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Mouvement à la SNCF : attention, danger !

Circulation des TER, RER et TGV est perturbée à partir d’aujourd’hui… Le point de vue de Bernard Aubin, Secrétaire Général du syndicat de cheminots FiRST.

1673 trains par jour dans le Grand Est (DR)
1673 trains par jour dans le Grand Est (DR)

Par Bernard Aubin

« Voilà le résultat d’un mouvement social déclenché presque inopinément. Cette « grève » survient au lendemain d’accidents ou d’incidents mettant en cause des trains de voyageurs dépourvus de contrôleurs. A plusieurs reprises, et notamment lors d’accidents à des passages à niveau, les conducteurs de trains se sont retrouvés seuls à gérer l’aspect sécuritaire de la situation, une priorité absolue, mais aussi à prendre en charge des usagers abandonnés à eux-mêmes. En effet, depuis une vingtaine d’années, la SNCF déshumanise trains et gares avec le soutien des Conseils Régionaux et autres Autorités Organisatrices des transports.

Droit de retrait

La situation n’est pas nouvelle. Elle s’est cependant aggravée avec la modernisation des parcs de matériels régionaux et Transiliens. Les nouveaux trains permettent désormais de s’affranchir totalement de la présence d’un second agent à bord, ce qui n’était pas possible avec les anciennes rames.
Les accidents survenus récemment ont sans doute joué un rôle important dans le débrayage survenu hier, mais pas que. Non, les conducteurs ne se sont pas mis en grève. Pour ce faire, un syndicat représentatif aurait dû lancer une procédure qui ne peut aboutir à la grève que 15 jours après son début. Un cheminement qui permet aussi à la SNCF de planifier un service garanti et d’offrir des horaires adaptés à la clientèle. Cette fois, les cheminots ont fait valoir leur droit de retrait.

Sans précédent

La loi permet en effet à chaque salarié qui se sent en danger dans l’exercice de ses fonctions de cesser son travail le temps qu’une solution soit trouvée. C’est une disposition souvent mise à profit par les contrôleurs à la suite d’agressions. En revanche, une mobilisation des conducteurs sur la base d’un droit de retrait, à l’échelle nationale, est extrêmement rare et ne connaît aucun précédent récent. Raison pour laquelle il serait erroné de retenir comme seul motif de cet arrêt de travail les motifs officiellement affichés par la SNCF et les syndicats.
Ras-le-bol
Sur le plan tellurique, ces petits tremblements de terre constitueraient les signes annonciateurs d’une prochaine éruption. Sur le plan social, c’est pareil. Personne ne peut ignorer le ras-le-bol qui s’est emparé de la population suite aux reculs sociaux qui se succèdent, assaisonnés de provocations encore bien présentes à l’esprit. S’en était suivi un mouvement totalement inédit, celui des Gilets Jaunes. Plus récemment, le projet de réforme des retraites a catalysé de nouvelles rancœurs. La grogne se généralise à l’ensemble de la population. Et elle ne cesse de s’amplifier. Pour ce qui les concerne, restés jusqu’à présent sur leurs réserves, les cheminots qui n’ont toujours pas digéré la réforme qui leur a été infligée de manière particulièrement odieuse, commencent à sortir du bois.

Un baril de poudre

Le Président de la République et son Gouvernement sont désormais placés sur les barils de poudre qu’ils ont eux-mêmes accumulés. Trop sûrs de leurs faits, ils avaient également fermé, tour à tour, les casernes de pompiers… Flammèches et étincelles s’approchent dangereusement de leur bastion. Si le feu venait à prendre, il serait incontrôlé, incontrôlable, au vu des années de mécontentement accumulées et de la suppression de toutes les soupapes de sécurité au fil du temps.
Attention, danger… »

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