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Lycéens : la colère ne retombe pas, malgré le dialogue avec le gouvernement

Après dix jours de mobilisation, le mouvement lycéen ne faiblit pas vraiment. Si le nombre d’établissements perturbés a reculé ce vendredi, la contestation reste massive et les organisations lycéennes appellent à un nouvel épisode de mobilisation mardi 6 octobre. Le gouvernement tente de reprendre la main en promettant du dialogue et des réponses sur les moyens, les personnels et les conditions d’études. Suffisant?

Deux lycéens tentent d'éteindre un feu de poubelle ( Camille Hestaux, CC0, via Wikimedia Commons)
Deux lycéens tentent d’éteindre un feu de poubelle (Camille Hestaux, CC0, via Wikimedia Commons)

La journée du vendredi 2 octobre devait être celle du dialogue. Elle aura finalement confirmé que la colère lycéenne est loin d’être éteinte.
Selon le ministère de l’Éducation nationale, 735 établissements ont été perturbés vendredi, soit moins que la veille. Plus de 400 établissements ont par ailleurs été fermés dans le contexte des tensions. Le mouvement, parti d’Île-de-France à la mi-septembre, s’est progressivement étendu à de nombreuses académies.
Mais derrière les chiffres se trouve une réalité plus profonde : une partie de la jeunesse affirme ne plus accepter les conditions dans lesquelles elle étudie.

« On n’est pas entendus »

C’est probablement le mot qui revient le plus souvent dans les témoignages recueillis depuis le début du mouvement : le sentiment de ne pas être écouté.
Les revendications sont multiples mais convergent vers une même demande : davantage de moyens pour l’Éducation nationale.
Les lycéens réclament notamment :

  • le remplacement des enseignants absents ;
  • davantage de personnels dans les établissements ;
  • des classes moins chargées ;
  • des bâtiments entretenus et rénovés ;
  • davantage de personnels de vie scolaire et de santé ;
  • des emplois du temps jugés moins lourds ;
  • une amélioration des conditions d’études ;
  • une réflexion sur Parcoursup et l’accès aux études supérieures.

Le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, a notamment demandé un « recrutement massif d’enseignants » et un plan d’urgence concernant les bâtiments scolaires.
Ces revendications rejoignent en partie celles exprimées depuis plusieurs années par les personnels de l’Éducation nationale.

La mobilisation change d’échelle

Le mouvement n’est donc plus seulement lycéen.
Plusieurs organisations syndicales de l’Éducation nationale ont annoncé leur soutien aux élèves et appellent à la mobilisation du 6 octobre. La FSU, Solidaires et la CGT mettent notamment en avant les effectifs par classe, le manque de personnels et les conditions d’enseignement.
C’est un changement important.
Car si les lycéens restent au cœur de la contestation, leur mobilisation commence à rejoindre celle des enseignants et d’autres catégories de salariés.
Le 6 octobre pourrait ainsi constituer un tournant, avec une mobilisation qui ne serait plus seulement celle de la jeunesse mais une contestation plus large autour de l’état du service public d’éducation.

Le gouvernement tente de reprendre la main

Édouard Geffray a reçu vendredi les organisations syndicales, les représentants de parents d’élèves puis les organisations lycéennes. Le ministre a notamment annoncé vouloir travailler sur le remplacement des enseignants et renforcer le dialogue avec les élèves. Mais, à l’issue de leur rencontre, les organisations lycéennes ont estimé ne pas avoir obtenu les « mesures concrètes » qu’elles réclament.
L’Union syndicale lycéenne a donc appelé à poursuivre les manifestations et à rejoindre l’« acte III » du mouvement mardi 6 octobre.
Le gouvernement se retrouve ainsi face à un problème classique de toute crise sociale : les annonces de méthode ne suffisent plus lorsque les manifestants réclament des décisions immédiatement perceptibles.

