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Économie : La crise sera longue et douloureuse

Une crise économique et financière majeure est en train de s’installer en France, plus grave encore que celle de 2008-2009, selon l’économiste Marc Touati.

Marc Touati
Marc Touati

Les chiffres sont tombés. L’inflation repart à la hausse en France et dans la zone euro, et pour Marc Touati, économiste et président du cabinet ACDEFI, il n’est plus possible de nier la réalité : la crise économique de 2026 est bel et bien amorcée.

L’inflation s’emballe

Après une hausse de 0,9 % en février, les prix à la consommation ont encore progressé de 1,1 % en mars, portant le glissement annuel à 1,9 % selon les normes Eurostat. Derrière cette accélération, un coupable principal : le pétrole. Le baril de Brent a atteint 114,6 dollars fin mars, soit une hausse de 89 % depuis le début de l’année. L’indice CRB, qui agrège l’ensemble des matières premières, affiche quant à lui un niveau record depuis septembre 2008. Selon Touati, l’inflation française pourrait rapidement dépasser les 3 %, voire atteindre 3,5 %, avec des effets qui se prolongeront bien au-delà du choc initial, comme ce fut le cas après la crise de 2022.

La dette publique hors de contrôle

Si le gouvernement s’est félicité d’une légère baisse de la dette publique au quatrième trimestre 2025, Marc Touati démonte ce qu’il qualifie d’« artifice comptable » : la réduction de 23,6 milliards d’euros résulte d’un simple puisage dans la trésorerie de l’État, tandis que la dette nette a, elle, continué d’augmenter. Sur un an, la dette publique française a progressé de 154,4 milliards d’euros, pour atteindre 3460 milliards, soit 115,6 % du PIB. Depuis 2020, elle a bondi de plus de 1 000 milliards, soit le double de la richesse créée sur la même période.

Les taux d’intérêt en pleine flambée

Autre signal d’alarme majeur : le taux de l’OAT à 10 ans a atteint 3,87 % le 27 mars, un niveau inédit depuis juin 2009. Le taux à 30 ans frôle quant à lui les 4,6 %. Cette envolée alourdit mécaniquement la charge d’intérêt de la dette, qui avoisinait déjà 65 milliards d’euros en 2025 et pourrait dépasser 85 milliards en 2026, voire 120 milliards d’ici 2030 selon l’Institut Rexecode — une perspective désormais évoquée jusque dans les colonnes des Échos, pourtant peu suspects d’alarmisme.

Pire que 2008 : pourquoi ?

La comparaison avec la crise de 2008-2009 est au cœur de l’analyse de Touati. À l’époque, les États disposaient de marges de manœuvre : déficits limités, dettes contenues, taux d’intérêt élevés permettant des baisses rapides. Rien de tout cela n’est possible aujourd’hui. La France affiche déjà un déficit de 5,1 % du PIB, une dette à 115 %, et des taux directeurs de la BCE déjà très bas à 2,15 %. Relancer la machine par la dépense publique ou par la politique monétaire est désormais hors de portée. La croissance, attendue à seulement 0,4 % en 2026, et la montée du chômage vers 9 % aggraveront encore les comptes publics dans un cercle vicieux difficile à briser.

Un déni de réalité

Face à ces données, Touati s’en prend vertement aux responsables politiques et institutionnels qui ont, selon lui, longtemps minimisé les risques. Il rappelle que ni le ministre de l’Économie ni le gouverneur de la Banque de France n’ont anticipé ce choc, et que la France reste, depuis 21 ans, en dehors des clous européens en matière de déficit public.

Pour l’économiste, la crise qui commence sera longue, douloureuse, et aurait pu être atténuée si les décideurs avaient agi à temps. « C’est la cigale et la fourmi », résume-t-il. « On a tellement dépensé n’importe comment que maintenant, on n’a plus les moyens de soutenir l’activité. »

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