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Armes climatiques : un siècle de recherches militaires

Dans une interview accordée au média Tocsin, consacrée à ses ouvrages L’Arme climatique et L’Arme environnementale,  Patrick Pasin revient sur l’histoire des tentatives de modification de la météo et sur les programmes militaires américains, russes et britanniques consacrés à ces technologies. De la pluie provoquée aux recherches sur les ouragans et l’ionosphère, il défend l’idée que l’environnement constitue depuis plus d’un siècle un champ d’expérimentation stratégique.

Représentation schématique de la ceinture de Van Allen.Wikimedia Commons
Représentation schématique de la ceinture de Van Allen (Wikimedia Commons)

Alors que la France connaît des épisodes de chaleur et des incendies importants, la question des capacités humaines à modifier le climat revient régulièrement dans le débat public. C’est dans ce contexte que Patrick Pasin présente ses recherches consacrées aux « armes climatiques » et aux « armes environnementales ». Il affirme s’intéresser à ces sujets depuis 1999 et avoir étudié pendant plus de vingt-cinq ans des documents et rapports militaires.

L’entretien commence par une interrogation sur l’expression « dôme de chaleur ». Patrick Pasin estime que cette terminologie est récente et affirme ne pas avoir trouvé, dans les documents qu’il a consultés, d’explication scientifique satisfaisante à ce phénomène. Il en fait le point de départ d’une réflexion plus large sur la distinction entre phénomènes naturels et interventions humaines.

Des premières expériences de pluie artificielle aux recherches militaires

Selon l’auteur, les premières tentatives de modification de la météo remontent à la fin du XIXᵉ siècle. Il évoque notamment les expériences visant à provoquer la pluie ou à lutter contre la grêle, ainsi que les nombreux brevets déposés à cette époque. Les « rainmakers », ou « faiseurs de pluie f», auraient également développé des méthodes commerciales fondées sur la promesse de déclencher des précipitations.

L’un des épisodes les plus spectaculaires évoqués est celui de San Diego en 1916. Un expérimentateur aurait été rémunéré pour remplir un barrage alors que la région connaissait une longue période de sécheresse. Les précipitations qui suivirent provoquèrent des inondations et des dégâts considérables. L’affaire donna lieu à une longue bataille judiciaire, dont Pasin se sert pour illustrer les risques liés à la modification artificielle des précipitations. Il reconnaît toutefois lui-même qu’il est difficile de déterminer avec certitude si les pluies résultaient de l’intervention ou d’une coïncidence.

Un tournant intervient, selon lui, en 1946, lorsque General Electric expérimente l’ensemencement des nuages à l’aide d’iodure d’argent. L’objectif est alors de provoquer ou d’accélérer les précipitations. L’entreprise aurait ensuite transféré une partie de ses recherches au gouvernement américain, tout en se protégeant juridiquement contre les conséquences éventuelles des opérations.

De la recherche météorologique à l’utilisation militaire

L’interview se concentre ensuite sur les applications militaires. Patrick Pasin cite notamment les programmes américains destinés à expérimenter l’ensemencement des ouragans. Il évoque une opération au cours de laquelle un ouragan aurait été ensemencé alors qu’il s’éloignait des côtes, avant de modifier sa trajectoire et de revenir vers les États-Unis. Selon lui, la possibilité de classer certaines opérations « secret défense » aurait ensuite compliqué toute tentative d’établir des responsabilités.

L’un des exemples centraux de l’entretien est l’opération Popeye, menée pendant la guerre du Vietnam. Pasin affirme que les États-Unis ont utilisé l’ensemencement des nuages entre 1967 et 1972 afin d’augmenter les précipitations et de rendre les routes impraticables. Il avance notamment le chiffre de 2 600 sorties aériennes et de plus de 47 000 cartouches d’iodure d’argent utilisées.

L’objectif aurait été essentiellement militaire : transformer les pistes en bourbiers afin de ralentir les mouvements et les approvisionnements adverses. L’interview rappelle également que des recherches françaises sur la modification des précipitations auraient précédé l’utilisation américaine de ces techniques au Vietnam.

La catastrophe de Plymouth et les questions de responsabilité

Patrick Pasin cite également un épisode survenu au Royaume-Uni en 1952. Il affirme que la Royal Air Force aurait procédé à des opérations d’ensemencement des nuages avant des précipitations exceptionnelles dans la région de Plymouth, provoquant des inondations et plus de trente morts.

L’auteur s’appuie notamment sur des témoignages de pilotes recueillis plusieurs décennies plus tard. Il estime que les autorités britanniques auraient longtemps nié toute implication militaire.

Cet épisode lui permet de développer l’un des thèmes majeurs de l’interview : la difficulté à établir la responsabilité lorsqu’une catastrophe naturelle peut être attribuée à un phénomène météorologique ordinaire.

La convention ENMOD : encadrer les armes environnementales

L’entretien se déplace ensuite vers le droit international. Patrick Pasin évoque la Convention ENMOD, adoptée dans le cadre des Nations unies dans les années 1970 et destinée à interdire l’utilisation hostile des techniques de modification de l’environnement.

Selon lui, le texte comporte cependant des limites importantes : il concerne les États parties et vise les modifications environnementales considérées comme ayant des effets « étendus, durables ou graves ». Il estime que ces critères laissent une marge d’interprétation importante.

