Dans « Abominables crimes dans les Vosges sous le Consulat et l’Empire* », l’historien lorrain revient sur deux dossiers qui ont conduit sept innocents à l’échafaud. Un récit qui invite le lecteur à se faire lui-même son opinion.

Sous le Consulat puis au début du Premier Empire, la plaine des Vosges a été secouée par deux grandes affaires criminelles, toutes deux closes par des erreurs judiciaires. Le premier crime a été commis à Vittel, le second quelques mois plus tard à Vicherey. Les habitants de Vittel, Mirecourt, Bulgnéville et Neufchâteau se sont alors retrouvés confrontés à l’horreur. C’est à ces drames que Jack Chollet consacre son nouvel ouvrage, Abominables crimes dans les Vosges sous le Consulat et l’Empire (Éditions Gérard Louis).
Une justice pressée, des accusés sans voix
Le livre plonge le lecteur dans une atmosphère rurale où il croise les juges de Mirecourt et de Neufchâteau, empressés d’appliquer les nouvelles lois qui régissent la justice napoléonienne. Ce cadre procédural laissait peu de place à la parole des accusés.
L’auteur dresse le portrait de personnages qui ne laissent pas indifférent : des magistrats sûrs de détenir la vérité, des accusés peu armés pour se défendre et de faux témoins dont les révélations invraisemblables, enrichies d’un luxe de détails et livrées avec la plus parfaite bonne foi, ont conduit sept innocents à la guillotine.
Le constat est d’autant plus frappant que la Révolution avait pourtant apporté plus de justice aux Français. Dans ce XIXe siècle naissant, sous le règne de Napoléon, ce coin de Lorraine a ainsi renoué avec ses vieux démons, ceux qu’il avait connus au XVIe siècle, quand on brûlait les sorcières.
Laisser le lecteur juger
Jack Chollet précise avoir voulu éviter toute assertion. Son souhait : que le lecteur, délibérant avec lui-même, puisse se forger son propre avis. C’est notamment le cas pour « Les crimes des Cardinaux ». L’ombre de Joseph-Clément Poullain Grandprey, grande figure de l’époque, semble planer sur cette affaire, mais les éléments fournis doivent permettre à chacun de se déterminer en toute objectivité.
L’auteur y voit une question de principe : « la confiscation de l’Histoire » étant à ses yeux une aberration, rien ne justifie de cacher ou d’occulter des faits qui appellent analyse et confrontation d’arguments dans la recherche de la vérité.
Un kinésithérapeute devenu historien
Né à Angers, Jack Chollet s’est installé en Lorraine il y a plus d’un demi-siècle. Il y a exercé de longues années comme kinésithérapeute de campagne dans la plaine des Vosges, avant de prendre sa retraite à Laxou. Une retraite qui n’a rien d’une fin de parcours : passé de la médecine des corps à l’étude des archives, il est devenu un chercheur passionné de l’histoire lorraine.
Son terrain de prédilection, ce sont les XVIIIe et XIXe siècles, une Lorraine en pleine transformation où se croisent francs-maçons, aristocrates, religieux, négociants et révolutionnaires. Son ambition : retrouver les individus derrière les légendes, reconstituer leurs parcours et les replacer dans leur époque. Cette démarche l’a mené à Mirecourt, Lunéville, Bruyères, Nancy, jusqu’à la cour de Stanislas.
Une bibliographie consacrée aux réseaux lorrains
Ses recherches ont donné lieu à plusieurs ouvrages :
- La Franc-maçonnerie à Mirecourt du XVIIIe siècle à nos jours ;
- Les O’Heguerty, francs-maçons, agents secrets à la cour de Stanislas ;
- Les Mystères de la Franc-maçonnerie à Lunéville, avec Cédric Andriot ;
- Ces bons Messieurs de Martimprey et les francs-maçons de Bruyères de 1768 à la Révolution ;
- Les vies rocambolesques des Arthaud, orfèvres lorrains, francs-maçons et révolutionnaires.
Il a aussi consacré un ouvrage au comte de Tressan, présenté comme le philosophe du roi Stanislas, toujours avec Cédric Andriot.
Parmi ses dossiers figure également celui du couvent de la Visitation de Nancy, avec ses supérieures alsaciennes et l’étonnante coexistence entre pratiques religieuses et présence maçonnique. Il en a tiré en 2023 une conférence intitulée Étonnante coexistence du rituel liturgique catholique avec celui d’une loge maçonnique installée au sein du couvent des Visitandines de Nancy. Elle illustre sa méthode : ne pas se contenter des catégories établies, mais chercher dans les archives les situations inattendues qui éclairent une époque.
Romancier et conférencier
L’historien est aussi romancier. Il a publié Vêpres tragiques sur la colline de Sion et 4 rue de Savoie, deux romans où s’exprime son attachement aux lieux, aux personnages et à la mémoire lorraine.
Depuis 2016, ses conférences font découvrir cette histoire méconnue au public : Une Chanson de Geste maçonnique en Lorraine, Voyage de la Franc-Maçonnerie sur Lunéville, Les francs-maçons de Bruyères au siècle des Lumières, La part de Chevalier chez les orfèvres Arthaud ou encore Les grands initiés lorrains. Le fil conducteur est constant : chercher, comprendre, puis transmettre.
Loin de son ancienne vie de soignant, Jack Chollet continue à sa manière de panser les blessures de la mémoire, celles que le temps a infligées aux archives et aux histoires oubliées. Et, derrière les façades, les couvents, les loges et les demeures anciennes de Lorraine, il reste manifestement bien des histoires à déterrer.
*Jack Chollet « Abominables crimes dans les Vosges sous le Consulat et l’Empire » (Gérard Louis Éditeur)