Meurthe et Moselle

Nancy : rififi autour d’un bâtiment labellisé (suite)

Le CIC-Crédit Mutuel propriétaire du bâtiment en forme de pyramide posé à l’entrée de Nancy a déposé une demande de permis de démolir. Au grand dam d’un Collectif d’architectes.

L’édifice du CIC à Laxou labellisé Patrimoine du 20ème siècle en 2015 (photo Drac Lorraine)

L’affaire embarrasse beaucoup de monde. A commencer par le préfet de Région qui, le 27 juin 2019, a présidé une Commission Régionale du Patrimoine et de l’Architecture (CRPA). Mais aussi les élus de Laxou (54) qui instruisent la demande de permis de démolir déposée début septembre 2019. La décision est attendue d’un jour à l’autre. Date butoir : le 3 novembre 2019.
Au cœur du malaise, le bâtiment en forme de pyramide appartenant à la banque CIC-Crédit Mutuel. Posé à l’entrée de Nancy, sur le territoire de la commune de Laxou, cet édifice conçu par l’architecte nancéien Jean-Luc André est « audacieux par sa forme (alvéoles accolées de hauteurs différentes, d’où le nom de pyramide) et par sa structure, capable de répondre aux transformations liées à l’utilisation croissante de l’informatique dans les bureaux » selon ses défenseurs.
En 2016, ce bâtiment a reçu le label Patrimoine du XXème siècle devenu, depuis, Architecture Contemporaine Remarquable, label décerné par le Ministère de la Culture.
L’ennui, c’est que le propriétaire, la banque strasbourgeoise, veut le détruire. L’immeuble présenterait un problème de sécurité en raison, notamment, d’un affaissement des dalles, et un risque d’effondrement.

Aucun danger ?

D’où le litige. Et la levée de boucliers d’un certain nombre d’architectes et de personnalités, réunis en Collectif. Ils se battent pour que soit conservé ce bâtiment emblématique de l’entrée Ouest de Nancy (en direction de Toul). Son concepteur, Jean-Luc André, précise : « Les problèmes structurels sont apparus dès le début. Mais l’édifice a trouvé son équilibre. Et s’il y a un problème structurel sur un bâtiment, on a aujourd’hui des techniques pour le corriger. » Il vient même de demander une instance d’inscription comme Monument Historique à la DRAC Grand Est.
Dangereux ou pas ? « Nous n’avons pas accès aux documents, le CIC-Crédit Mutuel refuse que nous les consultions » regrettent les architectes Jean-Luc André et Jean-Pierre Crevoisier qui, après deux visites du site, suivent l’affaire de près. Un universitaire, Gilles Marseille, et un architecte, Nicolas Depoutot, membres du Collectif, ont également visité le bâtiment. « On leur a montré qu’il y avait de la pente sur une dalle, rien de probant. Mais aucune fissure ni témoin ne leur a été montré. Dans ces conditions, il est difficile d’apporter du crédit aux propos de la banque» poursuivent les architectes.

Opacité

Tout cela semble bien opaque au Collectif qui s’interroge sur la réalité des désordres invoqués pour justifier la démolition du bâtiment que la banque, rappellent-ils, estimait en bon état lors de l’attribution du label en 2016. Ce label n’aurait-il représenté qu’une « opération de com’ » à l’époque ?
Si le bâtiment présente des menaces réelles, pourquoi le CIC-Crédit Mutuel ne montre t-il pas les désordres visibles et les témoins mis en place ? Pourquoi ne donne t-il pas accès aux diagnostics des bureaux d’études qui sont sensés attester du péril que présente ce bâtiment, demandent les architectes ? Si tel était le cas, et si la menace était avérée, « le Collectif se résoudrait, la mort dans l’âme certes, à valider cette perspective. » D’où la demande d’un recours à une expertise indépendante pour lever toute ambiguïté.

Privé/public

Depuis, « la Pyramide a été vidée de son personnel (plus de 500 personnes) qui est allé travailler ailleurs. Presque vidée car il reste à ce jour l’agence locale de la banque ainsi qu’une société de restauration collective dans le bâtiment.
Le Crédit Mutuel a lancé un concours d’architectes pour construire, à l’emplacement de la pyramide du CIC, un bâtiment de 10.000 à 11.000 m2 sur deux niveaux pour accueillir les informaticiens de la maison. Le projet retenu serait celui d’un architecte d’origine autrichienne.
D’un point de vue juridique, il est vrai que le litige porte sur un bien privé puisqu’il appartient au CIC-Crédit Mutuel. De quel droit le Collectif peut-il intervenir ?
« La Pyramide appartient en effet au patrimoine privé. Mais elle appartient aussi à l’histoire locale et régionale puisqu’elle fut le siège de la SNVB (Société nancéienne et Varin-Bernier) liée à l’histoire de la région » argumentent les architectes. La détruire, « reviendrait à rayer de la carte une partie importante de l’histoire régionale. Mais aussi à renier la reconnaissance et le Label que la Direction Régionale des Affaires Culturelles a récemment attribué à cet édifice qui fait tout autant partie du Patrimoine Urbain de Laxou que de celui du Grand Nancy. »
Ne serait-il pas souhaitable de surseoir à statuer sur la demande d’autorisation de démolir, le temps que des investigations sérieuses et incontestables soient menées ?
La question est posée mais le temps presse.

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