L’écrivain lorrain Nicolas Mathieu Prix Goncourt

Le romancier est récompensé pour « Leurs enfants après eux », son second livre, alors que le premier, « Aux animaux la guerre », a été adapté en série pour France 3.

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Nicolas Mathieu au Livre sur la Place à Nancy, où avait été rendu publique la première liste des livres sélectionnés pour le Goncourt (photo ActuaLitté – CC BY-SA 2.0)

Après avoir reçu le « Goncourt lorrain », le Prix Erckmann-Chatrian, pour son premier livre « Aux animaux la guerre » (sorti en 2014, et adapté en série pour France 3, à partir de jeudi prochain), c’est le vrai et grand Goncourt qu’a reçu hier Nicolas Mathieu pour « Leurs enfants après eux », son second livre.

Souriant, comme toujours, l’écrivain confiait que c’était « à la fois fantastique et assez déstabilisant », avant de s’asseoir chez Drouant à la table des dix jurés Goncourt, dont six ont voté pour son livre, et dont deux (Philippe Claudel et Virginie Despentes) sont lorrains, comme lui. C’est lors du Livre sur la Place à Nancy, où il vit désormais, qu’avait été rendu publique la première liste des quinze livres (dont le sien) sélectionnés pour le Goncourt 2018.

« J’ai essayé de raconter ce que je connais »

Ses deux livres sont d’une écriture limpide, avec un plein ancrage dans le réel : « J’ai essayé de raconter ce que je connais, ce que je voyais », disait-il à propos de « Aux animaux la guerre », un roman noir sur la ligne bleue des Vosges, une chronique sociale où il décrit avec force et justesse la fin de la classe ouvrière, la violence économique. Le réalisateur Alain Tasma l’a adapté en une série tournée dans le Grand Est, et dont Nicolas Mathieu a cosigné le scénario, les premiers épisodes seront diffusés le jeudi 15 novembre sur France 3, avec dans les rôles principaux Roschdy Zem en délégué syndical et Olivia Bonamy en inspectrice du travail.

« Leurs enfants après eux » est quant à lui une chronique de la jeunesse, dans une vallée perdue, « quelque part dans l’Est », qui ressemble beaucoup à la Vallée de la Fensch (autrefois chantée par Bernard Lavilliers), où les noms des villes finissent par « ange », celle du livre s’appelle Heillange (qui rime évidemment avec Hayange). C’est là, dans des bleds sans porte de sortie, où on a l’impression que les hivers durent dix mois, que s’ennuient une poignée d’adolescents à l’avenir très incertain, de 1992 jusqu’à ce que l’on soit une première fois « champions » en 1998.

Nicolas Mathieu ne raconte pas que le triste quotidien des enfants dans ce superbe ouvrage, il évoque aussi le triste sort des parents, celui de leur classe, où l’on finit bien souvent « licencié, divorcé, cocu ou cancéreux »… « C’est important pour moi de faire réel », assure l’écrivain lorrain, de « restituer un monde » qu’il connait bien, bien loin de Saint-Germain-des-Prés où il vient d’être honoré.

Nicolas Mathieu - Leurs enfants apres eux (Ed Actes Sud) Goncourt-2018
Un livre conçu comme “une tentative littéraire et politique”.

« Je n’ai qu’une peur, c’est de décrocher du réel »

« Je suis né dans un monde que j’ai voulu fuir à tout prix », assure le quadragénaire, né à Epinal. Un monde qu’il décrit pourtant si bien : « Le monde des fêtes foraines et du Picon, de Johnny Hallyday et des pavillons, le monde des gagne-petit, des hommes crevés au turbin et des amoureuses fanées à vingt-cinq ans ». Il a conçu « Leurs enfants après eux » comme « une tentative littéraire et politique » ; c’est effectivement « le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt », celui des usines fermées, de pavillons familiaux, des zones commerciales, des hauts-fourneaux qui ne servent plus à rien. La réalité avant tout : « C’est vraiment le carburant de mon écriture, je n’ai qu’une peur, c’est de décrocher du réel », dit-il.

On avait raconté un mensonge au petit Nicolas, que le monde s’offrait à lui, « tel quel, équitable, transparent, quand on veut on peut ». En grandissant, il n’y croyait plus. Il sait maintenant que ce n’était pas tant un mensonge, que le fils d’une comptable et d’un électromécanicien peut obtenir le Prix Goncourt. « J’aime vivre ce que tout le monde vit », dit Nicolas Mathieu. Pendant quelque temps, ce ne sera plus possible pour lui, mais sûr qu’il restera fidèle à la toute dernière phrase de son livre : « L’effroyable douceur d’appartenir ».

Patrick TARDIT

« Leurs enfants après eux », par Nicolas Mathieu (Editions Actes Sud/21,80€). « Aux animaux la guerre », une série de six épisodes réalisés par Alain Tasma, diffusée à partir du jeudi 15 novembre sur France 3, à 21H.



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