Gilets jaunes : la révolte de la France d’en bas

A la veille d’une troisième manifestation nationale, les revendications des Gilets jaunes sont multiples. Pourtant, on sait bien ce dont ils ne veulent plus : être pris pour des imbéciles par une élite arrogante.

Gilets jaunes à la manif de Paris du 24 novembre 2018 (photo Madeleine Proust)
Gilets jaunes à la manif de Paris du 24 novembre 2018 (photo Madeleine Proust)

C’était prévisible. Nous l’avions d’ailleurs annoncé ici dès le 29 octobre 2018 à propos de la colère liée à la hausse des prix du gazole : ça va mal finir. Un mois plus tard, à la veille de la troisième grande manifestation des Gilets jaunes, ce 1er décembre 2018, le mouvement se durcit, la colère gronde, et plus de 80% de la population française ‘’comprend’’ et même ‘’soutient’’ cette fronde venue de la base, si l’on en croit les tout derniers sondages. De quoi faire réfléchir l’exécutif arcbouté sur ses certitudes déconnectées de la réalité du terrain et sa communication technocratique.

Inégalités sociales

A l’origine de cette flambée de colère, la nouvelle hausse du gazole (+23% en un an) et celle prévue pour les années qui viennent jusqu’en 2022. Il s’agit, selon l’exécutif, de favoriser « la transition écologique » et d’inciter les Français à abandonner les voitures roulant au diesel au profit de voitures plus « propres », notamment électriques. L’intention est louable. Face au dérèglement climatique et à la pollution des villes, il faut agir.
L’ennui, c’est que les classes les plus modestes qui sont celles auxquelles on demande de faire le plus d’efforts, ne peuvent pas suivre. Comment payer toujours plus cher le diesel à la pompe, comment changer sa vieille guimbarde qui fume et sa chaudière au fuel quand on gagne moins de 1200 € par mois ? C’est tout simplement impossible.
L’augmentation du prix des carburants a finalement été le déclencheur d’un mal plus profond de la société : les inacceptables inégalités sociales.
Près de 5 millions de Français sont « pauvres »  c’est à dire disposant d’un revenu inférieur à 855 €. Et parmi eux, 1,8 million d’enfants et d’adolescents. A quoi il faut ajouter les travailleurs qui ne gagnent que le SMIC (1149 €). Ça fait beaucoup de monde.
D’autant que, dans le même temps, les écarts de salaires se creusent, les riches sont de plus en plus riches et évitent souvent l’impôt grâce à « l’optimisation fiscale ». 10% des Français les plus riches possèdent plus du quart des revenus !
Il existe bien la France d’en haut et la France d’en bas. Deux mondes. Deux réalités d’un même pays.

La fin du mois

Enfin, précisons que cette France d’en bas, celle des chômeurs, des ouvriers et des employés n’est pas (ou très peu) représentée à l’Assemblée nationale. Selon l’Observatoire des inégalités, « l’assemblée nationale ne compte quasiment plus de représentants des milieux populaires ».
D’où l’incompréhension totale entre les élites et le peuple. Certes, tout le monde constate le dérèglement climatique, les inondations à répétition, les incendies meurtriers, les hivers doux, les étés caniculaires… Mais ne confond-on pas un peu tout ?
Loïk Le Floch-Prigent le rappelle très bien dans un article que nous avons publié : il y a deux dossiers différents : celui de la pollution des villes et celui du climat.
Il faut donc les traiter différemment. On ne peut pas parler de la fin du monde à des familles qui ne peuvent pas finir la fin du mois comme l’ont dit plusieurs observateurs. Et on ne peut pas faire porter aux Français les plus modestes le poids de la transition écologique comme veulent le faire Emmanuel Macron et Édouard Philippe. Leurs discours décalés, inaudibles, incompréhensibles ne peuvent conduire qu’au conflit. Samedi, pour la troisième fois, les Gilets jaunes diront au président de la République, à son Premier ministre et plus largement à aux élites, qu’ils ne veulent plus être pris pour des imbéciles. Ils veulent des actes, du pouvoir d’achat, une meilleure répartition des richesses. Faute de quoi, la France d’en bas pourrait bien se demander des comptes à la France d’en haut.