Pasin souligne également que, selon sa lecture de la convention, plusieurs grandes puissances l’ont ratifiée alors que la France ne l’aurait pas fait. Il considère cette situation comme une anomalie et regrette que la question des technologies de modification environnementale reste relativement peu présente dans le débat public.

HAARP, l’ionosphère et la guerre électronique

Autre volet majeur de l’interview : HAARP, le programme américain de recherche sur l’ionosphère. Pasin rappelle que des installations comparables existent ou ont existé dans plusieurs pays et décrit des recherches visant à chauffer certaines régions de l’ionosphère à l’aide de puissantes antennes.

Il affirme que de telles installations pourraient, selon certains travaux qu’il cite, avoir des applications environnementales ou militaires : modification de phénomènes atmosphériques, perturbation de communications ou encore influence sur certaines conditions météorologiques.

Il évoque notamment des travaux présentés au Parlement européen et des inquiétudes exprimées par certains chercheurs concernant les usages potentiels de ces technologies. Selon le récit de l’interview, ces alertes n’auraient cependant pas donné lieu à des mesures politiques significatives.

L’entretien aborde également des installations russes et européennes consacrées à l’étude de l’ionosphère, soulignant que la recherche dans ce domaine ne se limite pas aux États-Unis.

Une hypothèse controversée sur les phénomènes météorologiques actuels

À mesure que l’interview progresse, Patrick Pasin établit un lien hypothétique entre ces programmes et certains phénomènes météorologiques contemporains.

Concernant la France, il évoque notamment les épisodes de chaleur et les incendies récents. Il précise toutefois que certaines de ses affirmations reposent sur des hypothèses et non sur des preuves établissant une intervention militaire. Il mentionne notamment une possible installation liée à HAARP dans les Pyrénées, tout en reconnaissant explicitement qu’il s’agit d’une supposition rapportée par un militaire.

Il va plus loin en évoquant une éventuelle utilisation de systèmes similaires dans d’autres régions du monde, notamment autour de l’ouragan Mitch. Là encore, il présente une interprétation fondée sur une supposée « triangulation » entre différentes installations, sans établir dans l’entretien de preuve directe d’une causalité.

Le climat comme enjeu stratégique

Au-delà des exemples historiques, l’idée défendue par Patrick Pasin est que la maîtrise de l’environnement constitue depuis longtemps un enjeu militaire.

L’auteur cite notamment des programmes de recherche consacrés aux ouragans, aux précipitations, aux tsunamis ou encore aux phénomènes électromagnétiques. Il évoque également des recherches américaines visant à déterminer si des explosions sous-marines pouvaient provoquer des vagues de grande ampleur.

Dans cette perspective, la Convention ENMOD n’aurait pas supprimé la recherche militaire sur ces technologies. Elle aurait surtout cherché à en limiter certains usages.

Pasin considère ainsi que le problème principal demeure celui de la preuve : lorsqu’un événement météorologique survient, déterminer s’il résulte exclusivement de phénomènes naturels ou d’une intervention humaine est extrêmement difficile. Il estime que le secret militaire complique encore davantage cette distinction.

Un débat entre histoire documentée et hypothèses

L’interview mélange toutefois plusieurs niveaux de certitude. Certains éléments évoqués relèvent de programmes militaires ou de recherches historiques présentés comme documentés par l’auteur ; d’autres sont des interprétations ou des hypothèses concernant la possibilité de provoquer des événements météorologiques contemporains.

C’est notamment le cas lorsque Pasin établit un lien entre des installations de recherche atmosphérique et des catastrophes précises. Il reconnaît lui-même, à plusieurs reprises, que certaines de ces correspondances ne permettent pas de conclure à une causalité.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée de son propos : l’interview ne démontre pas que les phénomènes climatiques actuels seraient artificiellement provoqués. Elle défend plutôt l’idée que les capacités de modification de l’environnement ont une histoire militaire réelle et que leur potentiel mérite, selon lui, davantage d’attention.

« La nature n’est pas notre ennemi »

En conclusion, Patrick Pasin revient à sa thèse centrale. Pour lui, les catastrophes naturelles ne doivent pas systématiquement être considérées comme la manifestation d’un climat devenu incontrôlable. Il affirme au contraire que l’histoire montre une succession de périodes de réchauffement et de refroidissement, dont certaines sont antérieures à l’ère industrielle.

Son message final se veut ainsi moins alarmiste qu’il n’y paraît : « la nature n’est pas notre ennemi », affirme-t-il, avant de renvoyer les spectateurs à ses deux ouvrages pour approfondir les exemples développés au cours de l’entretien.

L’interview suit finalement trois fils principaux :

  • une histoire documentée de la modification artificielle du temps, depuis les expériences de pluie du XIXᵉ siècle jusqu’à l’ensemencement des nuages ;
  • le développement de programmes militaires portant sur les précipitations, les ouragans et l’environnement ;
  • une série d’hypothèses controversées concernant le rôle possible de technologies comme HAARP dans certains phénomènes contemporains.

Le principal intérêt de l’entretien réside ainsi dans la question qu’il soulève : jusqu’où les États peuvent-ils intervenir sur les phénomènes naturels, et comment distinguer une expérimentation réelle d’une simple coïncidence météorologique ?

 

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