Après trois jours en France ponctués de nombreux messages et célébrations, le voyage du Souverain Pontife s’achève aujourd’hui à Metz.

Par Bernard Aubin
Du 25 au 28 septembre, le pape Léon XIV effectue son tout premier voyage apostolique en France, enchaînant discours d’État, veillées populaires et grandes messes en plein air devant des foules jamais vues depuis des décennies. De l’Élysée au Stade de France, de Notre-Dame à Lourdes, le souverain pontife a décliné un même fil rouge : dignité humaine, fraternité, attention aux plus fragiles, avant de conclure son périple ce lundi à Metz, sur les terres de Robert Schuman.
Un accueil d’État à l’Élysée
Tout a commencé vendredi matin au Palais de l’Élysée, où Emmanuel Macron a reçu le Saint-Père pour un entretien suivi d’une allocution devant les autorités civiles et le corps diplomatique. Le pape y défendait la place du croyant engagé en politique, jugeant qu’un chrétien agissant selon sa conscience ne saurait être perçu comme une menace à l’unité du pays, et qu’une véritable laïcité sait au contraire tirer parti de la dimension religieuse comme ressource éducative. Il plaida également pour une société qui protège la diversité des consciences plutôt que d’imposer l’uniformité.
À l’UNESCO : plaidoyer pour l’éducation et l’écologie humaine
Reçu au siège de l’organisation onusienne, Léon XIV articula son propos autour de l’unité de la personne humaine, corps et âme, vie personnelle et relations, rapport à l’environnement, inscrivant sa réflexion dans la continuité de Benoît XVI et de François. Le rendez-vous, consacré à la dignité humaine, à la paix et au dialogue à l’ère de l’intelligence artificielle, réunit essentiellement diplomates et institutionnels.
Cathédrale Notre-Dame : l’émotion du clergé retrouvé
En fin d’après-midi, le pape devint le premier souverain pontife à franchir le seuil de Notre-Dame depuis sa réouverture, pour y célébrer les vêpres devant prêtres, diacres et séminaristes. Sur le parcours de 2,5 kilomètres qui l’a mené jusqu’à la cathédrale, la foule aurait atteint 300 000 personnes selon les estimations du Vatican. « C’est très émouvant, après les vicissitudes qu’a connues la cathédrale », confiait un curé de Seine-Saint-Denis présent sur place.
Stade de France : ballon d’oxygène au sein d’une zone délaissée
C’est incontestablement au Stade de France, vendredi soir, que l’émotion atteint son point culminant. Quatre-vingt mille jeunes de 17 à 35 ans, venus de toute la France, remplirent une enceinte qui n’avait plus connu pareille affluence depuis son inauguration en 1998. Entrée en papamobile, feux d’artifice, chants repris en chœur : le pape lança à la foule un « Merci à Dieu, merci à vous, merci pour votre foi », suivi d’un « Vous êtes les saints de France » qui déclenche des cris de liesse dans tout le stade.
Les témoignages recueillis sur place retracèrent l’intensité du moment : « C’était saisissant, c’était complètement fou, on en avait plein les yeux », s’enthousiasma une spectatrice, tandis qu’un autre jeune confia que voir toute la jeunesse rassemblée là relevait de « quelque chose de dingue ». Entre concerts, tableaux vivants retraçant la vie des saints français et procession mariale portée par 2 500 choristes, la soirée alterne liesse festive et recueillement profond. Les spectateurs n’auront pas manqué de relever l’émotion sincère du Pape à la rencontre de ces jeunes, un petit geste du souverain pontife laissant même croire qu’il essuya une larme en début de cérémonie.
Une marée humaine aux Champs-Élysées
Le lendemain, samedi, c’est une foule plus large encore qui se pressa place de la Concorde et sur les Champs-Élysées pour la grande messe en plein air : au moins 800 000 fidèles, selon les estimations rapportées, dont beaucoup arrivés en car des quatre coins du pays, certains munis de tabourets pour patienter des heures. « On s’est dit qu’on ne pouvait pas rater cet événement », résumait l’une des pèlerines présentes.
