Prisons : une centaine d’établissements bloqués

« Nous ne demandons pas grande chose, explique Franck Rassel, secrétaire régional de FO-Pénitentiaire pour la Lorraine : juste de pouvoir travailler en sécurité et une reconnaissance du métier. »

Franck Rassel (au centre) secrétaire régional FO-Pénitentiaire entouré de Cédric Naudin, secrétaire FO Toul et Mehmet Célik (secrétaire-adjoint à Toul) Photo DR)
Franck Rassel (au centre) secrétaire régional FO-Pénitentiaire entouré de Cédric Naudin, secrétaire FO Toul et Mehmet Célik (secrétaire-adjoint à Toul) Photo DR)

La situation est explosive dans les prisons. Deux jours après l’attaque terroriste au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe (Orne) au cours de laquelle deux surveillants ont été grièvement blessés à l’arme blanche par un détenu radicalisé, et après l’agression sauvage d’un surveillant de la prison de Château-Thierry (Aisne) le même jour, le syndicat national FO-Pénitentiaire, en accord avec les autres syndicats (CGT Pénitentiaire, CFDT-Interco, Horizon Justice) a immédiatement lancé un appel au blocage des établissements pour exiger un entretien avec la Garde des sceaux, Nicole Belloubet.
Car ces deux agressions ne sont pas isolées, elles s’ajoutent à une liste déjà très longue d’attaques et de violences que subissent au quotidien les surveillants de prison. On en compte 570 en 2018. Et déjà plus de 107 depuis le début de l’année 2019.
Résultat, ce jeudi 7 mars 2019, ce sont une bonne centaine d’établissements pénitentiaires de France (sur 188 au total pour 82.000 détenus) qui sont bloqués dont plus de la moitié des 27 établissements situés dans le Grand Est.

« On n’en peut plus »

« Ca ne peut plus continuer comme ça, explique Franck Rassel, secrétaire régional FO-Pénitentiaire pour la Lorraine qui participe depuis ce jeudi matin 6 heures au blocage du Centre de détention Ney de Toul (460 détenus) avec plusieurs dizaines de surveillants. Nous alertons l’administration pénitentiaire depuis longtemps, sans résultat, dit-il. Nous avons demandé, entre autres, des gilets pare-balles et pare-lames pour certains surveillants en contact avec les détenus les plus dangereux. Pas de réponse. Nous demandons aussi depuis longtemps une classification des établissements pénitentiaires en fonction de la dangerosité des détenus et de leur condamnation. Certains établissements sont adaptés à cette problématique, comme Clervaux, par exemple. Or, il est question de le fermer. On n’en peut plus. »

Revendications statutaires

La crise sociale au sein de la Pénitentiaire est ancienne et profonde. Elle concerne les conditions de travail, mais pas que. Les syndicats comme FO-Pénitentiaire (majoritaire) demandent l’accession à la catégorie B pour le personnel d’encadrement, la fusion du grade de surveillant avec celui de brigadier dès le 6ème échelon et du grade de Premier surveillant/major. Autre revendication : des améliorations salariales sans lesquelles le métier n’attire plus les jeunes. « Il nous faut des effectifs supplémentaires, mais même les jeunes qui passent le concours partent ailleurs constate le syndicaliste.
« Nous sommes la troisième force de sécurité publique du pays, après les policiers et les gendarmes, mais nous n’avons pas les moyens ni le statut correspondant, déplore Franck Rassel. Voilà où on en est. Nous exigeons une rencontre avec la ministre de la Justice. »

Plus rien n’entre ni ne sort

En attendant, le blocage continue. A Toul, comme dans les autres établissements bloqués, la situation devient difficile. Car rien ne rentre ni ne sort des prisons. « Sauf les urgences, précise Franck Rassel, l’infirmière et le médecin. » Mais il n’y a plus de parloir, plus de nourriture, plus d’extraction…
Dans ces conditions, la situation devient explosive à l’intérieur des établissements. D’autant que le mouvement social gagne du terrain.
La ministre va-t-elle envoyer les forces de l’ordre contre les surveillants de prison ou va-t-elle recevoir les représentants syndicaux ? On ne le saura bien vite.