« Qui m’aime me suive », ou pas

Malgré un trio d’acteurs renommés, cette comédie de José Alcala ne fera guère sourire que les seniors.

Le mari (Daniel Auteuil), la femme (Catherine Frot), et l’amant (Bernard Le Coq), le trio amoureux version retraités.
Le mari (Daniel Auteuil), la femme (Catherine Frot), et l’amant (Bernard Le Coq), le trio amoureux version retraités.

Une femme entre deux hommes, rien de bien original dans l’éternel thème du trio amoureux, si ce n’est que c’est une version pour retraités que propose José Alcala avec son film « Qui m’aime me suive » (sortie le 20 mars). Le cinéaste, qui avait fait tourner Catherine Frot dans un polar sombre, « Coup d’éclat », la dirige à nouveau dans une comédie générationnelle avec Daniel Auteuil et Bernard Le Coq, les deux hommes.

Dans un village du sud de la France, Catherine Frot incarne ainsi Simone, mariée à Gilbert (Daniel Auteuil), ancien garagiste dépassé par cet « électronique à la con », vieux ronchon qui ne peut rien faire sans sa femme. Depuis longtemps, elle prend du bon temps avec le voisin d’en face, Etienne (Bernard Le Coq), ancien épicier qui a vendu sa boutique et s’en va passer une retraite paisible au bord de la mer.

Entre celui qui reste accroché au passé et celui qui a tout bazardé pour une autre vie, elle a le sentiment d’être passée à côté de sa vie. L’amant parti, elle n’en peut plus de cet époux aigri, fâché avec leur fille, de ses râleries, de son mal de dos, de son « haleine de cave coopérative », de leurs dettes… Après 35 ans de vie commune, lassée, agacée, elle s’en va elle aussi, sans prévenir, bien décidée à profiter du temps qui reste auprès d’Etienne. Tandis que Gilbert se retrouve obligé de s’occuper pendant quelques jours de son petit-fils, qu’il ne connaît pas vraiment.

Aussi balourds l’un que l’autre

Simone a quitté le mari pour l’amant, puis les laisse en rade tous les deux, comme deux couillons qui vont courir ensemble à sa suite. Plus tout jeunes, plus en si grande forme non plus, ils sont aussi balourds l’un que l’autre et se comportent encore comme des gamins. Comme à son habitude, Catherine Frot est « solaire » et fantaisiste, Auteuil assume son personnage de vieux bourru au cœur tendre, Le Coq est affublé d’une queue de cheval qui n’est plus de son âge, dont il va heureusement se débarrasser en cours de film.

Le trio d’acteurs semble s’amuser et en rajoute dans ce film où il est bien sûr question « d’amour, de tendresse, et d’amitié » ; de nostalgie aussi, pour ce bon vieux temps où, jeunes, les trois militaient pour un Larzac sans canons. Mais les anciens soixante-huitards sont désormais sexagénaires, et avec cette histoire du quasi troisième âge, « Qui m’aime me suive » ne fera guère sourire que les titulaires de la carte Senior.

Patrick TARDIT

« Qui m’aime me suive », un film de José Alcala, avec Catherine Frot, Daniel Auteuil, et Bernard Le Coq (sortie le 20 mars).