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La trêve avec le Hamas va-t-elle sonner le glas du gouvernement Nétanyahou ?

Benjamin Netaniahou et ses conseillers (capture euronews)
Benjamin Netaniahou et ses conseillers (capture euronews)

Ran Porat, Monash University

Après une longue nuit de délibérations, le gouvernement israélien a approuvé ce 22 novembre un accord portant sur la libération d’un certain nombre d’otages et sur une trêve de quatre jours avec le Hamas.

Quelles sont les dispositions exactes de ce texte, et quelles sont les conséquences prévisibles de sa mise en œuvre ?

Que dit le texte de l’accord ?

Le Qatar a joué un rôle majeur dans les négociations ayant abouti à l’adoption de ce document, qui prévoit la libération progressive de 50 à 80 femmes et enfants israéliens détenus dans la bande de Gaza – soit entre un cinquième et un tiers des 240 otages qui ont été enlevés le 7 octobre lors de l’attaque du Hamas au cours de laquelle 1 200 Israéliens ont été tués.

En contrepartie, Israël a accepté un cessez-le-feu d’au moins quatre jours, interrompant son offensive visant à écraser les capacités militaires et politiques du Hamas. En outre, au moins 150 femmes et mineurs palestiniens seront libérés des prisons israéliennes, et les habitants de Gaza recevront des quantités accrues d’aide humanitaire et de carburant.

L’adoption de l’accord a constitué un dilemme pour le gouvernement israélien. En effet, celui-ci a donné à la guerre de Gaza deux principaux objectifs : démanteler le Hamas en tant qu’organisation terroriste opérationnelle, et assurer la libération du plus grand nombre d’otages possible. Il vient donc, au moins temporairement, de donner la priorité au second de ces objectifs au détriment du premier.

Tsahal voulait maintenir la pression sur le Hamas sur le terrain. Toutefois, il était clair que les combats devaient être suspendus pour que l’accord sur les otages puisse être mis en œuvre. De plus, les Israéliens n’apprécient pas le fait que l’accord ne s’applique qu’aux femmes et aux enfants, et non aux hommes civils et aux soldats. Cette disposition offre au Hamas la possibilité, dans les jours à venir, d’utiliser les otages restants pour obtenir de nouveaux cessez-le-feu et de nouvelles concessions de la part d’Israël.

Nétanyahou en difficulté

Ce n’est pas la première fois que le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, un vétéran de Tsahal, approuve un accord d’échange de prisonniers. Il était déjà aux affaires en 2011 lorsqu’Israël a libéré plus de 1 000 prisonniers en échange d’un seul soldat israélien, Gilad Shalit. Parmi les prisonniers libérés, 280 avaient été condamnés à la prison à perpétuité, dont l’actuel chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar.

Plusieurs manifestations organisées en Israël depuis le 7 octobre ont appelé le gouvernement à donner la priorité à la libération des otages. Durant ces rassemblements, massifs et empreints d’émotion, les familles des personnes enlevées ont également rencontré Nétanyahou et d’autres membres de l’actuel gouvernement d’urgence, les centristes Benny Gantz et Gadi Eisenkot, qui sont tous deux d’anciens chefs d’état-major de l’armée et qui faisaient jusqu’ici partie de l’opposition.

L’opinion publique israélienne a fait preuve d’une solidarité forte et sincère en réponse aux attentats du 7 octobre. Pour autant, nul n’a oublié à quel point la société était divisée il y a encore peu de temps. Des millions de personnes ont manifesté pendant des mois contre le projet controversé de réforme du système judiciaire promu par le gouvernement de droite de Nétanyahou. Dans le même temps, les membres de la coalition au pouvoir avaient férocement attaqué et tourné en ridicule les réservistes de l’armée qui avaient menacé de refuser de rejoindre leurs casernes si le plan de réforme n’était pas abandonné.

Aussi longtemps que durera l’affrontement entre Israël et le Hamas, Nétanyahou ne sera sans doute pas contraint de quitter le pouvoir. Ses proches ont fait valoir que, à un moment où le pays est en guerre, la politique partisane devait être mise de côté. Pourtant, il est rapidement apparu que le premier ministre refusait d’assumer sa responsabilité personnelle dans l’incapacité d’Israël à prévenir le carnage du 7 octobre, alors qu’il s’est trouvé au pouvoir pendant la plus grande partie des seize dernières années, et qu’il n’a jamais réussi, au cours de toute cette période, à traiter efficacement avec le Hamas.

Beaucoup lui reprochent d’avoir permis au Qatar de fournir des centaines de millions de dollars à la bande de Gaza gouvernée par le Hamas, cet argent ayant sans doute été employé par le Hamas pour se doter d’une véritable armée aux portes d’Israël.

Une commission d’enquête, qui devrait être créée dès la fin des hostilités, mettra très probablement Nétanyahou et ses partenaires politiques sur la sellette pour leur rôle dans l’exacerbation des conflits internes. Il y a quelques mois, un haut responsable des services de renseignement avait prévenu que ces tensions au sein d’Israël étaient perçues comme une faiblesse par les ennemis d’Israël et comme « l’expression d’un processus linéaire qui aboutira à l’effondrement d’Israël ».

Pas d’élections anticipées… pour l’instant

Personne ne veut d’élections tant que les combats se poursuivront. Renverser le gouvernement aujourd’hui serait juridiquement compliqué. Les tractations et intrigues de couloir au sein du Likoud visant à remplacer Nétanyahou n’ont rien donné jusqu’à présent.

L’extrémiste Itamar Ben-Gvir, chef du parti Puissance juive, qui fait partie de la coalition de droite qui soutient Nétanyahou depuis les législatives de novembre 2022, a voté contre l’adoption de l’accord sur les otages. Il a publiquement mis en garde contre ce texte, le qualifiant de grave erreur et d’aveu de faiblesse. Après la guerre, il pourrait chercher à prendre ses distances avec le chef du Likoud et à faire chuter le gouvernement.

En Israël, le sentiment général est que les jours de Nétanyahou au pouvoir sont comptés. Pourtant, le premier ministre, âgé aujourd’hui de 73 ans, a prouvé à maintes reprises qu’il n’était pas sage de parier contre lui…The Conversation

Ran Porat, Affiliate Researcher, The Australian Centre for Jewish Civilisation, Monash University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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