Pascal, tu déconnes !

Mais où a-t-il appris son métier, Pascal Jalabert, le rédacteur en chef du groupe EBRA (les neuf quotidiens de l’est de la France) pour exiger qu’un autre journaliste (de Médiapart) lui livre ses sources dans l’affaire de Rugy ? Il allait se goinfrer de homards, lui aussi?

 

– Qui vous a donné ces infos ?
– il n’y a pas de secret des sources la-dessus
– Dites-nous !
– On les aura nous les noms, on va les avoir !

Non, la scène ne se passe pas dans un commissariat de police, mais à la télévision. Non, ce n’est pas un policier qui s’adresse à un délinquant mais un journaliste qui pose des questions à un autre journaliste. Pascal Jalabert, le red’chef du groupe EBRA (Est Bourgogne-Rhône-Alpes) a ainsi sommé un autre journaliste, Michael Hajdenberg de Médiapart, de révéler publiquement le nom de ses informateurs dans l’affaire qui a fait sauter le ministre de la Transition écologique, François de Rugy.
Cela s’est passée mardi soir sur LCI. La scène a mis toute la profession mal à l’aise.
Comment est-il possible qu’un journaliste qui est, de surcroit, le patron de la rédaction du groupe EBRA, se comporte en procureur plutôt qu’en chroniqueur ? Qu’il ignore à ce point qu’il existe le secret des sources, protégé par la loi ? Que la liberté de la presse est l’un des piliers de la démocratie.
Qui est ce Torquemada de la presse qui veut connaître le nom des informateurs de ses concurrents ? Et pour en faire quoi? Les livrer à l’Inquisition, les jeter en pâture à l’opinion publique? Leur faire courir de grands dangers ? Non, décidément, Pascal Jalabert, nous n’avons pas la même façon de concevoir notre métier de journaliste. D’ailleurs, les rédactions des journaux du groupe ont publié un communiqué sans équivoque que nous publions ci-dessous intégralement.

Communiqué des rédactions du groupe EBRA

« Les journalistes des rédactions du groupe EBRA ont découvert avec effarement, et un peu de honte, la séquence télévisée au cours de laquelle Pascal Jalabert, « rédacteur en chef du groupe EBRA », somme le journaliste de Mediapart Michael Hajdenberg de donner ses sources, dans le cadre de l’affaire De Rugy. La scène au cours de laquelle le patron du bureau d’informations générales (BIG) du groupe EBRA, basé à Paris, se mêle au chœur des éditorialistes montés au front pour demander des comptes à leurs confrères de Mediapart, s’est déroulée mardi soir sur le plateau de LCI :
– Qui vous a donné ces infos ?
– il n’y a pas de secret des sources là-dessus…
– Dites-nous !

Le SNJ, premier syndicat de journalistes du groupe EBRA, rappelle que la protection des sources, garantie en France par la loi du 4 janvier 2010, et par l’abondante jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme, est la pierre angulaire de la liberté de la presse.
Le SNJ dénonce cette attitude qui ne fait pas honneur à la profession, et ternit gravement l’image de l’ensemble des rédactions des journaux détenus par le Crédit Mutuel.
Que le groupe EBRA ait besoin d’acquérir une visibilité nationale en envoyant sur les plateaux télés des journalistes du BIG ou des différents titres, c’est tout à fait normal. Encore faut-il que ces journalistes aient bien conscience que leurs faits et gestes et paroles engagent l’ensemble des rédactions…
Ce journalisme n’est pas le nôtre. Les journalistes des rédactions du Dauphiné Libéré, du Progrès, du Journal de Saône-et-Loire, du Bien Public, de l’Est Républicain, de Vosges-Matin, du Républicain Lorrain, de l’Alsace et des Dernières Nouvelles d’Alsace, tiennent clairement à se désolidariser de la posture du rédacteur en chef du groupe EBRA, et apportent tout leur soutien aux confrères de Mediapart qui viennent de révéler une nouvelle affaire d’Etat. »

le 17 Juillet 2019