Actuel maire de Metz et président de Metz-Métropole, François Grosdidier sera-t-il jugé par le tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics ? L’élu s’est pourvu en Cassation. Mais Anticor, partie civile, ne s’est pas constituée.

« Je n’ai pas été mandaté par Anticor pour soutenir le dossier en cassation » affirme sobrement Me Jérôme Karsenti, avocat de l’association de lutte contre la corruption des élus. Partie civile dans l’affaire du détournement de fonds publics visant François Grosdidier lorsqu’il était maire de Woippy (Moselle), Anticor ne portera donc pas la contradiction à l’élu, devenu maire de Metz et président de Metz-Métropole. Elle abandonne curieusement le combat judiciaire au terme d’un parcours incroyablement long et difficile.
Épinglé par la Chambre des Comptes
Les faits reprochés remontent à la période durant laquelle François Grosdidier était maire de Woippy (Moselle), entre 2010 et 2016. L’élu est soupçonné d’avoir rémunéré illégalement plusieurs collaborateurs municipaux, en contournant les règles encadrant le nombre d’attachés autorisés pour une commune de cette taille.
Au cœur du dossier figure le recrutement d’un deuxième collaborateur de cabinet. Selon l’association Anticor, à l’origine de la procédure, ce recrutement n’était pas légalement possible, Woippy n’atteignant pas le seuil de 20 000 habitants requis pour bénéficier de ce droit. L’association affirme que la population de la commune aurait été artificiellement majorée afin de justifier ces embauches.
La Chambre régionale des comptes du Grand Est avait, dès novembre 2016, évalué à plusieurs dizaines de milliers d’euros les sommes indûment versées à certains collaborateurs du maire à partir de fonds municipaux. Ces conclusions avaient servi de base au dépôt de plainte d’Anticor.
Non-lieu partiel, procès maintenu
En décembre 2024, la justice avait initialement prononcé un non-lieu. Mais Anticor avait fait appel de cette décision. La chambre de l’instruction a finalement confirmé le non-lieu pour le délit de favoritisme, tout en ordonnant un procès pour détournement de fonds publics.
Dans son arrêt, la juridiction estime notamment que François Grosdidier « ne pouvait pas ignorer » le caractère irrégulier des faits qui lui sont reprochés.
Pourvoi en cassation
François Grosdidier a annoncé s’être pourvu en cassation contre cette décision, par la voix de son avocat, Me Alain Behr. Celui-ci assure qu’il ne s’agit pas d’infractions pénales, mais de « simples erreurs administratives ».
À l’inverse, Me Jérôme Karsenti, avocat d’Anticor, estime que ce pourvoi vise avant tout à retarder l’issue judiciaire du dossier, à l’approche des élections municipales de mars 2026, au cours desquelles l’élu est candidat à sa réélection. Une analyse contestée par la défense. Depuis mars 2026, François Grosdidier a été réélu à Metz.
Un élu déjà condamné
Maire de Woippy de 2001 à 2017, François Grosdidier a déjà été condamné en 2023 à six mois de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêts. Il lui était reproché d’avoir, en tant que député, attribué une subvention issue de sa réserve parlementaire à une association qu’il présidait.
Dans l’attente de la décision de la Cour de cassation, la tenue du procès devant le tribunal correctionnel de Paris reste suspendue.
Mais le fait que l’association Anticor ne se soit pas constituée, apparaît incompréhensible.
François Grosdidier sera jugé pour détournement de fonds publics