Après les mobilisations des 17 et 24 octobre, les Gilets jaunes appellent à un nouvel « acte III » samedi. Au pouvoir d’achat s’ajoute désormais la défense des libertés publiques. Le gouvernement redoute une nouvelle journée sous haute tension, alors que la contestation pourrait se prolonger début novembre.

La colère ne retombe pas. Samedi 31 octobre, les Gilets jaunes -en tout cas ceux qui se définissent comme tels- appellent à une nouvelle journée de mobilisation nationale contre la vie chère et pour la défense des libertés publiques. Après deux samedis de manifestations, le mouvement entend franchir une nouvelle étape, en organisant des rassemblements et des sit-in devant l’Assemblée nationale et les mairies. Une journée qui s’annonce délicate pour le gouvernement, confronté à une contestation dont les revendications dépassent désormais la seule question du pouvoir d’achat.
La coordination des Gilets jaunes dénonce ce qu’elle qualifie de « dérive autoritaire » du pouvoir. Elle conteste les interdictions de manifestations, les restrictions de circulation et les couvre-feux décidés dans certaines villes. Son objectif affiché : fédérer lycéens, étudiants, salariés, retraités, paysans et précaires autour d’un mouvement commun.
Une mobilisation qui veut s’installer dans la durée
Le 31 octobre constitue le troisième rendez-vous d’une séquence sociale entamée le 17 octobre. Après une première journée marquée par des violences et des pillages, la mobilisation du 24 octobre a rassemblé entre 410 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, et 800 000, selon les organisateurs.
Ces chiffres témoignent d’une mobilisation importante, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer l’adhésion de l’ensemble de la population aux revendications du mouvement.
Les organisateurs annoncent des centaines d’actions à travers le pays. Le dispositif prévoit notamment des rassemblements devant les mairies et des sit-in, avec une volonté de mettre au premier plan la liberté de manifester.
Vendredi 30 octobre, une première séquence est prévue avec des « casserolades » : un rassemblement devant l’Assemblée nationale entre 18 heures et 21 heures, ainsi que des actions annoncées à 19 heures dans différentes villes. Ces initiatives doivent précéder la journée du lendemain.
Le gouvernement face au défi de l’ordre public
L’exécutif se prépare à une journée sensible. Après avoir reconnu un manque d’anticipation lors des événements du 17 octobre, Emmanuel Macron a salué le déroulement globalement plus calme de la mobilisation du 24 octobre.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’attend néanmoins à une nouvelle journée compliquée. Les autorités souhaitent notamment éviter que les cortèges ne traversent les principales zones commerciales et les secteurs les plus sensibles des centres-villes.
Le maintien de l’ordre sera donc au cœur des enjeux. Les forces de sécurité devront permettre le déroulement des rassemblements autorisés, prévenir les affrontements et protéger les commerces, les bâtiments publics et les personnes.
Mais la stratégie de sécurisation comporte elle-même un risque politique : si les restrictions sont perçues comme disproportionnées par les manifestants, elles pourraient alimenter les accusations d’atteinte aux libertés publiques. À l’inverse, des violences ou des dégradations importantes relanceraient les critiques contre la capacité des autorités à garantir l’ordre public.
Tout l’enjeu sera de maintenir cet équilibre sans confondre les manifestants pacifiques avec les individus susceptibles de commettre des violences.
Halloween, un facteur de vigilance supplémentaire
La date du 31 octobre ajoute une difficulté aux préparatifs. La soirée d’Halloween mobilise traditionnellement les forces de l’ordre autour de rassemblements festifs, de dégradations et d’incidents ponctuels.
La concomitance avec les manifestations fait craindre des tensions en soirée, notamment si certains individus profitent de la foule ou de la dispersion des cortèges pour commettre des dégradations et des pillages.
Il convient toutefois de ne pas tirer de conclusions avant les événements. Les risques évoqués par les autorités ne signifient pas que des violences se produiront nécessairement, ni que les participants aux manifestations en seront responsables.
Le bilan de la journée dépendra notamment de l’ampleur des rassemblements, du comportement des différents groupes présents et de la capacité des forces de l’ordre à prévenir les incidents.
Le pouvoir d’achat, toile de fond de la colère
Derrière les revendications relatives aux libertés publiques demeure une question centrale : celle des conditions de vie. Le coût de l’alimentation, de l’énergie, des déplacements et du logement continue de peser sur les ménages les plus fragiles.
La contestation se nourrit aussi d’un sentiment de défiance envers les institutions et d’une impression de ne pas être entendu. C’est sur ce terrain que les organisateurs veulent rapprocher des catégories sociales aux préoccupations parfois différentes.
Reste à savoir si cette convergence se traduira par une mobilisation durable. Les appels à rejoindre le mouvement ne garantissent ni une participation massive ni une unité politique entre les différents groupes concernés.
Le 5 novembre, prochaine échéance sociale
La séquence ne devrait pas s’arrêter au 31 octobre. Une nouvelle mobilisation intersyndicale est annoncée le jeudi 5 novembre, tandis que la coordination des Gilets jaunes appelle à soutenir la grève et à prolonger les actions par des blocages les jours suivants.
La rentrée scolaire constitue également un point de vigilance, avec de nouveaux appels à la mobilisation lycéenne et étudiante.
Pour le gouvernement, le défi est désormais double : répondre aux préoccupations sociales tout en évitant que les tensions autour du maintien de l’ordre ne deviennent un motif supplémentaire de contestation.
Pour les organisateurs, la difficulté sera de transformer des revendications diverses en un mouvement suffisamment structuré pour peser sur les décisions publiques.
Un test politique autant que sécuritaire
Le 31 octobre ne sera pas seulement jugé au nombre de manifestants ou d’interpellations. Le déroulement des rassemblements, l’importance des dégâts éventuels, les conditions d’exercice du droit de manifester et les réactions politiques donneront des indications sur la suite du mouvement.
Une journée calme ne signifierait pas nécessairement la fin de la colère sociale. À l’inverse, des violences ne sauraient résumer à elles seules les revendications des participants.
Le véritable enjeu est ailleurs : le gouvernement parviendra-t-il à contenir les tensions sans aggraver la défiance, et les différents acteurs de la contestation réussiront-ils à faire entendre leurs revendications au-delà de cette nouvelle journée de mobilisation ?
Les réponses pourraient se dessiner dès la première semaine de novembre.