Le gouvernement du Royaume-Uni a démenti l’affirmation de Moscou selon laquelle le Royaume-Uni et la France travailleraient secrètement à fournir à l’Ukraine une arme nucléaire. Le gouvernement français a également publié un démenti par l’intermédiaire de son ambassade à Moscou.

Par Robert Harneis
Le service russe de renseignement extérieur, le SVR, a affirmé publiquement que le Royaume-Uni et la France « travaillent activement » à fournir à l’Ukraine une arme nucléaire, ou une bombe radioactive artisanale dite « bombe sale ». Cette affirmation a été relayée par le président Vladimir Poutine et son porte-parole, Dmitri Peskov.
Le porte-parole officiel du Premier ministre britannique a déclaré : « Il s’agit d’une tentative évidente de Vladimir Poutine de détourner l’attention de ses actions odieuses en Ukraine… Il n’y a aucune vérité dans ces allégations. »
Transfert clandestin de composants
L’intervention du président Poutine indique, en revanche, que les Russes prennent cette accusation au sérieux. Le Service russe de renseignement extérieur affirme que la Grande-Bretagne et la France travaillent activement à résoudre la question de la fourniture d’armes nucléaires à l’Ukraine et de leurs systèmes de lancement. « Cela implique le transfert clandestin de composants, d’équipements et de technologies européens dans ce domaine. Une option envisagée serait l’ogive française TN75 de petite taille, issue du missile balistique mer-sol M51.1 », indique le communiqué.
Selon le SVR, les élites britanniques et françaises estimeraient que Kyiv serait en mesure d’obtenir des conditions plus favorables pour mettre fin aux combats si elle possédait une bombe nucléaire ou au moins une bombe dite « sale ». « Les Britanniques et les Français reconnaissent que leurs plans constituent une violation flagrante du droit international », poursuit le communiqué.
Une violation flagrante du droit international
Si cela était vrai, il s’agirait d’une grave violation du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Londres et Paris risqueraient, selon ces allégations, de compromettre le système mondial de non-prolifération. « En conséquence, les Occidentaux concentrent leurs efforts sur la présentation de l’acquisition d’armes nucléaires par Kyiv comme le résultat d’un développement ukrainien », a écrit le SVR dans son communiqué.
Le porte-parole de Poutine, Peskov, a qualifié les informations concernant un éventuel transfert d’une bombe nucléaire à Kyiv d’extrêmement importantes et dangereuses pour le régime de non-prolifération. « Il s’agit d’une violation flagrante de toutes les normes et principes, ainsi que des actes pertinents du droit international », a-t-il souligné. Par ailleurs, un conseiller de Vladimir Poutine, Yuri Ouchakov, a déclaré au service d’information Vesti que Moscou avait l’intention d’informer Washington d’un possible transfert d’armes nucléaires à Kyiv depuis Londres ou Paris.
Des clichés
Selon l’agence de presse officielle russe Tass, le vice-président du Conseil de la Fédération de Russie, Konstantin Kossatchev, a commenté que les déclarations publiées par les ambassades française et britannique, niant tout projet d’armer l’Ukraine d’armes nucléaires, ne semblaient être rien de plus que des clichés préparés à l’avance, dépourvus de profondeur ou de crédibilité.
Kossatchev a critiqué ces réponses en déclarant : « Les commentaires des services de presse concernés — en particulier, en France, pas même des ministères du gouvernement, mais uniquement de l’ambassade ici à Moscou — ne sont que des clichés prémâchés qui n’apportent aucune réelle valeur. Ils nient les conclusions du Service russe de renseignement extérieur. » Il a en outre souligné que ces déclarations ne confirmaient pas que les pays concernés respectaient leurs obligations au titre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
Une position embarrassante de la France
La Grande-Bretagne ne dispose pas d’armes nucléaires totalement indépendantes et dépend entièrement des États-Unis pour l’approvisionnement et l’autorisation d’utilisation. La France se trouve dans une position plus embarrassante, puisqu’elle exerce un contrôle total sur son arsenal nucléaire. L’idée que Washington n’ait été au courant de rien — si cela est vrai — paraît peu crédible. Mais, pour le moment, il semble que cela convienne à Moscou de laisser entendre qu’elle y croit.
