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Une algue incroyable contre la Covid !

Une équipe de chercheurs aurait confirmé un traitement préventif anti-Covid par voie nasale réduisant de 80 % le risque de contracter la maladie ! Explications avec deux experts.

La molécule candidate est un polysaccharide sulfaté trouvé dans certaines espèces d'algues rouges (Photo CCO Public Domain)
La molécule candidate est un polysaccharide sulfaté trouvé dans certaines espèces d’algues rouges (Photo CCO Public Domain)

La mer nourricière : les algues et ses carraghénanes

La nature nourricière nous comble de ses bienfaits pour stimuler directement notre système immunitaire par le soleil via la vitamine D ou par des candidats au traitement contre la Covid-19 comme l’huile de nigelle en association au miel, un cocktail montré très prometteur dans le cadre d’un essai randomisé contrôlé mené au Pakistan, comme nous l’avons déjà écrit.
La molécule candidate est l’Iota-carraghénane (I-C), un polysaccharide sulfaté trouvé dans certaines espèces d’algue rouge (Rhodophyceae, Chondrus crispus). Les algues marines sont déjà connues et appréciées pour leur forte teneur en anti-oxydants et leur richesse en vitamines (B, C, K…) et sels minéraux (Fer, Cuivre, Zinc, Magnésium). La consistance gélifiée des algues est notamment due aux molécules carraghénanes. Les carraghénanes sont des molécules complexes, capables de former des gels intéressants pour tapisser une surface. C’est effectivement cette propriété de « biofilm » qui a été mise à profit par des chercheurs pour créer une barrière physique sur la surface de la muqueuse nasale dans l’objectif de former un écran de protection contre les agents pathogènes. Les muqueuses de la bouche et du nez sont une des portes d’entrée des infections et le premier rempart de notre défense immunitaire.

Un bouclier antivirus d’origine naturelle ?

Cette famille de carraghénanes a déjà montré une activité antivirale in vitro contre différents types d’infections respiratoires dont les coronavirus OC43 et 229E, l’herpès simplex 1 et 2, le CMV, l’hépatite A, le papillomavirus et le HIV [1]. Une efficacité pré-clinique des I-C contre la grippe [1] et clinique dans le traitement du rhume par pulvérisation nasale ont été montrées [2,3]. D’autres molécules complexes polymériques ont également été évaluées à des fins de développement de traitement topique préventif de ces infections virales [1,4,5]. Dans le cas du rhinovirus, les auteurs ont montré que l’utilisation des carraghénanes à des temps précoces de l’infection inhibaient de nombreux sérotypes de virus sans cependant influencer l’apparition de variants viraux [5].
Ces molécules sont utilisées depuis longtemps dans des domaines variés (alimentation, cosmétique, pharmaceutique etc.). Le profil de sécurité des carraghénanes et leur innocuité sont bien définis [6,7].

L’extrait d’algue à l’activité antivirale démontrée

Forts des précédents résultats, l’activité antivirale des Iota-carraghénanes pour réduire l’infection par le SARS-CoV-2 a tout d’abord été évaluée in vitro [8,9]. L’I-C a démontré sa capacité à inhiber l’infection par le SRAS-CoV-2 en culture cellulaire : jusqu’à 4 log de réduction du titre viral infectieux [9]. Une activité neutralisante comparable à celle d’un sérum de patient ayant contracté la maladie a été observé in vitro [8]. La dose neutralisant 50 % des virus (IC50) [8] est proche de celle observée pour d’autres virus responsables de rhume (rhinovirus, coronavirus OC43) ou de la grippe [1].

Prévention dans les milieux à haut risque : résultats impressionnants

Dans le cadre de l’épidémie de COVID-19, différentes pistes de prévention de l’infection ont été explorées [9] afin de limiter le risque de transmission de la maladie et d’en atténuer la sévérité.
Très récemment, l’effet prophylactique anti-COVID-19 d’une pulvérisation d’I-C a été évalué auprès du personnel hospitalier soignant les patients COVID-19. Les résultats d’un essai multicentrique randomisé contrôlé (RCT, randomized controlled trial), enregistré NCT04521322 sur la base ClinicalTrials.gov sont maintenant accessibles (pré-publication) en ligne [10].
394 travailleurs hospitaliers de 10 hôpitaux en Argentine ont été sélectionnés entre juillet et décembre 2020. Ces participants, ayant des caractéristiques similaires (âge moyen 38,5±9 ans et 75,1 % de femmes), ont été assignés au hasard pour recevoir soit la molécule active (I-C) soit un placebo à raison de 4 pulvérisations/jour sur 21 jours. Le critère d’évaluation principal était la COVID-19 clinique. Les deux groupes de traitement continuaient à porter les équipements de protection individuelle dédiés et à observer un lavage régulier et soigneux des mains.

Un risque de contracter la maladie réduit de 80 %

Une réduction significative de l’incidence du COVID-19 a été observée dans le groupe I-C versus le groupe placebo (1,0 % versus 5,0 %). Les auteurs mettent également en évidence une diminution d’un facteur 4 du nombre de jours d’absence pour le groupe traité [10], ce qui a incontestablement un fort intérêt pour ces travailleurs essentiels de première ligne et pour la gestion de cette épidémie.
Ce traitement local aux I-C a montré une efficacité significative dans la prévention de l’infection par le SARS-CoV-2 chez des personnes particulièrement exposées à la maladie, sans effets secondaires spécifiques. Les auteurs estiment que cette prophylaxie I-C confère une réduction de 80 % du risque de contracter la maladie, et probablement en conséquence de sa transmission.

