Un grand débat national pour quoi faire ?

Pour tenter de contenir la colère des Gilets jaunes, le gouvernement organise une grande consultation citoyenne via internet dès le 15 janvier 2019. Suffisant ? Pas si sûr. Le salaire de la présidente Chantal Jouanno fait déjà polémique.

Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) capture ITW CESE
Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) capture ITW CESE

Le mouvement des Gilets jaunes qui, depuis deux mois, perturbe la vie économique et politique du pays, est un mouvement spontané et erratique, sans leaders clairement identifiés, sans porte-parole désigné et même sans revendications bien définies. D’où la difficulté pour le gouvernement d’engager des négociations et de répondre à la colère des manifestants.
Pourtant, une revendication semble plus particulièrement émerger lors des manifestations des Gilets jaunes, c’est celle du référendum d’initiative citoyenne (RIC). Le Premier ministre Edouard Philippe s’est déclaré favorable dans son principe mais « pas dans n’importe quelles conditions ».
L’idée d’un grand débat citoyen est née qui est confié à la Commission nationale du débat public (CNDP) que préside l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Chantal Jouanno.

Cahiers de doléances

Emmanuel Macron a précisé dans ses vœux qu’il écrirait bientôt aux Français pour fixer les thèmes de ce grand débat. On sait d’ores et déjà que quatre thèmes seront proposés : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté.
Mais il pourra être question de bien d’autres choses comme la laïcité, l’immigration, la religion etc. a fait savoir la présidente de la CNDP.
Depuis plusieurs semaines déjà l’Association des maires ruraux de France (AMRF) a collecté les doléances de leurs administrés qui viendront enrichir ce grand débat citoyen. Parmi les revendications les plus souvent citées il y a le pouvoir d’achat, la justice sociale, le maintien des services publics en zone rurale.
Concrètement, ce grand débat doit commencer le 15 janvier 2019 via une plateforme numérique et doit durer deux mois, jusqu’au 15 mars. Durant cette période, les citoyens pourront débattre de thèmes qu’ils auront définis. Ils devront transmettre leurs doléances à la Commission nationale du débat public chargée d’élaborer une synthèse générale qui devra être rendue pour la mi-avril 2019.

« Ils le savent bien »

Suffisant pour calmer les Gilets jaunes ? Pas si sûr. Nombre d’entre eux ont d’ores et déjà décidé de ne pas participer à ce grand débat « qui ne sert à rien d’autre qu’à nous enfumer » selon plusieurs Gilets jaunes rencontrés sur un rond-point à l’entrée de Nancy. « Ce que nous voulons ? Mais ils le savent depuis longtemps : nous voulons la justice sociale et fiscale, nous voulons une vraie démocratie avec la proportionnelle intégrale car nous ne sommes pas représentés à l’Assemblée nationale, nous voulons que le peuple soit associés aux grandes décisions politiques via des référendums d’initiative citoyenne. Voilà ce que nous voulons et pas de blablas inutile dans un grand débat. »
Le point de vue de ces Gilets jaunes semble correspondre à celui de nombreux Français comme l’indique ce sondage Harris interactive : 50% des Français pensent que le gouvernement tiendra compte des avis exprimés lors du grand débat citoyen. Mais 47% sont persuadés du contraire.
La fin de cette vaste consultation nationale est prévue dans trois mois. C’est loin. D’ici-là, il y a fort à parier que les Gilets jaunes n’attendront pas les bras croisés une hypothétique amélioration de leur situation sociale. Un grand débat public, c’est bien. Mais insuffisant.

Polémique sur le salaire de la présidente de la CNDP

Polémique sur le salaire de Chantal Jouanno (La Lettre A)
Polémique sur le salaire de Chantal Jouanno (La Lettre A)

La publication par le journal “La Lettre A” du salaire de la présidente de la Commission nationale du débat public fait quelques vagues sur les réseaux sociaux. Un salaire “pas très Gilets jaunes” titre la Lettre A puisqu’il est de 176.000 € pour 2019 soit environ 15.000 € par mois. A quoi l’intéressée répond qu’il s’agit d’un salaire fixé par l’Etat. Et que les citoyens pourront contester.