À quelques jours de la visite du Saint-Père, la ville de Metz orchestre l’accueil de 50 000 à 100 000 visiteurs dans un dispositif sans précédent. Sécurité renforcée, transports bouleversés, mobilisation générale : plongée au cœur des préparatifs d’un événement inédit pour la cité mosellane.


Par Bernard Aubin
C’est peu dire que Metz retient son souffle. Lundi, la cité mosellane s’apprête à vivre ce que ses autorités locales qualifient déjà d’« événement historique » : la venue du pape, attendue par des dizaines de milliers de pèlerins venus de toute la région, de France et des pays frontaliers. Jamais la ville n’avait connu une telle affluence en une seule journée, pas même lors de sa célèbre Foire internationale, pourtant étalée sur plusieurs semaines.
Une émotion palpable chez les organisateurs
Lors de la conférence qui s’est tenue aujourd’hui, Mgr Philippe Ballot, archevêque-évêque de Metz, n’a pas caché son émotion. Se disant « sur un petit nuage », il a salué l’ampleur de la mobilisation autour de cette visite, dont le message universel de paix résonne particulièrement dans une ville marquée par l’histoire franco-allemande et l’héritage de Robert Schuman. Il a raconté avec malice la visite récente de Mgr Bertrand, vice-président de la Conférence des évêques de France, venu en repérage quelques jours plus tôt : conquis par la cathédrale, la fraternité des habitants et l’atmosphère si particulière du centre-ville historique, ce dernier aurait déjà exprimé l’envie d’y revenir. L’archevêque a tenu à remercier longuement l’ensemble des services mobilisés : forces de police et de gendarmerie, pompiers, personnels municipaux, services du département, et le général en charge de la coordination opérationnelle depuis le mois de juin. Il a également salué le travail de la presse, saluant la manière dont les médias contribuent à faire comprendre l’ampleur du moment historique vécu par la ville.
À ses côtés, le préfet de la Moselle Pascal Bollot, le général Pascal Péran en charge de la coordination opérationnelle, le maire de Metz François Grosdidier et le président du conseil départemental de la Moselle Patrick Weiten ont détaillé, chiffres à l’appui, l’ampleur du dispositif déployé : plus de 6 300 agents de sécurité mobilisés sur deux jours, près de 700 pompiers sur le pont jusqu’au lundi après-midi, 11 kilomètres de barrières installées dès dimanche soir, et un centre opérationnel dédié à la préfecture pour piloter la journée en temps réel.

Un programme millimétré, de l’aube au crépuscule
Le déroulement de la journée a été calé au plus près, en lien avec la délégation du Vatican venue en reconnaissance quelques jours auparavant : arrivée du Saint-Père à 9h20 à l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine, dialogue interreligieux sur le parvis des Droits de l’Homme dès 10h jusqu’à 10h50, rencontre consacrée aux racines de l’Europe et à la paix à partir de 11h05 dans l’auditorium du Centre des Congrès. La matinée s’annonce dense ! Après une pause vers 12h30, la grande déambulation débutera à 15h, sur un parcours de plus de deux kilomètres, avant la messe à la cathédrale, prévue de 16h à 17h30. La cérémonie de départ à l’aéroport est programmée à 18h30, pour un décollage à 19h.
Les organisateurs insistent : il ne faut pas se concentrer uniquement sur la place de la République. Rue Foch, monument aux morts, jardin du Temple Neuf… : plusieurs points du parcours offriront, selon eux, des vues tout aussi exceptionnelles, certains à moins de trois ou quatre mètres du cortège papal, sur une voie large de dix mètres. Des écrans géants seront également installés place de la République, sur l’Esplanade et devant le Centre Pompidou, reliés par des « points de cisaillement » permettant aux visiteurs de traverser l’axe de la déambulation une fois le pape passé, pour rejoindre ces zones de retransmission.

