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L’âge pivot, une affaire de cornecul !

Point-de-vue. L’ancien secrétaire d’État au Budget, Christian Eckert,explique pourquoi l’âge pivot dans le débat sur la réforme des retraites est un écran de fumée.

par Christian Eckert

Christian Eckert, ancien secrétaire d'Etat au Budget (DR)
Christian Eckert, ancien secrétaire d’Etat au Budget (DR)

Le Gouvernement a réussi à faire oublier beaucoup d’aspects scabreux de son projet de réforme des retraites en focalisant l’attention sur la seule question du financement qui justifierait selon lui la mise en place d’un OVNI : l’âge pivot. Officiellement, cela ne remet pas en cause l’âge de départ en retraite. Dans les faits, on sera dissuadé de partir avant l’âge pivot vu le niveau de la retraite servie…

Le gouvernement ne donne aucun chiffrage des économies générées par l’âge pivot. De même, il ne fournit aucun chiffrage des autres mesures contenues dans son projet. Pourtant, il répète à l’envie que l’équilibre du système pour des décennies, passe par la mise en place d’un âge pivot qu’il fixe à 64 ans. Ni plus, ni moins…

En contradiction avec la loi Veil

L’âge pivot qui serait le seul garant de l’équilibre financier des retraites est une affaire de cornecul pour plusieurs raisons :

• D’abord parce que le régime général des retraites pourrait déjà être équilibré. Ce Gouvernement a en effet mis fin au principe de compensation par l’Etat des exonérations de cotisations qu’il a imposées à la Sécurité sociale. C’est en parfaite contradiction avec la loi Veil de 1994.

• Ensuite parce qu’il existe des réserves, comme par exemple le Fonds de Réserve des Retraites. Créé par Lionel Jospin, il conserve plus de 30 milliards d’Euros d’actifs. D’autres réserves existent dans certains régimes, même si le Gouvernement s’est engagé bizarrement à limiter le principe d’universalité aux dépenses et pas aux recettes.

• Surtout parce que la fin du remboursement de la dette sociale est prévue pour 2024. Les recettes de PRES DE 20 MILLIARDS PAR AN qui alimentent la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES) seront disponibles. Sans aucun impôt nouveau, on disposera de cette marge considérable pour faire face aux besoins tant sur les retraites que pour la santé.

• Enfin, lorsqu’on fait des prévisions au-delà de quelques années, on est à peu près sûr d’avoir à y revenir : la croissance, l’évolution de l’emploi, le changement des conditions démographiques, les aléas de l’évolution des métiers, « l’uberisation » de la société… sont autant d’éléments déterminants pour les équilibres financiers qui ne sauraient être prévus qu’à court terme, et encore !

Mobilisation nécessaire

L’idée supplétive – ou pas – d’une conférence des partenaires sociaux statuant sur l’équilibre des retraites peut toujours séduire et être travaillée. Il ne faut, pour autant, pas redécouvrir l’eau tiède : tous les ans, le Parlement se prononce sur une grande partie des conditions de nos régimes de retraite. Cela n’a d’ailleurs rien de scandaleux dans la mesure où – à la différence de la plupart des autres pays – les dépenses liées aux retraites font partie de la dépense publique.

Il ne faut donc pas limiter notre regard sur la réforme à la seule question de l’âge pivot. Rien ne démontre sa nécessité, rien ne prouve qu’une décote, définitive ou temporaire, suite à un départ avant 64 ans, assure à terme un équilibre pérenne.

Plus que jamais, la mobilisation reste nécessaire pour éviter le passage en force d’un projet dont l’âge pivot ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Un compromis arraché sur cette seule question serait dangereux….

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