Gilets jaunes : la mobilisation ne faiblit pas

Alors que le gouvernement misait sur l’essoufflement du mouvement des Gilets Jaunes, l’acte 8 a montré au contraire un regain de mobilisation ponctué de scènes de violence, notamment à Paris.

Gilets jaunes : des heurtes sur le boulevard Saint-Germain (capture Brut)
Gilets jaunes : des heurtes sur le boulevard Saint-Germain (capture Brut)

Nouvelles scènes spectaculaires d’incendies et de barricades dans les rues de Paris, ce samedi 5 janvier 2019, nouveaux affrontements avec les forces de l’ordre, des tensions un peu partout dans les régions de France : l’acte 8 de la mobilisation des Gilets jaunes a montré de façon évidente que le mouvement initié il y a deux mois maintenant était loin de s’étioler comme voudrait le faire croire le gouvernement.
Il est vrai que les propos inappropriés du président de la République évoquant « les porte-parole d’une foule haineuse » ajoutés aux provocations de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement pour qui le mouvement des Gilets jaunes « ceux qui restent encore mobilisés, est devenu le fait d’agitateurs qui veulent l’insurrection et, au fond, renverser le gouvernement » ont jeté de l’huile sur le feu. La mobilisation qui avait tendance à s’estomper au fil des semaines, depuis le 17 novembre 2018, s’est brusquement fortifiée en ce début d’année 2019. Ajoutons que l’interpellation de l’une des figures emblématiques des Gilets jaunes, Eric Drouet, mercredi, à Paris, a eu pour effet de contribuer à la remobilisation des troupes.

La France en colère

Les Gilets jaunes en colère à Paris (DR)
Les Gilets jaunes en colère à Paris (DR)

Même si les Gilets jaunes ne sont pas très nombreux sur les ronds-points, même s’ils ne sont pas très nombreux non plus lors des manifestations du samedi, la France en colère a le soutien d’une large partie de la population française.
Car dans leur grande majorité, les Français savent bien qu’il est difficile pour une famille de vivre avec un SMIC à 1200 € et parfois beaucoup moins, qu’il est honteux de voir dans une même entreprise, des écarts de salaire de 1 à 100 et quelques fois plus, qu’il n’est pas normal que quelques-uns s’approprient l’essentiel des richesses de ce pays, que les impôts soient supportés par les seules couches moyennes de la population quand les plus riches savent jouer de l’optimisation fiscale, que les banques pénalisent toujours plus ceux qui ont le moins…
L’injustice sociale est devenue insupportable. Comme est désormais insupportable ce semblant de démocratie qui consisterait à donner les pleins pouvoirs à un seul homme pendant cinq ans. La France en colère n’accepte plus cette organisation de la société faite par et pour une minorité.

Nombreuses manifestations

Gilets jaunes : des heurts à Paris (capture RT France)
Gilets jaunes : des heurts à Paris (capture RT France)

Encore une fois, ce samedi 5 janvier 2019, la France a dit sa colère à Paris, où plusieurs milliers de Gilets jaunes ont défilé à Paris de l’Hôtel de ville à l’Assemblée nationale pour le premier cortège, des Champs-Elysées à la Place de la Bourse pour le second. Avec quelques frictions avec les forces de l’ordre, notamment boulevard Saint-Germain où des énergumènes ont incendié des scooters et des barricades avant d’être refoulés par les CRS.
Des manifestations, il en a eu aussi dans de nombreuses régions de France. A Nancy, la rue commerçante Saint-Jean a été bloquée quelques instants avant d’être libérée par les forces de l’ordre. Vendredi soir, une cinquantaine de Gilets jaunes ont dressé une barricade qu’ils ont enflammée devant le journal l’Est Républicain, près de Nancy, pour tenter d’empêcher la sortie du quotidien. Un acte inacceptable!
A Bar-le-Duc, à Verdun, à Epinal, à Metz, à Besançon mais aussi à Bordeaux, à Montpellier, à Nantes, à Marseille où les Gilets jaunes ont été reçus au Journal La Provence de Bernard Tapie, partout des manifestations et, ici ou là, quelques échauffourées avec les forces de l’ordre. Mais dans la grande majorité des cas, les manifestations ont été pacifiques et bon enfant.
Signalons que Benjamin Griveaux a dû être évacué de son ministère, en fin d’après-midi. Il était dans son bureau quand des individus ont défoncé la porte de son secrétariat d’Etat avec un engin de chantier. “Ce n’est pas moi qui ai été attaqué aujourd’hui, c’est la République, les institutions, la forme démocratique du gouvernement”, a déclaré le secrétaire d’Etat dans la soirée.
A l’évidence, les Gilets jaunes étaient plus nombreux que lors de la dernière manifestation de l’année 2018. 25.000 personnes selon la police, à la mi-journée, 50.000 selon l’Intérieur en fin de journée. Un chiffre largement minoré selon les observateurs. En tout cas la mobilisation continue. En attendant un acte 9 ?

Emilien Lacombe

 



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