France
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

La situation « indigne » des régimes spéciaux

Point-de-vue. Les cheminots qui bénéficient de certains avantages professionnels seraient-ils des nantis ? Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat First répond.

SNCF : le système ferroviaire français sur la sellette (DR)
SNCF : le système ferroviaire français sur la sellette (DR)

Par Bernard Aubin, syndicat FiRST

Dans la population, nombreux sont ceux qui qualifient les cheminots de nantis, de privilégiés… Cela, en ignorant totalement tout des métiers qu’ils exercent ainsi que des rémunérations bien modestes qu’ils perçoivent au regard des contraintes qui leur sont imposées. Ironie du sort, la plupart du temps, ce sont les véritables privilégiés qui témoignent de la plus grande agressivité dans leurs propos, comme aveuglés par une jalousie dépourvue de réel fondement.

Pourquoi tant de haine ?

Pour le comprendre, effectuons un retour en arrière. Nicolas Sarkozy avait, le premier, décidé d’en finir avec le dernier bastion social français. Histoire de limiter les obstacles à ses futures réformes qui, elles, toucheraient tous les Français. Et de placer dans son viseur les régimes spéciaux, celui des cheminots en tête, tout en assortissant la démarche de la mise en place d’un « service minimum » censé limiter l’impact des grèves.
Pour légitimer sa démarche, l’ex-président de la République avait pris le parti de retourner l’opinion publique contre les cheminots. « La vérité, c’est qu’il existe des régimes spéciaux de retraites qui ne correspondent pas à des métiers pénibles et qu’il existe des métiers pénibles qui ne correspondent pas à un régime spécial de retrait…Je vais changer cette situation parce qu’elle est indigne », déclara-t-il en 2007.

Stigmatisation des cheminots

La situation « indigne » des régimes spéciaux… Ou plutôt la situation « indigne » de ceux qui d’une part étaient censés profiter du système alors que d’autres en étaient la victime. Une manière immonde, odieuse, de monter les Français les uns contre les autres… Imaginez un instant le tollé qu’aurait pu occasionner les mêmes flèches décochées, par exemple, contre des travailleurs étrangers ou contre l’une ou l’autre catégorie de la population. Lorsqu’il s’agit de cheminots, en revanche, tout est permis.
La stigmatisation des cheminots est restée très à la mode depuis. Elle tient beaucoup de cette stratégie éminemment odieuse, échafaudée il y a plus d’une décennie. Preuve que ni nos décideurs politiques, ni notre société n’ont évolué depuis. Elle marque aujourd’hui son retour au-devant de la scène, plébiscitée par un pouvoir dont les méthodes n’ont rien à envier à celui qui les a inspirés.
Sauf que cette fois, le contexte n’est plus le même : il s’agit bien de réformer l’ensemble des systèmes de retraite, avec des conséquences gravissimes sur les niveaux de pension de TOUS les Français. Si les bénéficiaires des régimes spéciaux sont de nouveau stigmatisés, c’est uniquement pour brouiller les pistes. Les Français ne sont pas dupes.

Sables mouvants

Acculé, le gouvernement tente le tout pour le tout avant le 5 décembre. Comme prisonnier de sables mouvants, il se débat et ne cesse de s’enfoncer. Comme un criminel qui, devant la gravité des faits qu’il a commis et de la sentence à laquelle il s’expose n’a plus la moindre retenue et s’autorise les pires atrocités.
Ainsi, les attaques de dernière minute contre les titulaires des régimes spéciaux se décuplent, comme autant de torches lancées sur une poudrière… En 2008, les régimes spéciaux ont été écornés sans que la pénibilité de certains métiers ne soit reconnue. Cette fois, ce sera recul social pour tous. Les Français l’ont bien compris et ils ne sont pas prêts à l’accepter.
Le conflit risque donc de ressembler à celui de 95, animé d’une véritable solidarité public-privé. Tout juste le contraire que ce qu’aurait espéré Macron. Tant mieux. L’humiliation de la population, les provocations, les reculs sociaux, cela ne peut plus durer. De part et d’autre, ce sera le tout pour le tout. Malheur au vaincu, quel qu’il soit. Hélas, dans les deux cas la France sera perdante.

France