Les frappes américano-israéliennes contre l’Iran et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz ont déclenché lundi un choc énergétique sans précédent. Les prix du pétrole et du gaz se sont envolés, faisant trembler les économies mondiales.

Deux jours après la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, les frappes américano-israéliennes ont plongé l’économie mondiale dans l’incertitude. Le trafic maritime est paralysé dans le détroit d’Ormuz, voie névralgique du commerce mondial d’hydrocarbures, désormais évitée par les principaux armateurs mondiaux.
Le baril de Brent, référence internationale de l’or noir, s’est envolé de 7,56 % à 78,37 dollars dès 7h30 lundi matin, après avoir ouvert en hausse de 13 % à quelque 82 dollars à l’ouverture. Le prix du gaz a suivi le même mouvement, bondissant d’environ 25 % en début de journée, et davantage encore par la suite.
Le détroit d’Ormuz, verrou de l’économie mondiale
Un tiers du gaz naturel et un cinquième de la consommation mondiale de pétrole transitent par ce passage stratégique étroit, contrôlé par l’Iran. Selon Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates, on assiste à une « fermeture de facto » du détroit. Le passage n’est pas techniquement bloqué, mais face à l’explosion des primes d’assurance, les principales compagnies maritimes ont annoncé suspendre leurs traversées.
La raison de cette paralysie est avant tout financière. Normalement, le coût de l’assurance pour un tanker traversant cette région représente 0,25 % du coût de remplacement total du navire. Mais dans ce contexte de tensions extrêmes, ce taux peut désormais grimper jusqu’à 50 % du coût de remplacement.
Infrastructures régionales frappées de plein fouet
La crise ne se limite pas au détroit. La compagnie énergétique publique qatarie QatarEnergy a annoncé avoir interrompu sa production de gaz naturel liquéfié après des attaques iraniennes contre deux de ses principaux sites de traitement. La raffinerie saoudienne de Ras Tanura, exploitée par Saudi Aramco, a également dû interrompre certaines opérations après un incendie provoqué par une attaque. Un terminal pétrolier d’Abou Dhabi a par ailleurs été touché par un drone.
À chaque jour de paralysie, ce sont 20 millions de barils de pétrole qui n’atteignent pas leur marché, selon Andy Lipow.
L’Europe et l’Asie en première ligne
Les pays asiatiques pourraient être les grands perdants : plus de 80 % du pétrole et du gaz transitant par Ormuz leur est destiné, selon l’Agence internationale de l’Énergie. Mais les craintes s’étendent au-delà de l’Asie : la mise à l’arrêt des exportations de GNL pourrait avoir de graves répercussions sur la sécurité énergétique de l’Europe. Le cabinet de conseil Eurasia Group souligne en particulier les faibles réserves de l’Allemagne, « de loin le plus gros consommateur européen de gaz » en cette fin d’hiver.
Le spectre des 100 dollars le baril
En cas d’interruption prolongée des livraisons par Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu’à 100 dollars le baril, prévient Eurasia Group. Le « talon d’Achille de Trump, ce sont les prix élevés du pétrole », juge l’analyste Michelle Brouhard de chez Kpler, estimant que l’Iran chercherait à maintenir des prix hauts pour faire plier le président américain, qui a promis à son électorat des prix bas.
Des routes alternatives existent, mais leur portée reste limitée. Des infrastructures alternatives peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l’impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de pétrole brut, selon Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.
Une récession mondiale en toile de fond
Les conséquences dépassent largement les seuls marchés de l’énergie. La hausse des prix des hydrocarbures entraîne une augmentation des prix à la pompe, des coûts de l’énergie et du transport maritime, avec des pertes de chiffre d’affaires pour le transport aérien. Selon l’économiste Éric Dor, le conflit « peut avoir un impact délétère sur la croissance » : si le blocage dure, « ce sera un effet récessif supplémentaire ».
Les experts d’Oxford Economics estiment toutefois qu’il est peu probable qu’une perturbation grave et durable se produise tant que le conflit ne s’étend pas dans le temps. Donald Trump a indiqué que les opérations militaires américaines pourraient durer plusieurs semaines. C’est déjà très long.