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Nicolas Sarkozy : « Le pacte de corruption »

Dans une première salve de réquisitions – elles vont durer jusqu’à demain soir — lors du procès sur le financement de la campagne électorale de l’ancien chef de l’État, le Parquet financier tape fort et accuse Nicolas Sarkozy d’être le « commanditaire » d’un pacte de corruption.

Sarkozy mis en examen (DR)
Sarkozy  (DR)

Pour le parquet financier, cela ne fait guère de doute : il y a bien eu un « pacte de corruption inouï, inconcevable, indécent » noué avec Mouammar Kadhafi et le véritable « décisionnaire et commanditaire » n’est autre que l’ancien chef de l’État.
Pendant près de six heures, deux des trois procureurs vont égrener tous les éléments, « les faits, tous les faits, rien que les faits » qui fondent leur « intime conviction ». Pour Quentin Dandoy « le faisceau d’indices est une preuve comme une autre ».

Condamné par contumace

Ce fameux « pacte » qui, après 10 ans d’enquête, a conduit un ancien chef de l’État et trois de ses ministres devant un tribunal correctionnel – une première dans l’histoire de la 5ᵉ République — aurait été scellé à la fin de l’année 2005. Le 1ᵉʳ octobre précisément, lors d’un déplacement de Claude Guéant alors directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. Le procureur rappelle non sans humour le récit pour le moins embarrassé, quelque peu surréaliste de ce haut fonctionnaire alors en pleine ascension et qui aujourd’hui n’est plus que l’ombre de lui-même. Une soirée à Tripoli, un diner au restaurant avec le numéro 2 du régime libyen, Abdallah Senoussi. Ce beau-frère du colonel Kadhafi avait été condamné par contumace pour l’attentat contre le DC d’UTA qui a couté la vie à 170 personnes dont 54 français.

Un dîner secret

Le procureur rappelle qu’à la barre, Claude Guéant ignorait tout de ce fameux dîner, où on lui avait promis de rencontrer quelqu’un de très important. N’ayant posé aucune question sur l’identité de la personne qu’il allait rencontrer, il n’avait pas jugé utile de faire marche arrière en découvrant Abdullah Senoussi attablé. « J’ai craint l’incident diplomatique » avait précisé Claude Guéant. Or cette réunion au sommet avait été placée sous le sceau du secret : aucun diplomate français en poste en Libye, aucun interprète n’avait été convié à ce fameux diner.

Victime d’un guet-apens

Un autre rendez-vous sera organisé avec Senoussi l’homme qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, mais à son domicile, cette fois, avec Brice Hortefeux. Ministre des collectivités Territoriales, l’ami, le « frère » de Nicolas Sarkozy aurait été envoyé en Libye pour suivre des pourparlers bilatéraux concernant la lutte contre le terrorisme et la régulation des flux migratoires. Pas de chance : Brice Hortefeux se dit lui aussi piégé, victime d’un guet-apens. Lui qui a quitté librement une réception officielle donnée en son honneur. Sans un conseiller et même sans son agent de securité. Et pour parler de quoi précisément ? « Comment comprendre, insiste Quentin Dandoy, qu’il quitte un dîner en son honneur pour rencontrer Senoussi sans savoir qui sait, et se dire pendant le trajet, si, ça me dit quelque chose ? On se moque de vous, Madame la Présidente ! »

Un certain Ziad Takieddine

À la manœuvre de ces deux rendez-vous, organisés « à l’insu de leur plein gré », un certain Ziad Takieddine, grand absent de ce procès-fleuve, honni, voire considéré aujourd’hui comme un pestiféré par l’ensemble des prévenus.
Cet « agent de corruption » était pourtant un familier du clan Sarkozy. C’est lui qui était intervenu dans une précédente affaire, celle des contrats d’armement qui avait donné lieu à des commissions et des rétrocommissions, le fameux dossier Karachi.
Les procureurs n’ont pas de mots assez durs à l’encontre de Nicolas Sarkozy.
« Un Ministre d’État qui conclut un pacte de corruption avec un dictateur sanguinaire, terroriste, n’abime-t-il pas, au-delà de son honneur et de sa dignité, (…) l’image même de la France ? ».

Une ambition dévorante

Sur son siège, face aux Procureurs, l’ancien chef de l’État se montrera souvent agacé par ces mots. Mais il n’a pas fini d’entendre les éléments circonstanciés de ce réquisitoire.
Quentin Dandoy, jeune procureur très combatif, terminera sa démonstration par cette considération pour le moins musclée : « J’ai entendu Nicolas Sarkozy, en se drapant dans sa dignité d’homme d’État, s’écrier à la barre : « Mais tout de même, vous me connaissez ? »
Eh bien force est de constater que derrière l’image de l’homme public, du ministre, du président de la République, de l’homme à qui des millions de nos concitoyens ont accordé leur confiance, se dessine au gré des enquêtes judiciaires qui émaillent désormais son parcours, la silhouette d’un homme portée par une ambition personnelle dévorante, prêt à sacrifier sur l’autel du pouvoir les valeurs essentielles que sont la probité, l’honnêteté et la droiture dont il devait pourtant être l’incarnation au regard de la grandeur des fonctions auxquelles il prétendait et auxquelles il a accédées. »
On devrait connaitre jeudi les peines réclamées par le parquet financier avant d’entendre sur plusieurs jours les plaidoiries de la défense.

Frédéric Crotta

France Proche-Orient