Prix d’Ornano-Valenti à Deauville, Marine Atlan évoque une jeunesse en éruption dans son premier film, mélancolique et grave.

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, Prix d’Ornano-Valenti (décerné à un premier film français) au Festival de Deauville, « La Gradiva » (sortie le 21 octobre) est le premier long-métrage réalisé par la chef-opératrice Marine Atlan. Avec un titre inspiré d’une nouvelle, sur l’obsession d’un archéologue pour un bas-relief représentant une femme qui marche, « La Gradiva » se déroule lors d’un voyage scolaire en Italie, alors qu’un groupe de lycéens visite Naples, le Vésuve, Pompéi…
Les profs qui les accompagnent ne manquent pas de bonne volonté, telle Madame Mercier (jouée par Antonia Buresi) ; la prof de latin se démène pour intéresser ces jeunes à l’histoire et l’art, quelques bons élèves le sont, mais l’enseignante est épuisée et découragée par quelques autres, désinvoltes et dissipés, qui n’en ont rien à faire puisqu’évidemment on n’est pas sérieux à 17 ans. C’est l’âge où rien n’est grave mais où tout l’est aussi. Entre excursions culturelles, fresques, statues, visite de la belle et chaotique Naples, les ados, quand même préoccupés par leur sort sur Parcoursup, découvrent amours et jalousies, les sens, le désir, la colère, les paris stupides, et connaissent « des drames, des pleurs, des disputes ».
De la fraîcheur et de l’instantanéité

Il a fallu deux ans de casting, dans les lycées, les écoles de théâtre, les manifs… pour composer la troupe d’une vingtaine de jeunes acteurs, pour la plupart débutants. Parmi eux, Toni (Colas Quignard), venu sur les traces de sa famille, de sa grand-mère émigrée en France, dont il conserve une photo devant une belle demeure napolitaine ; James le beau gosse convoité (Mitia Capellier-Audat) ; ou encore la douce et timide Suzanne (Suzanne Gerin) mal dans sa peau et qui va finir par craquer.
Ces jeunes gens injectent ainsi de la fraîcheur et de l’instantanéité dans cette touchante chronique adolescente. Gagnée par « la portée poétique » de l’Italie du Sud, Marine Atlan évoque les affres de la jeunesse dans des ruines millénaires. Au cours d’un lent et long récit (2H30), la cinéaste montre une jeunesse en éruption dans ce film mélancolique et tragique, jusqu’à voir Naples et mourir.
Patrick TARDIT
« La Gradiva », un film de Marine Atlan (sortie le 21 octobre).