Une attention particulière a par ailleurs été portée aux publics fragiles, avec des emplacements réservés aux personnes à mobilité réduite et la présence d’interprètes en langue des signes près du marché couvert. Les chaises pliables seront tolérées dans les zones ouvertes au public, une question qui revenait souvent, selon les organisateurs, compte tenu de la longueur de l’attente prévue.
Circulation bouleversée, transports gratuits
Sans surprise, la journée s’annonce compliquée sur le plan de la mobilité. Le stationnement est déjà interdit depuis mercredi place Saint-Étienne, et depuis jeudi matin sur un très large périmètre couvrant le secteur de la nouvelle gare, le centre historique et les abords du Centre des Congrès. Dès dimanche 8h, la fermeture des accès sera complète, y compris pour la galerie marchande de la République, et tout véhicule — hormis ceux des services de déminage — sera interdit de circulation dans le grand périmètre à partir de lundi 6h. Vélos et trottinettes devront également mettre pied à terre.
En contrepartie, la Métropole assure la gratuité totale des transports en commun ce jour-là, complétée par des navettes spécifiques et plusieurs parkings relais installés aux quatre coins de l’agglomération — au nord vers Woippy et Saint-Privat, au sud vers Sainte-Thérèse et le Parc des Expositions, avec des capacités de stationnement particulièrement importantes puisque le lundi reste, paradoxalement, l’un des jours les plus calmes pour la ville. La région Grand Est a par ailleurs annoncé un renforcement de l’offre TER depuis Strasbourg, Nancy et Verdun.
Concernant l’accueil des pèlerins arrivant en bus, un dispositif précis a été mis en place : chaque car déclaré reçoit une feuille de route indiquant son point de dépose, en fonction de sa provenance, avec des binômes de bénévoles chargés d’accompagner les groupes toute la journée. Environ 150 bus étaient recensés à ce stade, contre une prévision initiale de 400, les organisateurs s’appuyant notamment sur le réseau professionnel des transporteurs pour sensibiliser les chauffeurs non déclarés et éviter tout désordre aux abords de la ville.
Deux « bouchons mobiles » seront également organisés sur l’autoroute A31, matin et soir, pour fluidifier le passage des cortèges officiels entre l’aéroport et le centre-ville, selon le principe d’une « opération escargot » encadrée par les CRS.
Sécurité maximale, esprit de fête
Coopération transfrontalière avec le Luxembourg, l’Allemagne et la Belgique, dispositif anti-drone couvrant basse et haute altitude, présence renforcée de la SNCF, équipes médicales avancées coordonnées avec l’Ordre de Malte et les associations de sécurité civile : rien n’a été laissé au hasard, ont assuré les autorités. Le préfet a précisé qu’un millier d’hommes serait mobilisé en amont, dimanche, pour la pose des barrières et la sécurisation du périmètre, avant que l’essentiel des forces ne se déploie le jour J le long du parcours.
Les autorités appellent toutefois à la responsabilité individuelle, notamment sur la question des déchets.
Les points de collecte habituels (poubelles enterrées ou fermées) seront neutralisés pour des raisons de sécurité, et les équipes de propreté urbaine ne pourront pas intervenir en cours de journée faute d’accès en véhicule. Chacun est donc invité à remporter ses propres déchets, à l’image de ce que la ville connaît déjà lors de grands rassemblements comme la Fête de la musique.
Enfin, pour les fidèles présents dans la cathédrale, la traditionnelle quête ne sera pas assurée physiquement, conformément à l’usage lors des messes papales. Un QR code, diffusé dans le Magnificat et affiché à plusieurs endroits de la ville, permettra toutefois à chacun de soutenir le diocèse depuis son smartphone.
Une vitrine exceptionnelle pour la ville
Malgré la logistique colossale que représente cette journée, l’ambiance reste résolument optimiste du côté des élus. Le maire de Metz veut y voir une occasion unique de « révéler la beauté » de sa ville, trop souvent méconnue au niveau national, et espère un impact durable sur la fréquentation touristique de la cité, à l’image de ce qui a pu être observé dans d’autres villes visitées par le passé par un pape.
Le président du conseil départemental de la Moselle, de son côté, a rappelé l’implication de la collectivité dans le dispositif : mobilisation des routes départementales, engagement de près de 300 pompiers mosellans complétés par 150 en réserve, tout en soulignant la portée symbolique de cette visite pour un territoire qui abrite la Maison Robert Schuman. Dans un contexte où le projet européen traverse des turbulences, a-t-il insisté, cette journée rappellera l’héritage de paix et de réconciliation incarné par la Moselle depuis des décennies.
Rendez-vous lundi, donc, pour ce que Metz s’apprête à vivre comme l’un des jours les plus marquants de son histoire récente entre ferveur populaire, dispositif de sécurité exceptionnel et espoir d’une vitrine inédite pour la ville et son territoire.