L’espace vital évoqué par Donald Trump pour asseoir la domination économique et stratégique américaine heurte la communauté internationale, car on ne peut s’empêcher d’y voir une ressemblance avec le ‘’lebensraum’’ des nazis.

(CC BY NC ND 4.0)
« Nous avons besoin du Groenland pour la sécurité nationale » martèle Donald Trump. « Nous l’aurons, par la douceur ou par la force ». Ces menaces brutales du président américain au moment où il bombarde Caracas, fait enlever le président vénézuélien, Nicolás Maduro, qu’il menace Cuba, l’Iran et d’autres pays souverains, ces menaces inquiètent la communauté internationale. Et spécialement le Danemark, ce petit pays européen de moins de 6 millions d’habitants dont le Groenland (56.000 habitants) est une province indépendante.
La fin de l’OTAN et de la sécurité
Au point que le Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, a cru bon de rappeler Donald Trump au respect du droit international. Quant à la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, elle a qualifié « d’absurde » l’idée que les États-Unis puissent prendre le contrôle de l’île, rappelant que le royaume du Danemark est un pays européen, membre de l’OTAN, bénéficiant par conséquent de la garantie de sécurité de l’Alliance. Si les États-Unis s’emparaient du Groenland, dit-elle, ce serait « la fin de tout », de l’OTAN et de la sécurité établie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le Groenland répète qu’il n’est pas à vendre et entend décider seul de son avenir. Un sondage publié en janvier 2025 dans la presse danoise montrait que 85% des groenlandais étaient opposés à leur rattachement aux États-Unis. Seuls 6% y étaient favorables.
« Une nécessité pour les États-Unis »
Trump se moque des sondages comme il se moque des déclarations des uns et des autres. Il fait cavalier seul, se désengage de nombreux traités internationaux qui coûtent cher à son pays et ne songe qu’à la grandeur de l’Amérique. Avec ses slogans qui tiennent lieu de programme : « America First » et « America Great Again ».
Il n’a pas osé : América über alles.
Or, le Groenland est pour les États-Unis, une île stratégique à plus d’un titre. Ce territoire grand comme quatre fois la France, recouvert de glace sur les trois quarts de son territoire, est convoité autant par la Chine que par la Russie du fait de sa position géographique. Mais surtout, ses terres regorgent de ressources minières encore inexploitées. En effet, l’île possède un potentiel énorme, d’importants gisements de terres rares, indispensables pour la production d’éoliennes, de moteurs électriques, d’ordinateurs, de batteries… Et beaucoup de pétrole. Ce qui fait dire à Trump que le Groenland est « une nécessité absolue » pour les États-Unis.
Ce n’est pas la première fois que l’Oncle Sam convoite la plus grande île du monde où, durant la guerre froide, furent déployés des missiles balistiques intercontinentaux équipés de têtes nucléaires. Selon la doctrine Monroe (5ᵉ président) les États-Unis considèrent que le Groenland appartient géographiquement à l’espace « des Amériques ». Plusieurs offres de rachat ont été proposées, chaque fois rejetées.
Une référence à l’idéologie nazie
Très embarrassée par les visées expansionnistes de Trump, plusieurs pays de l’UE (France, Allemagne, Suède et Norvège) ont décidé de soutenir le Danemark en déployant des troupes sur l’île dans le cadre d’un exercice militaire baptisé Arctic Endurance. Cependant, on voit mal comment ces démonstrations de force pourraient impressionner Donald Trump et infléchir sa politique. Une politique impérialiste, voire colonialiste qui n’est pas sans rappeler l’idéologie nazie du fameux « lebensraum » que l’on peut traduire par « espace vital ».
De quoi s’agit-il ? À la fin du 19ᵉ siècle, des idéologues regroupés autour du géographe Friedrich Ratzel, comparent les États à des organismes vivants qui ont besoin de s’étendre pour survivre. Avec l’avènement du nazisme, dans les années 30, le concept évolue. Hitler considère que l’Allemagne manque d’espace et de ressources économiques. Or, pour le Führer, l’espace vital ne se négocie pas. Il se conquiert par la guerre. L’idéologie nazie justifie ainsi les invasions militaires et l’asservissement des peuples considérés comme « inférieurs ».
Le lebensraum, cet espace vital dont l’Allemagne nazie prétendait avoir besoin fut une justification de la guerre et des crimes nazis. Il a motivé l’invasion de la Pologne en 1939 et l’opération Barbarossa contre l’URSS en 1941. Il a conduit aux crimes de masse, dont la Shoah et l’extermination de millions de civils.
Donald Trump a-t-il conscience qu’il inscrit ses visées expansionnistes dans celles d’une idéologie abjecte ?