Lourdes, une attention marquée pour ceux que la vie n’a pas épargnés
Dimanche, direction les Hautes-Pyrénées pour une messe en plein air face à la grotte de Massabielle, réunissant malades et pèlerins. Cette étape prolongea un message esquissé dès Paris : soutenir la fragilité avec tendresse et accueillir la vie sans condition, dans la lignée des œuvres caritatives qu’évoquait le pape en citant saint Vincent de Paul.
Macron, présence à Metz mais absence remarquée aux célébrations religieuses
Emmanuel Macron avait accueilli le pape à son arrivée en France le 25 septembre à Orly, avant de le recevoir officiellement à l’Élysée pour un échange de discours devant les autorités politiques, le corps diplomatique et la société civile. Les deux hommes se retrouveront donc à Metz pour la séquence européenne du Centre des Congrès.
En revanche, et c’est un choix assumé de l’Élysée après de longues hésitations, le président n’a participé à aucune des messes du voyage papal, ni à Paris, ni à Lourdes, ni à Metz. Ce choix aurait été motivé par le « respect du principe de laïcité », après quelques critiques adressées à Emmanuel Macron en 2023 après avoir assisté à la messe du pape François au stade Vélodrome de Marseille. A l’inverse, les dizaines de milliers de chrétiens venus soutenir le pape pourront légitimement s’interroger sur l’intérêt porté par le Président pour les valeurs judéo-chrétiennes et le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire de notre pays.
Léon XIV à Metz : une journée pour la paix sur un territoire marqué par les guerres
Le choix de Metz n’a rien d’anodin. Terre longtemps marquée par les guerres mais aussi symbole de la réconciliation franco-allemande, la ville est indissociable de la figure de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union européenne, dont la dépouille repose à Scy-Chazelles et dont la cause de béatification est en cours d’instruction. En célébrant une messe pour la paix à Saint-Étienne, le pape entend rappeler que la réconciliation entre les peuples reste possible.
C’est donc en Moselle que s’achève ce lundi le voyage apostolique, sous très haute sécurité. Dès 8h30, les accès au parcours de la papamobile s’ouvrent au public dans le centre-ville, tandis qu’une émission spéciale de France Télévisions démarre à 9h15.
À 9h20, l’avion pontifical se posera à l’aéroport international de Metz-Nancy-Lorraine, fermé au trafic commercial pour l’occasion. C’est là qu’Emmanuel Macron accueillera personnellement le pape sur le tarmac.
Le cortège rejoindra ensuite le Centre des Congrès Robert Schuman, où la matinée s’articulera en deux séquences distinctes. Vers 10 heures, le pape participera à une rencontre interreligieuse, réunissant six représentants des cultes autour d’une déclaration commune pour la paix et la fraternité. À 11 heures, il prendra part à un second rendez-vous, intitulé « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité » : c’est à cette séquence, consacrée à l’avenir du continent et réservée à des invités triés sur le volet, qu’Emmanuel Macron retrouvera le pape. Le président avait invité les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays de l’Union européenne à y participer. Seule la présence d’Albert de Monaco est confirmée pour l’instant.
Après un déjeuner confidentiel et un premier bain de foule en tout début d’après-midi, la déambulation en papamobile débute à 14h30, au départ de l’avenue Foch. Le trajet, long d’environ deux kilomètres, emprunte la porte Serpenoise puis la symbolique avenue Robert Schuman, avant de rejoindre la place de la République, le palais de Justice, les berges de la Moselle et la place de Chambre.
La journée se conclura à 16 heures par une messe pour la paix à la cathédrale Saint-Étienne, ouverte aux familles, aux jeunes et aux personnes malades. 1 500 fidèles inscrits pourront assister à l’office sur place, les autres pouvant le suivre sur écrans géants installés dans le centre-ville. Le pape devrait ensuite reprendre l’avion à 19 heures, pour une arrivée à Fiumicino prévue vers 20h50.
Des chrétiens décomplexés
Souvent brocardés, ringardisés, ridiculisés, marginalisés, les chrétiens français auront désormais démontré avoir vaincu par leur présence nombreuse et visible les ostracismes, avec l’appui d’un pape qui a manifestement réconcilié l’Eglise et sa fille « ainée ». Une église ressuscitée ? A suivre avec notre reportage spécial à Metz.