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Ukraine : pourquoi la guerre dure-t-elle depuis si longtemps ?

Entre calculs géopolitiques, résilience économique russe et intérêts divergents, le conflit s’enlise dans une logique d’épuisement dont aucun des deux camps ne semble vouloir sortir.

Robert Harneis
Robert Harneis, journaliste

Par Robert Harneis

La guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année sans que les belligérants entrevoient de sortie négociée. Derrière la boue des tranchées et les communiqués de victoire, une mécanique complexe — militaire, économique, diplomatique — s’est mise en place pour maintenir le conflit dans un équilibre précaire. Décryptage.

Une guerre de longue durée voulue par personne, poursuivie par tous

Ni Moscou ni Kiev n’avaient anticipé un conflit aussi prolongé. En 2022, la Russie espérait une victoire éclair par des frappes décisives sur Kiev, Kharkiv et le corridor menant à la Crimée. L’Occident, de son côté, pariait sur un effondrement rapide de l’économie russe sous le poids de sanctions sans précédent — gel de 300 milliards de réserves, exclusion du système SWIFT, isolement diplomatique. Les deux camps ont été déçus.
Aujourd’hui, le conflit s’inscrit dans une logique d’usure. La Russie mène une guerre lente, consciente qu’elle fait face à une Ukraine soutenue par l’arsenal financier et militaire des États-Unis, de l’OTAN et de la plupart des pays occidentaux. Le modèle est simple : l’Ukraine fournit les hommes, l’Occident fournit les armes.

La Russie, une économie plus solide que prévu

L’une des grandes surprises de ce conflit est la résistance de l’économie russe. L’Occident avait gravement sous-estimé son degré d’autosuffisance. Productrice de ses propres ressources énergétiques et alimentaires, disposant d’une base industrielle héritée de l’ère soviétique et peu soumise à la financiarisation, la Russie a su s’adapter.
Selon le FMI, mesuré en parité de pouvoir d’achat, le pays est désormais classé quatrième économie mondiale, derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde. Paradoxalement, les sanctions ont stimulé la production locale par substitution aux importations et favorisé le retour de capitaux. Le complexe militaro-industriel russe a démontré sa capacité à soutenir un effort de guerre prolongé, notamment grâce à la remise en service de stocks soviétiques et à l’utilisation de munitions guidées à faible coût.

L’Ukraine, entre survie et dépendance

Du côté ukrainien, des facteurs internes compliquent toute perspective de négociation. Le gouvernement de Kiev bénéficie de flux financiers massifs liés à l’effort de guerre. Les unités nationalistes radicales qui forment une partie du dispositif militaire ont publiquement menacé de s’en prendre à Zelensky s’il venait à signer une paix avec Moscou — trahissant ainsi la promesse électorale de 2019 qui l’avait porté au pouvoir.

Un conflit aux dimensions géopolitiques mondiales

Pour Moscou, comme l’a exprimé le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, la guerre ukrainienne n’est pas un conflit territorial isolé, mais le symptôme d’une lutte plus large : celle menée par Washington pour conserver son hégémonie face à l’émergence de la Chine et au regain de puissance militaire russe. Dans ce cadre, Pékin soutient discrètement Moscou — les échanges sino-russes ont fortement progressé — tandis que la Russie entretient parallèlement de bonnes relations avec New Delhi pour ne pas se retrouver dans la dépendance exclusive d’un seul partenaire.
L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN constitue en revanche un revers stratégique pour Moscou, ajoutant quelque 1 340 kilomètres de frontière commune avec l’Alliance atlantique. En réponse, le développement des BRICS offre à la Russie des circuits de contournement des sanctions, réduisant sa dépendance au dollar dans ses échanges internationaux.

Des objectifs de guerre qui évoluent

Côté russe, les ambitions ont progressivement évolué. D’une simple stabilisation du statu quo en 2022, Moscou est passé à l’annexion formelle de quatre régions ukrainiennes, tandis que certaines voix internes appellent désormais à des conquêtes territoriales encore plus larges. Si le conflit devait se poursuivre sans solution négociée, l’équation pourrait se refermer sur des scenarios bien plus graves.

EN CHIFFRES

  • 1,5 million de vies perdues selon diverses estimations depuis le début du conflit en 2022.
  • 4ᵉ économie mondiale — rang de la Russie selon le FMI en parité de pouvoir d’achat.
  • 1 340 km de frontières supplémentaires avec l’OTAN depuis l’adhésion de la Finlande et de la Suède.

    Guerre Russie-Usa (UnlimPhotos)
    Guerre Russie-Usa (UnlimPhotos)
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