La violence brouille le message

Mais la crise scolaire possède désormais un deuxième visage.
Depuis plusieurs jours, des blocages pacifiques côtoient des scènes de violences : incendies, dégradations, jets de projectiles, tirs de mortiers et affrontements avec les forces de l’ordre.
Vendredi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé 1 747 interpellations, portant à plus de 5 000 le nombre d’interpellations depuis lundi.
Cette violence préoccupe également les personnels de l’Éducation nationale et les familles.
Les organisations lycéennes affirment, elles, vouloir poursuivre leur mobilisation tout en se démarquant des violences.
Le SNES-FSU a ainsi soutenu les revendications des élèves tout en appelant explicitement à faire cesser les violences.
Cette distinction est essentielle : la contestation des conditions d’enseignement et les violences commises autour de certains établissements ne relèvent pas nécessairement du même phénomène.

Une colère qui dépasse les murs des lycées

Ce qui frappe dans cette mobilisation est finalement moins le nombre de blocus que la nature des revendications qui remontent du terrain.
Le mouvement est né autour de problèmes très concrets : des enseignants absents, des classes chargées, des établissements dégradés, des personnels insuffisants.
Mais il exprime également une inquiétude plus générale concernant l’avenir.
À travers l’école, c’est aussi la question de l’égalité des chances, de l’accès aux études supérieures et de la place accordée aux jeunes dans les décisions qui les concernent qui apparaît.
Les organisations lycéennes parlent de démocratie lycéenne et de la nécessité d’être réellement entendues.

Mardi 6 octobre, le véritable test

Le rendez-vous est désormais fixé au mardi 6 octobre.
La mobilisation lycéenne doit se poursuivre et plusieurs syndicats de l’Éducation nationale appellent leurs personnels à la grève.
Ce sera un test important pour les deux camps.
Pour le gouvernement, il s’agira de démontrer que les discussions engagées vendredi peuvent déboucher sur des réponses concrètes.
Pour les organisations lycéennes, il faudra démontrer que le mouvement conserve une capacité de mobilisation au-delà des premiers blocus.
Une chose est déjà certaine : la crise ne se résume plus à quelques dizaines de lycées bloqués.
En dix jours, une contestation partie de quelques établissements s’est transformée en un mouvement national, mêlant revendications scolaires, colère sociale et, dans certains endroits, violences urbaines.
Le gouvernement peut-il encore éteindre l’incendie par le dialogue ? La réponse pourrait commencer à apparaître mardi.

Mouvement lycéen en Moselle

« Ce vendredi 2 octobre, la mobilisation lycéenne a concerné 15 établissements scolaires répartis sur les secteurs de Metz, Montigny-lès-Metz, Rombas, Thionville, Forbach et Freyming-Merlebach, annonce la préfecture dans un communiqué
« Plusieurs débordements ont été constatés. A 18 h, on dénombrait 63 interpellations, majoritairement de mineurs, pour des jets de projectile, dégradations de biens public et possession de fumigènes…. A Metz, ce sont 29 personnes qui ont été interpellées, 10 sur le secteur d’Hagondange, 12 à Thionville, 7 à Forbach et 5 à Saint-Avold.

Des dégradations

Quarante et une dégradations ont été recensées dont 26 poubelles incendiées qui ont nécessité l’intervention des services d’incendie et de secours de la Moselle. Des dégâts ont également été commis sur des abribus ou des panneaux de signalisation ainsi que sur un véhicule et une moto de la police nationale. A Montigny-lès-Metz, un feu de poubelle a provoqué un début d’incendie qui a causé des dégradations sur la façade intérieure du lycée professionnel Léonard de Vinci.
Pour garantir l’ordre public, la sécurité des personnes et des biens, et pour prévenir tout incident grave, les forces de l’ordre restent pleinement mobilisées sur les secteurs concernés.
Le préfet de la Moselle, Pascal Bolot renouvelle fermement sa condamnation des violences commises. Il rappelle que le droit de manifester est une liberté fondamentale qui ne peut s’exercer que dans le respect des personnes, des biens et de l’ordre public. Les comportements violents et les dégradations ne sont pas tolérables. »

 

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