D’autres essais cliniques en cours

Un autre essai RCT (NCT04701710) en Argentine sur 234 travailleurs hospitaliers a récemment évalué une association I-C avec l’ivermectine en traitement préventif sur 4 semaines diminuant de plus d’un facteur 6 la proportion de la COVID-19 et sa sévérité [11].

D’autres essais cliniques RCT contre placebo sont en cours avec pour objet d’évaluer cette stratégie préventive chez les professionnels de santé sur un plus long terme au Royaume-Uni sur 6-9 mois (NCT04590365), en Autriche sur 12 semaines (NCT04681001).

Un traitement préventif à considérer

L’ensemble de ces résultats concourt à montrer que l’utilisation d’une pulvérisation à base d’I-C apporte une amélioration notoire de l’état des patients présentant des infections respiratoires, prévenant même les rechutes d’infections [3] et permet de limiter le risque de contracter la maladie [10]. Cette approche serait à inclure de façon simple dans une hygiène des voies respiratoires [9], hivernale par exemple en parallèle d’une stimulation de l’immunité (par compensation du manque d’exposition solaire et des carences en vitamine D induites) ou à recommander dès les prémices de symptômes respiratoires.
De plus, dans une situation épidémique comme celle que nous connaissons actuellement, une administration oro-nasale préventive serait à considérer sérieusement chez les personnes fragiles ou particulièrement exposées, comme le personnel soignant en première ligne, tant le bénéfice attendu semble positif [12].

Aure SAULNIER : PhD de virologie (à titre personnel)
Jean-Michel WENDLING : conseiller scientifique pour Infodujour
Déclaration : Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt avec le produit

Références
1 Leibbrandt A, Meier C, König-Schuster M, Weinmüllner R, et al. Iota-Carrageenan Is a Potent Inhibitor of Influenza A Virus Infection. PLoS ONE Dec 2010 5(12) e14320; https://doi.org/10.1371/journal.pone.0014320
2 Ludwig M, Enzenhofer E, Schneider S, Rauch M, et al. Efficacy of a carrageenan nasal spray in patients with common cold: a randomized controlled trial. Respiratory Research Nov 2013 13;14(1):124; doi: 10.1186/1465-9921-14-124
3 Koenighofer M, Lion T, Bodenteich A, Prieschl-Grassauer E, et al. Carrageenan nasal spray in virus confirmed common cold: individual patient data analysis of two randomized controlled trials. Multidisciplinary Respiratory Medicine Nov 2014 12;9(1):57; doi: 10.1186/2049-6958-9-57
4 Tandon R, Sharp JS, Zhang F, Pomin VH, et al. Effective Inhibition of SARS-CoV-2 Entry by Heparin and Enoxaparin Derivatives. Journal of Virology Jan 2021, 95 (3) e01987-20; doi: 10.1128/JVI.01987-20
5 Grassauer, A., Weinmuellner, R., Meier, C., Pretsch, A., et al. Iota-Carrageenan is a potent inhibitor of rhinovirus infection. Virology Journal Sep 2008 5, 107. https://doi.org/10.1186/1743-422X-5-107
6 Hebar A, Koller C, Seifert JM, et al. Non-clinical safety evaluation of intranasal iota-carrageenan. PLoS ONE Apr 2015 10(4) e0122911; doi: 10.1371/journal.pone.0122911
7 Bichiri D, Rente AR, Jesus Â. Safety and efficacy of iota-carrageenan nasal spray in treatment and prevention of the common cold. Medicine and Pharmacy Reports Jan 2021; 94(1):28-34; doi: 10.15386/mpr-1817
8 Morokutti-Kurz M, Fröba M, Graf P, Große M, Grassauer A, et al. Iota-carrageenan neutralizes SARS-CoV-2 and inhibits viral replication in vitro. Iota-carrageenan neutralizes SARS-CoV-2 and inhibits viral replication in vitro. PLoS ONE Feb 2021, 16(2) e0237480; https://doi.org/10.1371/journal.pone.0237480
9 Stathis C, Victoria N, Loomis K, Shaun A Nguyen, et al. Review of the use of nasal and oral antiseptics during a global pandemic. Future Microbiology Jan 2021;16(2):119-130; doi:10.2217/fmb-2020-0286
10 Figueroa JM, Lombardo M, Dogliotti A, Flynn L, et al. Efficacy of a nasal spray containing Iota-Carrageenan in the prophylaxis of COVID-19 in hospital personnel dedicated to patients care with COVID-19 disease. A pragmatic multicenter, randomized, double-blind, placebo-controlled trial (CARR-COV-02). medRxiv 2021.04.13.21255409; doi: https://doi.org/10.1101/2021.04.13.21255409

11 Chahla RE, Ruiz LM, Ortega ES, Morales FM, et al. A randomized trial – intensive treatment based in ivermectin and iota-carrageenan as pre-exposure prophylaxis for COVID-19 in healthcare agents. medRxiv 2021.03.26.21254398; doi: https://doi.org/10.1101/2021.03.26.21254398 (preprint)

12 Pereira L, Critchley AT. The COVID 19 novel coronavirus pandemic 2020: seaweeds to the rescue? Why does substantial, supporting research about the antiviral properties of seaweed polysaccharides seem to go unrecognized by the pharmaceutical community in these desperate times ? Journal of Applied Phycology June 2020, 32, 1875–1877; https://doi.org/10.1007/s10811-020-02143-y

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