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Dette américaine : l’Europe et la Chine testent la solidité du dollar, Trump brandit la menace de représailles

Une bascule silencieuse est en cours. L’Europe teste l’arme financière, la Chine renforce ses défenses, et le dollar, sans vaciller, n’est plus intouchable. Dans un monde où la finance devient un instrument de puissance, la Ruée vers l’or n’a peut-être jamais été aussi rationnelle.

Ruée vers l'or (UnlimPhotos)
Ruée vers l’or (UnlimPhotos)

 

La dette américaine, pilier du système financier mondial, devient un levier géopolitique. Entre ventes discrètes de bons du Trésor en Europe et virage stratégique de la Chine vers l’or, le marché assiste à une recomposition silencieuse des équilibres monétaires internationaux.

L’Europe face à l’arme financière : Trump met en garde

Peut-on déstabiliser les États-Unis en vendant massivement leur dette ? La question, longtemps cantonnée aux cercles d’experts, s’est invitée sur la scène politique. Donald Trump a averti jeudi qu’il lancerait de « grosses représailles » si les pays européens utilisaient la vente de bons du Trésor américain comme moyen de pression.
Selon plusieurs économistes, l’hypothèse n’a rien de théorique. L’Europe est aujourd’hui le premier créancier des États-Unis, avec près de 13 000 milliards de dollars d’actions et d’obligations américaines détenus par des investisseurs institutionnels, fonds de pension et banques.
Interrogé en début de semaine sur ce risque, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a tenté de calmer le jeu : « Il y a un récit complètement trompeur ici. Cela défie toute logique », a-t-il assuré, estimant improbable une telle offensive financière.
Pourtant, les faits commencent à contredire les discours.

Les fonds nordiques ouvrent la voie

En Europe du Nord, plusieurs fonds de pension ont déjà franchi le pas. Le fonds suédois Alecta a annoncé avoir vendu la majeure partie de ses bons du Trésor américain, invoquant la fragilité croissante des finances publiques américaines.
Il rejoint ainsi le fonds danois AkademikerPension, qui a cédé la totalité de ses Treasuries, suivi par Pædagogernes Pensionskasse (PBU). Son directeur, Sune Schackenfeldt, a expliqué la démarche sans détour : « Nous voulons nous affranchir de notre dépendance vis-à-vis des États-Unis, au cas où Trump déciderait d’imposer des sanctions visant directement le secteur financier danois. »
Ces décisions restent marginales à l’échelle globale, mais elles marquent une rupture symbolique : la dette américaine n’est plus perçue comme totalement neutre, ni totalement sûre sur le plan politique.

Pendant ce temps, la Chine accélère sa mue monétaire

À des milliers de kilomètres de là, un mouvement d’une tout autre ampleur est en cours. Pékin réduit progressivement son exposition aux bons du Trésor américain tout en accélérant ses achats d’or, via sa banque centrale et des circuits liés au commerce extérieur.
Ce choix dépasse la simple gestion de portefeuille. Il s’agit d’une réallocation stratégique visant à réduire la dépendance au dollar et à renforcer une réserve jugée plus souveraine, plus neutre, plus universelle.
La Chine ne se désengage pas brutalement : elle laisse ses stocks de Treasuries diminuer à mesure des maturités, tout en réorientant une partie de ses réserves vers des actifs tangibles. Une méthode graduelle, pensée pour éviter un choc sur les marchés tout en diminuant la vulnérabilité financière du pays.

Pourquoi l’or redevient central

L’or n’est pas choisi pour son rendement, mais pour sa résilience. Dans la doctrine chinoise, il cumule plusieurs avantages clés :

  • absence de risque de contrepartie
  • détention possible hors des circuits financiers occidentaux
  • rôle historique de réserve ultime en période de fragmentation monétaire
  • actif « neutre » dans les rapports de force internationaux

Dans un monde marqué par les sanctions, les tensions technologiques et les rivalités commerciales, l’or redevient un langage universel de confiance.

Un signal fort pour le dollar et les marchés mondiaux

Ce mouvement est scruté non pour son impact immédiat, mais pour ce qu’il annonce. Si un acteur de la taille de la Chine envoie un message de prudence sur les Treasuries, les investisseurs y lisent un changement de paradigme : la demande structurelle pour la dette américaine pourrait devenir moins automatique qu’auparavant.
Il ne s’agit pas de la fin du dollar, ni de l’effondrement du marché obligataire américain. Mais d’un glissement progressif vers un monde monétaire multipolaire, où les banques centrales cherchent à diversifier leurs réserves et à réduire les concentrations excessives.
Dans ce contexte, l’or bénéficie d’un soutien structurel durable : les achats institutionnels, peu sensibles aux fluctuations de court terme, créent un socle de demande solide.

La protection patrimoniale revient au centre du jeu

Cette recomposition monétaire redonne aussi de la vigueur aux investissements alternatifs. En période d’incertitude systémique, épargnants et institutions cherchent des solutions plus concrètes, moins dépendantes du système bancaire traditionnel.
Lingots d’or, d’argent, pièces physiques : ces actifs s’inscrivent dans une logique de dé-bancarisation partielle et de protection du patrimoine. Il ne s’agit pas d’un pari spéculatif, mais d’un choix défensif, guidé par la stabilité à long terme et la transmissibilité de l’actif.

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