Dans ce film de samouraï, réalisé par Kazuya Shiraishi, le jeu remplace les combats de sabre, mais la vengeance est tout aussi implacable.

Les amateurs de grand cinéma japonais classique devraient apprécier le film de Kazuya Shiraishi, « Le joueur de go » (sortie le 26 mars), dont les images et décors semblent tout droit sortir d’estampes d’antan. C’est un retour dans l’histoire, le Japon féodal et la culture japonaise, dans le quartier des plaisirs d’Edo (ancien nom de Tokyo), où les cerisiers sont en fleurs.
Samouraï redoutable et redouté, Yanagida (Tsuyoshi Kusanagi) vit avec sa fille Okinu, jeune demoiselle en âge de se marier, une vie simple dans la dignité mais aussi dans la pauvreté. Homme « juste et intègre », l’ancien guerrier se fait graveur de talent pour solder ses loyers impayés. C’est aussi un talentueux joueur de go, dont les doigts pèsent délicatement sur les pierres noires et blanches, qui excelle dans ce jeu de stratégie, fait de tactique et de placement.
Auteur de jolis coups, il abandonne une partie où exceptionnellement il avait misé de l’argent, laissant gagner un riche marchand, un « méchant » usurier dont les enfants se moquent. Ces deux-là prennent l’habitude de jouer ensemble, et au contact de cet homme imperturbable, l’ancien escroc évolue et devient « juste et intègre » lui aussi, pratiquant désormais un commerce sans entourloupe.
Des duels dignes d’un western

Dans le passé, Yanagida fut accusé à tort, contraint de quitter sa ville. Lorsqu’il est cette fois suspecté d’un vol qu’il n’a pas commis, l’intransigeant « Joueur de go » ne badine pas avec l’honneur et s’apprête à se faire hara-kiri. Sa fille quant à elle est prête à se vendre à la « maison des plaisirs » locale, pour payer la dette paternelle. Faisant le chemin inverse de son complice de jeu, le samouraï hésite à faire fi de son intégrité, et part à la recherche de celui qui fut la cause de ses malheurs passés, un adversaire jaloux et rancunier.
Ici, les règlements de compte ne se font pas à coups de sabre, mais en parties de go à la vie à la mort, où déplacer un pion peut faire aussi mal qu’une blessure. Les duels sont dignes d’un western, pas de face à face dans la rue, mais un face à face de l’autre côté du plateau de jeu. Et la vengeance est tout aussi implacable.
Patrick TARDIT
« Le joueur de go », un film de Kazuya Shiraishi (sortie le 26 mars).