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La situation dramatique de la SNCF

Point-de-vue. Les dernières mesures programmées pour la SNCF sont à l’opposé de celles espérées par les cheminots, comme l’explique ici, le secrétaire général du Syndicat First.

Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat First (Twitter)

Par Bernard Aubin

Il y a un mois, Jean-Pierre Farandou appelait les cheminots à rester optimistes alors que la situation invitait déjà au contraire : « Il faut rester optimiste, le train reste une solution d’avenir formidable ». Sauf que les dernières nouvelles démontrent que la méthode Coué n’a guère joué en faveur de la SNCF et de son personnel.
L’Entreprise vient de faire ses comptes : perte de recettes de 700 millions en mars, puis 1,4 milliard en avril et sans doute un tout petit peu moins pour mi-mai avec la reprise très progressive des trafics. Des trains qui coûteront plus à la SNCF qu’ils ne lui rapportent, mesures de distanciation sociale obligent.

Des pertes colossales

Ajoutées à l’impact des arrêts de travail causés par la réforme des retraites, chiffré à 1 milliard d’euros, les pertes cumulées de la SNCF dépasseraient donc les 3 milliards d’euros. Une situation dramatique pour l’entreprise publique qui jusque là, et contrairement à une idée reçue, engendrait régulièrement des bénéfices.
Jusqu’à présent, le gouvernement s’est évertué à ne citer ni la SNCF, ni son personnel dans ses allocutions. Les cheminots n’ont guère été remerciés pour avoir maintenu 60 % du trafic fret ou acheminé des victimes du Covid d’un bout à l’autre bout de la France. D’ailleurs, ils n’en demandaient pas tant.
Nos décideurs politiques se sont pourtant largement répandus dans les médias sur les difficultés vécues par un autre transporteur, Air France. Ils ont promptement détaillé l’aide qu’ils envisageaient de consacrer à la survie de cette société. Toujours pas un mot sur la SNCF, abandonnée à son triste sort jusqu’à en être balayée de l’inconscient collectif.

Suppressions d’effectifs

Les médias nous informent aujourd’hui des dernières réflexions menées par son Président qui jette timidement une bouteille à la mer : « Nous allons réduire les investissements, serrer les coûts de fonctionnement, jouer sur le fonds de roulement. Le management va prendre les décisions normales de gestion de crise. Je crains que notre endettement soit trop important. Dans ce cas, il n’est pas anormal de se tourner vers son actionnaire, le nôtre c’est l’État, pour restaurer la balance de notre entreprise. Il n’est pas anormal de réfléchir à un plan d’aide pour la SNCF ».

Effectivement, il n’est pas anormal que la SNCF, sous tutelle de l’État, bénéficie aussi d’aides au même titre que celles accordées au secteur privé. Sans attendre de réponse de la tutelle, la direction évoque déjà une éventuelle « adaptation » de l’emploi. En clair, des suppressions d’effectifs qui viendraient encore s’ajouter aux 2000 décrétées chaque année… . « Si la reprise est lente, si on produit moins de trains que dans le passé, il ne sera pas anormal ou illogique d’ajuster le niveau d’emploi au volume de l’activité », précise J-P Farandou avant même d’avoir reçu une réponse de la part de l’État.

Cherchez l’erreur

Sauf que dans le même temps, le gouvernement indique qu’il souhaiterait voir l’offre Voyageurs augmenter. Non pas pour transporter plus d’usagers, mais pour permettre la distanciation sociale. Une organisation qui pourrait bien perdurer jusqu’à la fin de la pandémie dans 1,2,3, 4,10 ans ? Plus de trains avec moins de recettes et moins de personnel, cherchez l’erreur. Qui paieraient de nouveau l’addition ? Les cheminots ! Pas sûr qu’ils apprécient cette approche. Ceux qui espéraient que la crise sanitaire bousculerait les consciences et jetterait les base d’un nouveau dialogue social en resteront pour leurs frais.
Ce n’est pas comme cela que l’on fait redémarrer une entreprise, et encore moins un pays. Ces décideurs ne changeront donc jamais !?
Ci dessous, la lettre ouverte transmise le 27 avril à Emmanuel Macron. Il s’agissait justement de demander au chef de l’Etat d’examiner la situation de la SNCF et d’imposer un moratoire sur les suppressions d’effectifs en 2020 !

Lettre ouverte au Président de la République

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