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Xenia Fedorova expulsée : la liberté d’expression menacée

Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France, a reçu un arrêté d’expulsion du ministère de l’Intérieur le 29 juillet. Le gouvernement français l’accuse de relayer systématiquement la propagande du Kremlin, tandis que ses soutiens dénoncent une atteinte à la liberté d’expression et au pluralisme médiatique.

Xénia Federova (capture CNews)
Xénia Federova (capture CNews)

Qui est Xenia Fedorova ?

Xenia Fedorova, de son vrai nom Ksenia Borchik, est une femme de 45 ans originaire de Kazan, en Russie. Dotée d’une formation en relations internationales, elle parle couramment le russe, l’allemand, l’anglais et le français. Son ascension professionnelle a été rapide au sein de Russia Today, le géant médiatique financé par l’État russe pour promouvoir les positions du Kremlin à l’étranger.

En 2017, elle est envoyée à Paris pour lancer RT France, décrivant ce projet comme « le challenge le plus difficile de [sa] carrière ». Cette même année, lors d’une conférence de presse à Versailles entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, elle se plaint d’avoir été exclue du quartier général de campagne du nouveau président français. Macron réplique alors sèchement : « J’ai considéré qu’ils n’avaient pas leur place à mon quartier général », reprochant aux médias russes de se comporter comme des « organes d’influence, de propagande et de propagande mensongère ».

La fermeture de RT France et la réorientation vers l’empire Bolloré

Après l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, RT et Sputnik sont interdits de diffusion dans toute l’Union européenne dès le 2 mars 2022. RT France ferme ses portes en 2023, mettant un terme à plusieurs années d’activité. Cependant, Xenia Fedorova n’a pas disparu de l’écran français pour autant.

Depuis le début de 2025, elle a trouvé un nouvel employeur dans l’empire médiatique tentaculaire de Vincent Bolloré, le milliardaire ultraconservateur. Elle devient une figure incontournable et omniquotidienne des médias appartenant à ce groupe. Elle signe une chronique hebdomadaire dans le JDNews, intervient régulièrement sur la chaîne CNews où elle commente l’actualité internationale, et présente l’émission « Lumières orthodoxes » sur Canal+, dédiée aux églises et cathédrales orthodoxes de France et d’Europe.

Elle publie également son livre « Bannie » chez Fayard en mars 2025, une maison d’édition tombée dans l’escarcelle du groupe. En moyenne, 230 000 téléspectateurs la regardent le mercredi soir dans l’émission « L’Heure d’inter » selon les données de franceinfo, avec 130 000 téléspectateurs supplémentaires pour la diffusion du dimanche après-midi.

Les propos alignés sur les narratifs du Kremlin

Le cœur de l’accusation contre Xenia Fedorova porte sur le contenu de ses interventions médiatiques. À l’antenne, on lui reproche de reprendre le vocabulaire des autorités russes pour parler de la situation en Ukraine. Elle ne mentionne jamais une « invasion », mais une « opération spéciale », le terme employé par Vladimir Poutine le 24 février 2022 pour décrire son action militaire.

Elle soutient également que l’Ukraine n’est « pas un pays souverain » et proclame que « c’est l’Occident qui a décidé de prolonger ce conflit ». Elle accuse certains pays baltes qui soutiennent Kiev de « glorifier le nazisme ». Ces positions correspondent étroitement aux éléments de langage déployés par Moscou pour justifier son action en Ukraine. Xenia Federova et RT France sont sanctionnés.

Le 10 mai, au lendemain du « jour de la victoire » (date anniversaire de la capitulation allemande de 1945, célébrée par des démonstrations de force en Russie), elle réitère ces accusations contre l’Occident. Le Quai d’Orsay réagit en affirmant que « Madame Fedorova reprend aujourd’hui mot pour mot les narratifs de propagande russe ».

Une influence préoccupante et des recours judiciaires

Au-delà de ses propos, Xenia Fedorova a acquis une réputation d’intouchable au sein des médias où elle intervient. Plusieurs témoignages évoquent un climat de peur autour de sa personne. Un journaliste du Journal du dimanche confie sous le couvert de l’anonymat : « Si elle découvre que je parle d’elle, je suis viré. Tout le monde la craint. Elle ne participe pas aux conférences de rédaction, mais c’est tout comme. Elle est là sans être là ».

Le journaliste politique Victor Eyraud affirme avoir été congédié d’Europe 1 après s’être opposé à elle sur sa vision de la guerre en Ukraine. Bruno Clermont, un ex-général de l’armée française, l’accuse publiquement sur LinkedIn d’être à l’origine de son éviction de CNews après quatre ans de participation en tant que consultant défense. Il dénonce « un limogeage en 30 secondes : un texto et un coup de fil ».

Ces incidents ont incité les eurodéputés à réagir. Valérie Hayer, patronne des eurodéputés Renew, saisit l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) après des déclarations jugées propagandistes. Nathalie Loiseau, eurodéputée Renew, s’agace : « Elle n’est pas journaliste ! Et sa présence, partout, m’interroge sincèrement ».

L’arrêté d’expulsion du 29 juillet

Le 29 juillet, le ministère de l’Intérieur français ordonne l’expulsion immédiate de Xenia Fedorova du territoire français. L’arrêté stipule que son « comportement » « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et que sa présence « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ».

Cette décision retire de facto son titre de séjour et lui interdit de travailler dans l’Hexagone. Me Emmanuel Piwnica, son avocat, annonce immédiatement des recours contre l’arrêté, le qualifiant « d’atteinte grave à la liberté d’expression d’une journaliste qui a toujours exercé son activité de manière la plus convenable qu’il soit ».

CNews et le groupe Lagardère prennent également sa défense au nom du « pluralisme ». Xenia Fedorova elle-même réplique via X : « Je suis journaliste. J’exprime une analyse, parfois critique, notamment sur le rôle de l’Occident dans la prolongation du conflit en Ukraine. Cette analyse peut être contestée, bien sûr. Elle ne peut pas être interdite sous prétexte qu’elle dérange ».

Quand la désinformation médiatique révèle les failles du contrôle éditorial

L’affaire Xenia Fedorova expose plusieurs enjeux fondamentaux pour la démocratie et les médias français. D’un côté, elle illustre comment la propagande russe a trouvé des canaux de diffusion en France après la fermeture officielle de RT, en s’insérant dans des rédactions prestigieuses sans véritable contrôle éditorial.

De l’autre, elle soulève des questions sur la limite entre libertés d’expression et protection de l’intégrité démocratique face à la désinformation d’État. Le gouvernement français argue que les narratifs répétés par Fedorova, directement alignés sur le discours officiel de Moscou, constituent une menace pour l’ordre public. Ses soutiens dénoncent une censure déguisée et un précédent dangereux pour la liberté d’expression en France.
Cette expulsion rappelle le sort réservé à Xavier Moreau, ressortissant franco-russe, considéré comme un « relais de la propagande du Kremlin ». Ses infos publiées via son Centre d’analyses Politico-stratégiques STRATPOL, considérées comme tendancieuses par les instances franco-européennes ont été sanctionnées.
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