des couvertures.
Le lendemain, jeudi, le Collectif a demandé à la préfecture d’accélérer les procédures d’examen de demandes d’asile, vu l’urgence de la situation. « On nous a dit que ce n’était pas possible. C’est un dialogue de sourds avec les pouvoirs publics, constate Catherine. »
L’avocate du Collectif, Me Chebbale a déposé des référés-libertés devant le tribunal administratif de Strasbourg pour demander à la juridiction administrative de constater les dysfonctionnements et d’y mettre fin. Mais il faut attendre plusieurs jours.

Le soutien de Cédric Herrou

Jeudi et vendredi, les migrants sont donc restés dehors, place de la Comédie, près de la préfecture. « Nous avons passé la soirée avec eux, mais cela ne pouvait pas continuer ainsi, poursuit Catherine. C’est un vrai scandale. »
Samedi, plusieurs membres du Collectif avaient prévu d’aller voir le film de Cédric Herrou Libre réalisé par Michel Toesca qui a suivi cet agriculteur dans son combat pour venir en aide aux migrants. En présence de l’auteur. « Nous avons décidé d’emmener tous les migrants au cinéma Le Klub [ex-Gaumont] place Saint-Jacques. Nous avons évidemment payé leur place. »
A la fin du film, un débat, en présence de Cédric Herrou. L’un des migrants, Dialo a pris la parole pour raconter son parcours et expliquer qu’un migrant ne quitte jamais sa famille et son pays de gaité de cœur.

Cédric Herrou est allé soutenir les migrants, place de la Comédie (photo CMLM)
Cédric Herrou est allé soutenir les migrants, place de la Comédie (photo CMLM)

A l’issue de la projection et du débat, les migrants voulaient rester à l’abri, dans le cinéma. Mais à 3 heures du matin ils ont été délogés manu militari par la police.

« Il ne faut pas les voir »

Retour place de la Comédie. Dans l’après-midi Raphaël Pitti, adjoint au maire de Metz qui avait assisté à la projection du film de Cédric Herrou, a annoncé que la mairie prenait en charge les chambres d’hôtel pour les femmes et les enfants.
Mais il reste 12 hommes à la rue. Ils ont été délogés par la police, ce dimanche matin. « C’est ainsi depuis des mois, constate le Collectif mosellan de lutte contre la misère. On chasse les migrants du centre-ville. On ne peut pas les héberger mais il ne faut pas les voir dans les rues. Où peuvent-ils aller ? »
Le Collectif rappelle que, selon l’INSEE, il y a 8.419 logements vides à Metz. « Nous demandons que les logements publics soient réquisitionnés pour en faire des centres d’accueil. Personne ne doit rester à la rue. »

Dernière heure. Ce dimanche soir, après avoir dirigé les migrants dans un gymnase (où d’ailleurs l’entrée  a ensuite été interdite à de nouveaux migrants), le Collectif mosellan de lutte contre la misère (CMLM) a eu la satisfaction de voir ses efforts récompensés. Tout les migrants qui se trouvaient jusque là à la rue ont pu être hébergé dignement.



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